Eva Gonzales au Petit-Palais en septembre 2026
une exposition pleine de charme !
Eva Gonzales 1847-1883
Parcours d'une artiste libre
Cette exposition consacrée à Eva Gonzalès (1847-1883), peintre et pastelliste, est l'occasion de découvrir une artiste méconnue, à la trajectoire fulgurante. Tantốt évoquée selon son milieu familial, social et culturel, tantôt par l'évocation de ses professeurs et des artistes impressionnistes qu'elle a côtoyés, Eva Gonzalès n'avait encore jamais bénéficié d'une rétrospective majeure.
Mais qui est donc cette artiste ? Comment en finir avec la vision romanesque qui a très tốt accompagné sa vie et son oeuvre ? N'est-elle que la seule élève d'Édouard Manet, l'une des figures d'avant-garde les plus sulfureuses de l'époque ?
Disparue prématurément à 36 ans, elle rencontre très tốt le succès critique, dans le domaine de la peinture et dans celui du pastel, qu'elle contribue à revivifier.
Voir aujourd'hui rassemblées les oeuvres d'Eva Gonzalès constitue une chance rare, tant elles ont été disséminées dans le monde entier. Cette exposition est la premiere à renouer avec l'ampleur de la rétrospective posthume de l'artiste organisée en 1885 deux ans après sa mort. Le choix d'une monographie s'est imposé afin de réhabiliter de manière juste et sincère l'artiste Eva Gonzalès et de lui rendre la place qu 'elle. mérite sur la scène artistique de son temps. N'étant plus uniquement perçue et définie comme la fille de, l'élève de, l'épouse de, l'artiste femme au talent si "féminin" ou peignant "comme un homme", voila qu'elle peut enfin (re)devenir elle même.
ALFRED STEVENS (1823-1906)
Eva Gonzalès au piano
1879
Huile sur panneau
Sarasota, The John and Mable Ringling Museum of Art, the State Art Museum of Florida, Florida State University
Célèbre peintre belge, familier des cercles mondains parisiens, Alfred Stevens est un proche de la famille Gonzalès. C'est par son intermédiaire qu'Eva Gonzalès rencontre Édouard Manet dont elle devient peu après la seule élève. Eva Gonzalès pratiquait le piano trois heures par jour, sous la houlette de sa mère musicienne. Stevens figure ici la ieune fille à son instrument, vêtue d'une élégante robe blanche. Malgré sa grande timidité, il lui arrivait de jouer lors des soirées musicales organisées par ses parents.
Eva et son mari
EVA GONZALĖS (1847-1883]
Les Deux Sours ou La Toilette
Vers 1866-1868 Huile sur toile marouflée sur panneau Collection Cathy Lasry
L'artiste s'intéresse ici de manière précoce au thème de la femme à sa toilette, qu'elle développera plus tard à maintes reprises. Les robes, les accessoires sur la coiffeuse et le mobilier dans le goût du xvile siècle évoquent un milieu raffiné. La douceur du coloris et la lumière sur les peaux nues témoignent d'une technique déjà maîtrisée. On pourrait voir, dans l'attitude délicate de la jeune femme arrangeant la coiffure de sa sour, un écho personnel à la grande tendresse qui lia toute leur vie les sours Gonzalès.
EVA GONZALÈS (1847-1883]
La Demoiselle
Vers 1866-1868 Huile sur toile marouflée sur panneau Collection particulière
Peinte à dix-neuf ans, cette oeuvre atteste de l'influence manifeste de Charles Chaplin. L'artiste peint une figure féminine élégante et songeuse, dans une atmosphère qui évoque le 18eme siècle. La somptueuse robe de la jeune fille est rendue avec un grand sens du détail, au moyen de coloris doux. L'intérieur raffiné évoque le quotidien bourgeois qui était celui des soeurs Gonzalès.
EVA GONZALES (1847-1883)
Joueuse de harpe
Entre 1873 et 1874 Huile sur toile Collection de S.A.S. le Prince de Monaco
Dans cette ouvre de petit format, l'influence de Charles Chaplin est perceptible dans le rendu soyeux des étoffes, les coloris doux rose et bleu-gris de la robe du modèle, probablement la mère d'Eva Gonzalès. Celle-ci, née Céline Ragut, était musicienne et animait un salon littéraire et musical recherché du Tout-Paris.
Dans l'atelier pour dames de Charles Chaplin
De 1866 à 1867, Eva Gonzalès suit l'enseignement de Charles Chaplin, dont l'atelier est situé au 23, rue de Lisbonne, à Paris. Chaplin s'illustre alors dans le genre du portrait mondain ainsi que dans les représentations féminines gracieuses que la critique nomme ses "chaplinades". Ses nombreuses scènes de genre et ses figures de femmes voluptueuses lui valent d'être comparé aux peintres du 18eme siècle, et notamment à François Boucher.De nombreuses artistes talentueuses parmi lesquelles Louise Abbéma, Madeleine Lemaire ou encore Mary Cassatt fréquentent son atelier pour dames. L'influence de Chaplin sur Eva Gonzalès est très sensible dans les premières années de sa carrière : ses œuvres combinant des gris argentés, des roses doux et des bleus veloutés sont tres proches des œuvres de Chaplin, que le romancier Henry James disait peintes à l'eau de rose et de gouttes de rosée.
EVA GONZALÈS (1847-1883)
Portrait de Célina Ragut mère de l'artiste
Entre 1866 et 1868 Pastel sur papier FAMM (Femmes Artistes du Musée de Mougins) / The Levett Collection
La mère d'Eva Gonzalès est ici représentée dans une splendide tenue de bal. Le velouté du pastel permet de rendre la douceur de la carnation pâle du modèle et la lumière sur le cou et les épaules nues. Cette technique restitue également avec beaucoup de justesse la transparence ou, au contraire, la densité des étoffes et des accessoires. On retrouve encore la palette douce des débuts de lartiste, cette fois dynamisée par l'emploi du noir et du blanc.
EVA GONZALÈS (1847 1883)
LeMoineau The Sparrow
Entre 1865 et 1870 Pastel sur papier Collection particulière
CHARLES CHAPLIN (1825-1891
Le Rêve
1857
Huile sur toile Marseille, musée des Beaux-Arts
Portraitiste mondain, Charles Chaplin était célèbre pour son atelier privé, situé rue de Lisbonne, à Paris, qui accueillait de nombreuses ieunes filles de bonne famille, désireuses de se former à la peinture. La peinture suave et le brio de Chaplin avaient fait sa réputation : on retrouve ici le thème de la jeune fille rêveuse, le chatoiement des étoffes et les coloris raffinés.
EVA GONZALÈS (1847-1883)
Le Chapeau bleu The Blue Hat
Vers 1875-1876 Huile toile sur Collection particulière
EVA GONZALÈS [1847-1883]
Portrait de fillette au chapeau
Vers 1878-188o Huile sur toile Collection Hélène Bailly Marcilhac
Ce portrait inachevé permet de lire l'évolution de la technique d'Eva Gonzalès au tournant des années 1880. Délaissant le fini délicat appris chez Chaplin, elle cerne les volumes par des contours noirs en utilisant des traits libres et rapides. L'artiste se concentre aussi sur l'impression de légère dissonance (l'enfant délicate et poupine habillée et fardée comme une jeune fille) plutôt que sur une description précise du modèle. Ce portrait figura dans la collection de Carl et Felicie Bernstein, qui comptèrent parmi des premiers collectionneurs de peinture impressionniste en Allemagne.
EVA GONZALÈS (1847-1883]
Portrait de femme
(Jeanne Gonzalès de profil)
Vers 1866-1868
Huile sur bois
Marseille, musée des Beaux-Arts
Eva Gonzalès fait ici le portrait de sa jeune sœur Jeanne. Peint sur un petit panneau, le modèle est représenté avec beaucoup de simplicité, dans une harmonie de couleurs sombres et de blanc que le fond neutre fait ressortir. Le traitement de la lumière sur la chevelure et le ruban bleu noué dans le cou confèrent à cette sage figure un certain naturel. L'ovale du cadre fait ressortir la douceur du visage pensif. L'ouvre fut sans doute offerte par l'artiste à son parrain Philippe Jourde, qui dirigea le journal Le Siècle.
EVA GONZALÈS (1847 71833)
Le Catéchisme The Catechism
1869-1870 Huile sur toile
Denver Art Museum, Painting and Sculpture Department Acquis avec le soutien des Friends of Painting and Sculpture
EVA GONZALÈS (1847-1883 La Psyché
1868-1869 Huile sur toile
Londres, The National Gallery Acquis grace aux legs de Martha Doris Bailey et Richard Hillman Bailey, Gillian Cleaver et Sheila Mary Holmes, avec le soutien du National Gallery Trust, 2024
Eva Gonzalès peint souvent des femmes dans l'intimité de leur intérieur bourgeois. Ici, l'artiste fait poser sa sœur Jeanne face à un grand miroir. Le modèle tourne le dos au spectateur qui voit un reflet dans le miroir. La palette éteinte composée de marron, de gris et de bleu pâle nimbe la scène d'une atmosphère mystérieuse, accentué par le rouge strident de la fleur entre les mains du modèle. L'absence d'émotion sur le visage de la jeune femme renforce le caractère étrange de la scène.
La rencontre avec £douard Manet
En 1869 a lieu la rencontre décisive entre Eva Gonzalès et le peintre Édouard Manet, qui fait prendre une orientation nouvelle à la carrière de la jeune artiste. Manet est alors un artiste sulfureux, résolument décidé à faire admettre au Salon sa peinture novatrice, Se choisir un tel maitre n'est pas alors chose aisée pour une jeune femme artiste. Lui, de son côte, est charmé par la beauté toute espagnole d'Eva Gonzalès, dont il admire les qualités d'artiste. C'est d'ailleurs en peintre qu'il la représente dans un monumental portrait, qui devient rapidement la cible de nombreuses critiques.De 1869 jusqu'à leurs décès en 1883, les deux artistes restent très liés Consciente de la "manetophagie" du jury du Salon et des risques qu'elle prend en s'affichant comme l'élève de Manet, Gonzalès se présente, à ses débuts, comme l'élève de son premier maître, Chaplin. Néanmoins, plusieurs oeuvres présentées ici, comme Une Loge aux Italiens, Le Clairon ou la Jeune fille aux cerises témoignent de l'influence manifeste de la peinture de Manet Gonzalès persévère comme Manet dans un désir de reconnaissance officielle. Elle ne fait ainsi jamais partie du groupe des impressionnistes mais se fixe le but d'être admise à présenter ses peintures et pastels au très officiel Salon de manière régulière entre 1870 et 1883.
EVA GONZALES (1847-18831 ET ÉDOUARD MANET (1832-1883]
Portrait de femme ou "Etude corrigée par mon maître"
1869-1870 Huile sur toile Collection particulière
Témoignage de l'enseignement par la pratique reçu de Manet, ce portrait de femme a été exécuté par Gonzalès puis corrigé par ce dernier. La figure qui se détache sur un fond sombre, le visage presque sans modelé rappellent le style de Manet. S'il est difficile de déterminer la part de chacun des artistes, leur collaboration n'est pas sans conférer un certain caractère d'étrangeté à cette effigie.
ÉDOUARD MANET (1832-1883)
Portrait dEva Gonzalès
1870 Huile sur toile Londres. The National Gallery Sir Hugh Lane Bequest, 1917. En partenariat avec Hugh Lane Gallery, Dublin
Manet présente ce portrait d'Eva Gonzalès au Salon de 1870, l'année même où celle-ci y fait ses débuts. La critique n'épargne ni l'artiste ni son modèle, à qui l'on reproche d'avoir accepté de poser pour un portrait qui ne lui fait pas honneur : "Les saintes au désert ou livrées aux bourreaux ne sont pas plus courageuses que la jeune personne qui a permis à M. Manet de la représenter en pied avec une robe blanche aussi sale." Dans une lettre à sa sœur, Berthe Morisot note amèrement : "Manet me fait de la morale et m'offre cette éternelle Mlle Gonzalès comme modèle... En attendant, il recommence son portrait pour la vingtième fois ; elle pose tous les iours et, le soir, la tête est passée au savon noir. Voilà qui est encourageant !"
William Orpen Homage to Manet
1909
Manchester Art Gallery
EVA GONZALÈS (1847-1883)
L'Enfant de troupe ou Le Clairon
1869 Huile sur toile Villeneuve-sur-Lot, musée de Gaiac
En 1870, Gonzalès fait ses débuts au Salon avec un Pastel, Portrait de Mlle J, et deux tableaux, La Passante et L'Enfant de troupe. Dans le catalogue, elle se présente comme l'élève de son premier maîitre, Chaplin. Cependant, la critique relève immédiatement l'influence de Manet, dont L'Enfant de troupe témoigne sans équivoque. Cette figure de musicien isolée sur fond sombre et son uniforme rappellent en effet le Fifre de Manet, refusé par le jury du Salon de 1866.
Édouard Manet Le Fifre 1866
Paris, musée d'Orsay
HENRI GUÉRARD (1846-1897)
Laure, d'après Eva Gonzalès 2e état
Avant 1888 Eau-forte Paris, Bibliothèque nationale de France
Guérard reproduit ici une oeuvre d'Eva Gonzalès inspirée de Manet. Il s'agissait d'un portrait de Laure. le modèle de la servante noire du tableau de Manet, Olympia. Il est possible que Gonzalès ait eu en sa possession le Portrait de Laure par Manet (Fondation Agnelli, Turin). Il existe de la main d'Eva Gonzalès un dessin au crayon et à la craie (Menil Collection, Houston) représentant le même modèle.
HENRI GUERARD (1846-1897)
Le Grand Bouquet, 2 état
Avant 1888 Eau-forte et aquatinte Paris, Bibliothèque nationale de France
Henri Guérard s'est inspiré d'un détail du tableau de son épouse, Une Loge aux Italiens, pour la gravure de ce Grand bouquet. Il isole le motif de ce cornet de fleurs et lui donne une monumentalité nouvelle alors qu'il n'était qu'accessoire dans le tableau. Ce détail rappelle également le somptueux bouquet apporté par la servante dans la célèbre Olympia de Manet (1865, musée d'Orsay).
Édouard Manet
Olympia
1865
Paris,
musée d'Orsay
Photographe anonyme
Eva Gonzalès peignant dans l'atelier de Manet
1870
Photographie Paris, Fondation Custodia, collection Frits Lugi
Peu de témoignages nous sont parvenus de l'apprentissage d'Eva Gonzalès chez Manet Cette photographie reproduit ici un tableau de Manet représentant son élève chez lui. dans son atelier, en train de peindre. À ses côtés figure sans doute Léon Leenhoff en costume espagnol. Gonzalès. de dos. est bien reconnaissable à sa coiffure. L'oeuvre à laquelle travaille Gonzalès a été identifiée comme étant L'Enfant de troupe, présenté dans cette section.

ÉDOUARD MANET (1832-1883)
Jeune garçon pelant une poire
1867-1868
Huile sur toile
Stockholm, Nationalmuseum, offert en 1896 par l'artiste Anders Zorn

EVA GONZALÈS (1847-1883)
Jeune fille aux cerises
Vers 1869-1875
Huile sur toile
The Art Institute of Chicago, Mr. and Mrs. Lewis Larned Coburn Memorial Collection
L'influence de Manet est manifeste dans ce portrait.
La composition, l'arrière-plan sombre, le cadrage, le thème gourmand ici décliné au féminin, évoquent Le Jeune homme pelant une poire de Manet présenté dans cette salle. Le motif des cerises, utilisé à plusieurs reprises par Manet, conjugué à une figure féminine, évoque aussi sa Chanteuse de rue. Par contraste, la blouse rayée du modèle, sa chemise aux manches diaphanes et son charmant bonnet à rubans rappellent le goût pour le xvIIIe siècle élégant des premières œuvres de Gonzalès.

BERTHE MORISOT (1841-1895)
Au Bal
1875
Huile sur toile
Paris, musée Marmottan Monet
Le thème des distractions mondaines, comme le bal ou le théâtre, intéresse de nombreux peintres modernes. Ici, Berthe Morisot peint une élégante jeune femme en tenue de bal jouant de son éventail, un accessoire popularisé par la mode du japonisme, également prisé par Gonzalès dans ses œuvres.

EVA GONZALÈS (1847-1883)
Une Loge aux Italiens
Vers 1874
Huile sur toile
Paris, Établissement public du musée d'Orsay et du musée de l'Orangerie. Don de Jean-Raimond Guérard, 1927
L'artiste s'inspire de la vie moderne et s'intéresse aux spectateurs du Théâtre des Italiens, installés dans une loge. Les modèles sont sa sœur Jeanne et Henri Guérard, son futur mari. Le tableau, présenté au Salon de 1874, est refusé par le jury, alors que son pastel La Nichée est, lui, accepté. Il s'agit du premier échec notable de Gonzalès. Pour ses détracteurs, l'œuvre est une illustration de l'influence néfaste de Manet. Gonzalès expose finalement son tableau dans son propre atelier, sur les conseils de Manet. Elle présente de nouveau le tableau au Salon de 1879, où il est enfin accepté.

ÉDOUARD MANET (1832-1883)
Portrait d'Eva Gonzalès
Sans date
Pastel sur papier brun
Collection Raphael Schmit
Comme Berthe Morisot, Eva Gonzalès a souvent été représentée par Manet. Dans cet exceptionnel portrait au pastel, la physionomie de la jeune artiste est très reconnaissable: visage rond, grands yeux sombre, nez fort et chevelure très brune coiffée à l'espagnole. La sobriété de l'arrière-plan, qui donne toute sa puissance à la seule figure, se retrouve dans d'autres portraits au pastel du peintre.

EVA GONZALÈS (1847-1883)
Portrait d'Henriette Flameng Turquet
30 novembre 1881
Pastel sur papier Collection particulière, courtesy galerie Hubert Duchemin
Éléonore et Henriette Turquet étaient les filles d'Edmond Turquet (1836-1914), sous-secrétaire d'État aux Beaux-Arts entre la fin des années 1870 et les années 1880. C'est vers lui que se tourna la famille d'Eva Gonzalès pour obtenir l'achat de tableaux par l'État après la mort de l'artiste.

EVA GONZALÈS (1847-1883)
Portrait d'Éléonore Turquet
30 novembre 1881 Pastel sur papier Collection particulière, courtesy galerie Hubert Duchemin
"Mademoiselle Gonzalès, que pensez-vous de M. Henri Guérard? "
C'est un ami de la famille Gonzalès qui interpelle ainsi la jeune Eva au détour d'une lettre, lui demandant de lui confier son sentiment sur le peintre et graveur Henri Guérard. Les deux artistes s'étaient sans doute rencontrés vers 1874, au moment où Guérard pose pour Une Loge aux Italiens, le grand chef d'œuvre de Gonzalès. Guérard a probablement été presenté a Eva Gonzalès par Édouard Manet, dont il est l'un des graveurs attitrés, ou par Emmanuel Gonzalès, qui lui demande des illustrations pour ses ouvrages. Gonzalès et Guérard se marient en 1879, après de longues fiançailles. Modèle masculin de prédilection de son épouse, Guérard interprète l'œuvre d'Eva Gonzalès par la gravure. Cette collaboration harmonieuse, où l'artiste féminine peut compter sur le complet soutien de son époux, est assez rare pour être relevée. Elle offre en outre à l'œuvre d'Eva Gonzalès une diffusion supplémentaire par la gravure. Quelque lettres savoureuses ont été conservées parmi leur correspondance, qui nous renseignent sur la complicité et la tendresse unissant le couple.

HENRI GUÉRARD (1846-1897)
Azor
Sans date
Estampe
Collection particulière

JACQUES ÉMILE BLANCHE (1861-1942)
Portrait d'Henri Guérard
1889
Huile sur toile
Paris, Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris
Brillant portraitiste mondain, Jacques-Émile Blanche a souvent représenté les artistes de son temps, notamment au sein de leurs ateliers. Ici, il adapte le format étroit et monumental de son tableau à la longue silhouette d'Henri Guérard, vu en légère contre-plongée. Blanche le représente à la fois comme un peintre devant son chevalet et comme un graveur manipulant une plaque de cuivre, manifestant ainsi toute l'étendue de son talent. Resté dans la famille du modèle, ce tableau a été donné par Alice, la belle-fille de Guérard au Petit Palais en 1972.

EVA GONZALÈS (1847-1883)
L'Éventail
Vers 1866-1862 Fusain rehausse à la craie sur papier Callection Samir et Paula Trabouls
Ewa Gonzales et Henri Guérard partagent, comme d'autres artistes de leur temps, une predilection pour le motif de l'eventail. Ici, Gonzalès représente une femme s'éventant, nonchalamment allongee.

HENRI GUÉRARD (1846-1897"
Calendrier
1884 Estampe Musée de Dieppe
Henri Guérard a étroitement collaboré avec l'editeur £douard Dentu (1830-1884), le "libraire officiel de la Société des gens de lettres", qui fut egalement témoin de son mariage avec Eva Gonzalès. Dentu organisait régulièrement des diners mondains et sollicitait Guérard pour illustrer ses menus ou lui confier la réalisation de calendriers. Pour celui-ci, Guérard reprend le motif de la femme à l'éventail d'une composition d'Eva Gonzalès.
Dieppe et la Normandie
Au 19eme siècle, la Normandie devient au haut lieu du tourisme. Proche de Paris par le train, Dieppe fait figure de destinations favorites des citadins désireux de prendre du repos au bord de la Manche. Les artistes y découvrent quant à eux des paysages inspirants. Les Gonzalès connaissent la ville pour s'y être installés pendant la guerre de 1870. Dieppe devient bientot un lieu de villégiature récurrent pour la famille qui y séjourne plusieurs mois chaque année jusqu'au début des années 1880. Eva Gonzales y fréquente les lieux huppés, le casino et les grands restaurants ou elle retrouve ses amis parisiens. Cette vie mondaine est interrompue par des séances de travail sur le motif. Au contact des paysages de Dieppe, Honfleur ou Grandcamp, l'œuvre d'Eva Gonzales évolue et sa palette s'éclaircit. Ses parents et sa sœur deviennent les modèles de ses scénes de plage qui rappellent celles des artistes impressionnistes.

HENRI GUÉRARD (1846-1897)
Port de Dieppe de nuit
3e tiers du xrxe siècle Huile sur toile Musée de Dieppe
Eva Gonzalès et Henri Guérard séiournent à plusieurs reprises à Dieppe - l'occasion, pour Guérard, de démontrer ses qualités de peintre en réalisant plusieurs vues de la ville.

EVA GONZALÈS (1847-1883)
Enfants dans les dunes de sable. Grandcamp
Vers 1877-1878 Huile sur toile Dublin, The National Gallery of Ireland
Gonzalès choisit pour ce paysage très esquissé une vue originale, éloignée du rivage. Elle se concentre sur les dunes où la végétation est sommairement rendue par des touches très maigres, rapidement brossées. Les accents de couleur sont réservés au charmant duo d'enfants de retour de la pêche avec un panier de poissons frais.

EVA GONZALÈS (1847-1883)
La Plage de Dieppe
Vers 1875-1877 Huile sur toile Collection de S.A.S. le Prince de Monaco
Si une petite cabine de plage est visible au premier plan de la composition, cette marine fait presque oublier toute présence humaine La plage est réduite à une étroite bande de sable. Ia mer et le ciel, traités en larges rectangles presque abstraits occupent quasiment toute la composition, conférant à cette scène de petit format une dimension très poétique.

EVA GONZALÈS (1847-1883)
Grandcamp, marée basse
Sans date Huile sur panneau Collection particulière

EVA GONZALÈS (1847 -1883)
Bateau à marée basse
Entre 1877 et1878 Huile sur toile Collections de S.A.S. I Prince de Monaco

EVA GONZALÈS (1847-1883)
Plage de Dieppe vue depuis la falaise ouest
Vers 1871-1872 Huile sur toile Musée de Dieppe
Dans ce grand panorama, inhabituel dans sa production, Eva Gonzalès embrasse le paysage du front de mer, visible depuis les hauteurs du château de Dieppe. Eva Gonzalès, commence à s'intéresser au paysage à l'occasion de ses séiours normands. Cette vue se concentre sur l'étagement des plans du paysage où les bandes de couleurs deviennent presque abstraites.

ÉDOUARD MANET (1832- 1883)
Anguille et rouget
1864 Huile sur toile Paris, Établissement public du musée d'Orsay et du musée de l'Orangerie. Don Dr et de Mme Albert Charpentier, 1951

EVA GONZALÈS (1847-1883)
Nature morte au poisson et moules
Vers 1869-1870
Huile sur papier marouflé sur bois Collection particulière néerlandaise
C'est sans doute d'un de ses séjours normands qu'Eva Gonzalès tire le sujet de cette nature morte. Des artistes comme Georges Haquette ou Jacques- Émile Blanche se sont essayés au même sujet, à Honfleur ou à Grandcamp. La proximité de cette œuvre avec celle de Manet présentée à côté. montre l'influence persistante du maître. Les deux artistes ont réalisé d'autres natures mortes en miroir notamment sur le thème des pivoines, cher à Manet.

EVA GONZALES (1847-18837
Le Peintre et son modèle
Vers 1880-1882 Huile sur panneau Collection de S.A.S. le Prince de Monaco
Eva Gonzalès atteste ici de la pratique de la
peinture de plein air par son mari Henri Guérard.
Après Une Loge aux Italiens, elle le présente
à nouveau en duo avec sa propre sœur, qui tient le role de modèle. Comme dans plusieurs de ses paysages maritimes, Eva Gonzalès adopte un point de vue original, plaçant ses personnages
en surplomb, tournant le dos à la mer.

EVA GONZALÈS (1847-1883]
étude sur la plage
Vers 1875-1877 Huile sur toile Collection particulière
Les villes de la côte normande deviennent, dans la deuxième partie du 19ème siècle, l'une des destinations de prédilections du tourisme balnéaire. Eugène Boudin et Claude Monet, notamment, réalisent des vues de plages montrant femmes à l'ombrelle et cabines de plage élégantes. Eva Gonzalès peint ces mêmes scènes en faisant poser les membres de sa famille, peut-être ici son père et sa soeur.

EVA GONZALÈS (1847-1883]
Portrait de Cyrilla Montgomerv Love, première épouse de Georges Haquette
Entre le 12 octobre 1878 et mai 1882 Aquarelle sur papier
Musée de Dieppe. Don des Amys du Vieux Dieppe - Amis du musée
Cyrilla Montgomenry-Love, héritière d'une riche famille belge, est l'épouse de Georges Haquette, peintre parisien installé à Dieppe. Ce portrait témoigne des liens de Gonzalès avec la haute société mondaine et artistique en villégiature dans la région.

EVA GONZALÈS (1847 1883)
La Promeneuse The Stroller
1875-1876 Huile sur toile Dixon Gallery and Gardens; Museum purchase with funds provided by an anonymous donor

EVA GONZALES (1847-1883]
La Convalescente
Entre 1877 et 1878 Fusain et huile sur toile Ordrupgaard, Copenhagen
C'est à nouveau Jeanne Gonzalès qui pose pour ce portrait, tres proche de la scène de L'Alcôve. Eva Gonzalès a ici choisi de représenter sa sœur en plus gros plan, appuyée sur un lit défait à peine esquissé. L'artiste travaille une large palette de blancs, bleutés pour le vêtement et rosés pour la carnation. L'effigie, diaphane, émerge devant un arrière-plan modulé de gris.

EVA GONZALES (1847-18831
L Alcôve
1875-1878 Huile sur toile Collection Diane B. Wilsey
Appartenant à la série des femmes à leur toilette, cette peinture représente Jeanne en chemise de nuit, au réveil. La délicate harmonie de blanc montre l'étendue du talent d'Eva Gonzalès. L'attitude empreinte de simplicité nonchalante, les pieds nus du modèle concourent à donner une image naturelle du modèle.
Tracer son chemin
Les années 1870 et le début des années 1880 permettent à Eva Gonzalès de s'affirmer. Synthétisant les enseignements de Chaplin et de Manet, elle parvient à imposer son propre style. Aisément reconnaissable, sa sceur Jeanne devient quasiment son unique modèle, endossant tous les rôles Gonzalès crée, autour de cette personnalité qu'elle connaît bien, des héroïnes différentes. au même visage Le thème de la femme à sa toilette, par lequel elle nous fait pénétrer dans l'intimité de Jeanne, devient un motif récurrent. D'une maniere générale, Eva Gonzalèes s'inspire de son quotidien et de la vie des femmes qu'elle côtoie pour peindre des scènes dont les figures féminines ou leurs accessoires constituent le cour. Manet constate que son elève est moins désireuse de ses conseils mais la félicite néanmoins pour ses progrès couronnés de succès. Le pastel occupe une part croissante dans sa production et montre toute l'étendue de son talent. Les critiques positives qu'elle recoit contribuent à consolider encore sa carrière.

EVA GONZALÈS [1847-1883)
La Matinée rose (La Nichée]
1873
Pastel sur papier et châssis entoilé Paris, Etablissement public du musée d'Orsay et du musée de l'Orangerie
Admis au Salon de 1874, en même temps qu'Une Loge aux Italiens essuie un refus, ce pastel de grande dimension vaut à son auteur les louanges de la critique. Il représente sa sœur Jeanne en peignoir rose, regardant avec tendresse un panier rempli de chiots. Cette scène, qui évogue les petits bonheurs ďd'un quotidien paisible. appartient à une série de représentations de femmes à leur toilette. La délicatesse des tons roses et bleus rappelle encore l'influence de Charles Chaplin mais donne déja à voir la grande maitrise de Gonzalès dans l'art du pastel.

Détail du tableau précédent

EDOUARD MANET (1832-1883)
Marguerite de Conflans
Vers 1876
Huile sur toile
Paris, Établissement public du musée d'Orsay et du musée de l'Orangerie, dépôt au musée des Augustins de Toulouse, legs de Mlle d'Angély, 1941
Manet représente ici Marguerite de Conflans, une amie de sa famille, à sa table de toilette. Les accents de bleu qu'utilise le peintre pour déterminer les volumes qui sont repris par Gonzalès pour la scène du Réveil (Bremen Kunsthalle). Le décor, le costume et le format ovale du tableau rappellent les scènes de boudoir du 18eme siècle. Sur la table de toilette, on aperçoit un miroir similaire à celui qu'Eva Gonzalès utilise pour La Nichée (présenté dans cette salle).

Eva Gonzalès La Toilette du matin 1876 Collection particulière

EVA GONZALES (1847-1883)
Jeune fîlle au réveil ou Le Réveil
1877-1878 Huile sur toile Kunsthalle Bremen - Der Kunstverein in Bremen
Emblématique de la série des < Réveils >, cette peinture donne à voir la figure de Jeanne Gonzalès, émergeant de son sommeil. encore rêveuse. Tout en courbes douces, accentuées par des lignes bleues, le corps du modèle épouse la forme du lit et de l'oreiller. Une certaine sensualité se dégage de ce moment de torpeur. L'artiste dispose quelques éléments de mobilier élégant mais aussi un bouquet de violettes qui n'est pas sans rappeler Manet. Il existe une réplique de ce tableau de format similaire mais plus esquissée, intitulée Le Sommeil.

Eva Gonzalès
Le Sommeil
Vers 1877-1878
Tokyo,
Artizon Museum

EVA GONZALÈS (1847-1883)
Coupe de persil
1878
Aquarelle sur papier
Collection particulière

EVA GONZALÈS (1847-1883]
Portrait de Jeanne Gonzalès
Vers 1870-1872 Huile sur toile
Nina Laughlin Bottomley and David W. Laughlin (courtesy of Vivanco Art & Appraisals
Eva Gonzalès représente sa soeur, un éventail à la main. Accessoire de mode, clin d'oeil au japonisme, l'éventail est un motif récurrent et partagé dans l'oeuvre de Gonzalès et de son mari Henri Guérard. Il apporte un charme supplémentaire à l'effigie raffinée de Jeanne.

EVA GONZALES (1847-18831
La Plante favorite
Vers 1871-1872 Pastel sur toile Collection Diane B. Wilsey
Ce pastel a longtemps intrigué les spécialistes: une erreur typographique dans le catalogue de l'exposition du Salon de 1872 le donnait en effet à "Eva-Jeanne" Gonzalès, laissant entendre un travail à deux mains. Si Jeanne accompagne régulièrement sa sour à ses lecons chez Manet et si elle exposa elle-même au Salon, il est aujourdhui admis que ce pastel est l'oeuvre d'Eva seule. Gonzalès démontre ici sa maîtrise du pastel, tout en nuances délicates et diaphanes pour le vêtement et en accents plus toniques pour la cordyline du premier plan.

EVA GONZALÈS (1847-1883)
Portrait de Jeanne
Vers 1873-1874 Huile sur toile Collection particulière

HENRI GUÉRARD (1846-1897)
Les Souliers posés vers la droite
Vers 1879-1880 Eau-forte et pointe sèche Collection particulière
Cette épreuve reproduit une lettre d'Eva Gonzalès à Félix Buhot, graveur et l'un des cofondateurs de la société des peintres-graveurs avec Henri Guérard. La missive se superpose à l'image de gros souliers dépenaillés, oubliés sur le sol Guérard propose un pendant masculin et grossier aux ravissants souliers roses peints par son épous

HENRI GUÉRARD (1846-1897)
L'assaut du soulier 1er état. combinaison de deux planches de noir et de rose
Avant 1888
Eau-forte et roulette en couleurs Paris, Bibliothèque nationale de France
Eva Gonzalès montre un attrait pour les chaussures féminines, dont elle réalise plusieurs peintures, isolant ces accessoires en gros plan. Ici son mari Henri Guérard, réinterprète à sa façon, japonisante et humoristique, le thème des souliers roses.

EVA GONZALÈS (1847-1883)
Les Souliers roses
1878-1879
Huile sur toile marouflée sur panneau
Collection Waddington Custot
Eva Gonzalès s'est intéressée à une forme
de nature morte bien particulière avec cette vue très rapprochée de ravissants souliers roses.
S'agit-il d'une forme d'autoportrait par l'objet?
On connaît un autre tableau très proche,
représentant une paire de souliers blancs en satin

EVA GONZALÈS (1847-1883)
Roses dans un verre
Vers 1875 Huile sur toile Collection Cathy Lasry

EVA GONZALÈS [1849-1883)
Au bord de leau ou Les Oseraies (Ferme en Brie]
1871-1872 Huile sur toile Belvedere. Vienne
Dans la production d'Eva Gonzalès, les paysages comportant des figures sont souvent assez esquissées. Est-ce la raison pour laquelle celle-ci figura en 1873 au Salon des Refusés? Restée dans la famille au décès de l'artiste, elle est finalement achetée en 1885 par son parrain Philippe Jourde, qui l'acquiert au cours de la vente posthume de l'artiste.

EVA GONZALÈS (1847-1883]
L'Indolence
Vers 1871-1872 Huile sur toile Collection de S.A.S. le Prince de Monaco
L'Indolence est présentée au Salon de 1872 avec le pastel La Plante favorite. Bien que mentionnée comme élève de Chaplin au catalogue du Salon, Eva Gonzalès fait ici clairement référence à Manet avec le perroquet dans sa cage ou le bouquet de violettes. La critique s'est moquée de la figure à la pose antinaturelle, aux yeux dans le vague et portant d'étranges gants. Une caricature dans la presse accuse cette effigie maladive d'avoir " mangé trop de cresson ". Émile Zola la défend au contraire, lui trouvant des allures de " vierge tombée d'un vitrail ".

EVA GONZALÈS (1847 -1883)
Le Départ
Vers 1869-1875 Pastel sur papier Trustees of the Leeds Castle Foundation

EVA GONZALES (1847-1883]
Le Goûter
1869-1875 Huile sur toile Dallas Museum of Art, The Eugene and Margaret McDermott Art Fund
Dans une salle à manger, une petite fille attend son goûter, préparé par une jeune femme qui est probablement sa nourrice. Le tableau, bien qu'assez esquissé, fait apparaître une partie du décor raffné de cet intérieur bourgeois. Le visage de Jeanne Gonzalès est lui aussi reconnaissable. Le thème de lenfant et de la gouvernante pourrait avoir été choisi sous l'influence de Manet. Il est repris plus tard dans un tableau de plus grand format, Miss et Bébé (Washington, National Gallery of Art).

EVA GONZALES (1847-1883]
Femme en bleu
Vers 1871-1872 Huile sur toile Collection particulière
Cette Femme en bleu incarne la quintessence des Parisiennes élégantes bourgeoises qu'étaient Eva Gonzalès et sa soeur Jeanne. La femme de lettres Judith Gautier, qui remarque la peinture lors de l'exposition posthume de Gonzalès en 1885, Y voit < une fenêtre ouverte sur Paris avec le vertige d'un étage élevé >.

EVA GONZALÈS (1847 1883)
Portrait de Jeanne Gonzalès
Vers 1872 Crayon rehaussé de pastel et d'aquarelle sur papier Collection Olivier Senn Donation Hélène Foulds 2004 Le Havre, musée d'Art moderne André-Malraux
Femmes artistes
Eva Gonzalès a souvent été associée à Berthe Morisot (1841-1895) Mary Cassatt (1844-1926) ou Marie Bracquemond (1840-1916) bien qu'elle n'ait jamais exposé avec les Impresssionnistes. Si toutes ces artistes possèdent des points communs (leur scur comme modèle de prédilection, certains thèmes comme celui des femmes à leur toilette), elles ont pour autant chacune suivi une voie singulière. Mary Cassatt, américaine, choisit la France pour affirmer son talent de peintre, et reste célibataire, préservant ainsi son indépendance. Berthe Morisot poursuit son travail d'artiste apres son mariage avec le frère d'Édouard Manet et devient T'une des figures les plus respectées du groupe des Impressionnistes. Après une carrière de peintre et céramiste couronnée de succès, Marie Bracquemond quant a elle, cesse d'exposer son travail, pour laisser la place à un mari ombrageux, le peintre et graveur Félix Bracquemond. Eva Gonzalès, de son côté peut compter toute sa vie sur le soutien et la collaboration de son mari dans son travail de peintre.

MARIE BRACOUEMOND (1840-1916]
Le Goûter
Vers 1880 Huile sur toile Paris, Petit Palais - musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris
Marie Bracquemond a réalisé plusieurs portraits de sa sour Louise. Dans celui-ci, elle la représente assise à la table du goûter, lisant un livre. Influencée par Claude Monet, Bracquemond développe une touche où la couleur se fait miroitante. Contrairement à Morisot, Cassatt ou Gonzalès, Marie Bracquemond renonce à exposer son travail. 1l est fort probable que ce soit sous la pression de son mari, le graveur Félix Bracquemond, qu'elle ait renoncé à ses ambitions d'artiste.

BERTHE MORISOT 1841-1895
Dans le parc
Vers 1874 Pastel sur papier Paris, Petit Palais - musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris
Berthe Morisot fait poser sa ieune soeur Edma et ses deux enfants dans les herbes hautes. Comme les sœurs Gonzalès, les sours Morisot étaient très proches. Ici, le lumineux paysage aux camaiïeux de vert tranche avec les figures sombres du chien et de la ieune femme. La douceur et la tendresse maternelle font écho au velouté du traitement au pastel

MARY CASSATT (1844-1926]
Portrait de Sara avec son chien
Vers 1900
Pastel sur papier collé en plein sur carton Paris, Petit Palais - musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris
Américaine, Mary Cassatt vient étudier en France et entre dans Y'atelier de Charles Chaplin, comme Eva Gonzalès. Elle prend régulièrement sa sœur Lydia comme modèle. Devenue une figure incontournable du mouvement impressionniste, elle s'expatrie en France et y reste six décennies. Cassatt demeure tout au long de sa vie soucieuse de son indépendance financière et affective.

EVA GONZALÈS (1847-1883]
La Promenade à âne
188o
Huile sur toile Bristol Museums & Archives
Cette ouvre de la dernière partie de la carrière d'Eva Gonzalès montre l'évolution de son style vers une facture moins lisse, plus énergique. La composition est brossée en larges touches, laissant un fond plus esquissé que le duo de personnages. Une fois encore, Gonzalès réunit son mari Henri Guérard et sa sour Ieanne. L'œuvre pourrait être rapprochée d'Une Loge aux Italiens : les deux personnages forment peut-être un couple mais la figure féminine, juchée sur le dos de l'âne, semble désabusée et n'a pas un regard pour l'homme.

EVA GONZALES (1847-1883]
Une Mariée
1879
Pastel sur toile
Collection de S.A.S. le Prince de Monaco
En 1879, Eva Gonzalès épouse Henri Guérard. Peu après, elle fait poser sa sour leanne dans sa robe de mariée pour réaliser deux pastels. Dans un geste presque prémonitoire, elle attribue à sa sœur un rôle que celle-ci endossera cing ans après la mort de son aînée. Claude Roger-Marx écrit ainsi, dans la première monographie publiée sur Eva Gonzalès : < On dirait qu'elle s'est observée et rêvée à travers ce double d'elle-même qu'elle aimait, rudoyait, transformait à sa guise, >

EVA GONZALÈS (1847-1883)
La Mariée (Jeanne Gonzalès)
1879
Pastel sur toile Collection de S.A.S. le Prince de Monaco
EVA GONZALES (1847-1883)
La Femme en rose
1879
Pastel sur toile Collection Diane B. Wilsey
Ouintessence de l'art du portrait au pastel par Eva Gonzalès, cette Femme en rose révèle les grandes qualités de coloriste de l'artiste, ainsi que la subtilité de son travail avec ce médium.
Les dernière années
Les dernières années de la carrière d Eva Gonzalès sont une période d'intense créativité. Ses peintures mais surtout ses pastels témoignent de I évolution de son style. Les couleurs sont posées en larges touches, brossées avec énergie. L'artiste n'hésite pas à utiliser des couleurs très franches voire acides pour souligner des détails dans ses compositions. Pourtant, ľ'année 1883, qui s'annonçait sous les meilleurs auspices (un pastel accepté au Salon, la naissance à venir de son premier enfant) prend une tournure dramatique. Le 30 avril, Édouard Manet meurt à Paris des suites d une grave opération. Très affectée par ce deuil, Eva Gonzalès succombe quelques jours plus tard, le 6 mai, emportée par une embolie à l'âge de 36 ans.

HENRI GUERARD (1846-1897)
Jeune femme au chevalet 4e état
Vers 1890 Estampe, manière noire Paris, Bibliothèque nationale de France
La leune élève est le nom d'une peinture d'Eva Gonzalès et qu' Henri Guérard a traduite en gravure. Ici, l'apprentie n'est autre que Jeanne Gonzalès, qui pratiquait aussi la peinture et qui exposa à plusieurs reprises au Salon. Guérard a continué à reproduire les peintures de son épouse après le décès de celle-ci.

EVA GONZALÈS (1847-1883)
Jeanne au chevalet, Dieppe
Vers 1871-1872 Huile sur toile montée sur carton Collection particulière

EVA GONZALES [1847-1883)
La Servante ou À la barrière
1877-1878 Huile sur toile Paris, Petit Palais - musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris
Cette œuvre très esquissée pourrait être un travail préparatoire pour le tableau Miss et Bébé (Washington, National Gallery of Art) On reconnaît en effet le même détail de la barrière dans chacune des compositions.

EVA GONZALÈS (1847-1883]
Miss et bébé
1877-1878
Huile sur toile
Washington, National Gallery of Art, Chester Dale
Eva Gonzalès expose cette oeuvre au Salon de 1878. Les figures de la gouvernante et de l'enfant qui nous tourne le dos rappellent un tableau de Manet, Le Chemin de fer. Gonzalès insuffle à son tableau une atmosphère d'étrangeté à l'aide de plusieurs détails : l'ombrelle renversée au sol, qui occupe une large part de la composition, le regard absent de la ieune femme ou encore la lumière irréelle qui semble provenir de diverses sources lumineuses. Ce tableau a un temps figuré dans la collection de la couturière Jeanne Lanvin

Édouard Manet,
Le Chemin de fer
1873
Washington,
National Gallery of Art

Henri Guérard et Jeanne Gonzalès Guérard dans leur intérieur
Vers 1897
Bibliothèque nationale de France, département des estampes et de la photographie

NORBERT GOENEUTTE (1854-1894)
Portrait de Jean-Raimond Guérard
Vers 1886 Pastel sur papier Collection particulière, courtesy Galerie Chaptal
Norbert Goneutte est resté proche de son ami Henri Guérard après le décès d'Eva Gonzalès. On connaît de lui plusieurs portraits du jeune Jean-Raimond. La douceur du pastel sied bien à cette représentation très touchante du garconnet en vareuse, le visage grave entouré de boucles blondes. Plus tard, Jean-Raimond Guérard s'ingénie à faire vivre l'héritage de ses parents, tout en menant de front des activités de peintre et décorateur de théâtre.

JEANNE GONZALĖS (1852-1924]
Portrait de Jean-Raimond Guérard
Vers 1885 Huile sur toile Collection Amaury d'Everlange
À la mort de sa soeur, Jeanne Gonzalès devient une mère de substitution pour son neveu Jean-Raimond. Elle épouse son beau-frère Henri Guérard en 1888, situation relativement courante à cette époque dans ce type de circonstances. Jeanne a également pratiqué la peinture et a exposé au Salon mais de manière moins remarquée que son aînée. Elle donne ici un charmant portrait du petit Jean- Raimond, accompagné de son cheval à bascule.
EVA GONZALES (1847-1883)
Sous le berceau, Honfleur
Vers 1879-1880 Pastel sur papier
Académie des sciences morales et politiques
Teanne Gonzalès est représentée assise sous un berceau de feuillage, sur la plage de Honfleur. Elle est accompagnée du chien Azor, reconnaissable à son collier à grelots. Cette scène paisible est dynamisée par l'emploi de couleurs franches (rose, rouge, vert, jaune et bleu) posées en touches nerveuses. L'étrangeté de la scène est liée à la manière originale dont Gonzalès raccorde les figures du premier plan, en surplomb, au paysage presque abstrait.
























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