L'empire du soleil au musée Marmottan en novembre 2025



DOUX SOMMEIL, BONHEUR PUR
Tous, nous dormons, même les
insomniaques. Le sommeil, ce doux
besoin qui occupe un tiers de notre vie, nous est nécessaire, et nous procure un grand bonheur. Il apporte le repos, et l'oubli des peines de la veille. Cet état mystérieux dans lequel on «tombe» a nourri la création depuis des millénaires. Innombrables, les artistes qui nous ont laissé des portraits de leurs proches - parents, époux, amants - ou de leurs modèles endormis, au creux de la nuit ou le plus souvent le jour, pendant la sieste. C'est peut-être le sommeil des innocents - nouveau-nés, enfants, bêtes familières, chats, chiens... - qui exprime au mieux l'abandon au bonheur de l'inconscience. Mais le sommeil montre aussi un aspect ambigu, il peut évoquer la mort, la vulnérabilité, la dépossession de soi; il impose d'abandonner la vigilance, d'accepter l'oubli, de ne plus veiller ni surveiller...
L'exposition explore, pour la première fois en France, les représentations diverses du sommeil et de ses troubles, en se focalisant sur le «long dix-neuvième siècle », des Lumières à la Grande Guerre. Des oeuvres plus anciennes ainsi que des œuvres du XXe siècle sont convoquées pour montrer l'extraordinaire richesse du sujet dans la persistance de ses thèmes iconographiques.

Détail 
Balthus (Balthasar Klossowski de Rola dit) (1908-2001)
La Phalène
1959-1960
Caséine et tempera sur toile
Paris, Musée national d'art moderne-Centre de création industrielle
Une jeune fille qui s'apprête à éteindre la lampe à pétrole avant de se coucher découvre un grand papillon de nuit, attiré par la lumière. Elle apparaît comme à travers un voile, impression due à la technique particulière de la tempera à la caséine. Est-ce une scène réelle ou bien un rêve, ou le souvenir d'un rêve ? Balthus évoque peut-être Le rêve du papillon du sage chinois Zhuangzi:
«Un jour Tchouang Tcheou [Zhuangzi] rêva qu'il était un papillon froufroutant, qui, tout à sa joie, donnait libre cours à ses désirs, sans savoir qu'il était Tchouang Tcheou; puis, brusquement, il s'éveilla, retrouvant la lourdeur de son corps; il se demanda s'il était Tchouang Tcheou qui avait rêvé qu'il était un papillon ou un papillon qui se rêvait Tchouang Tcheou.


Federico Zandomeneghi (1841-1917)
Jeune fille endormie
1873
Huile sur toile
Florence, Palazzo Pitti - Galleria d'Arte Moderna

Jules Bastien-Lepage (1848-1884)
La Jeune femme endormie
1880
Huile sur toile
Montmédy, musée Jules Bastien-Lepage

Joaquín Sorolla y Bastida (1863-1923) Madre
vers 1900
Madrid, Museo Sorolla
Madre évoque la naissance de la fille cadette du peintre, née le 12 juillet 1895. La mère et l'enfant sont enfoncées dans un lit immense, recouvertes par une grande couverture blanche qui occupe la moitié de la composition. Seuls les visages des figures, plongées dans un profond sommeil, émergent de cette blancheur. L'atmosphère paisible, presque suspendue, révèle le talent de l'artiste dans la pratique
de la subtilité des tons. Sorolla représentera souvent ses proches, influencé par le naturalisme de Jules Bastien-Lepage, qu'il rencontre à Paris
en 1885.

Charles Matton (1931-2008)
La Chambre d'un collectionneur d'art romantique
2002
Technique mixte
Paris, collection Sylvie Matton

Detail
Antonio López García (né en 1936)
Femme endormie dit aussi Le Rêve
1963
Bois, collage et polychromie
Madrid, Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía

Eugène Delacroix (1798-1863) Un lit défait
vers 1824
Graphite et aquarelle sur papier
Paris, musée national Eugène-Delacroix, legs César Mange de Haucke

Max Beckmann (1884-1950) Visages; Baillements
1918
Eau-forte et pointe sèche Vienne, Albertina Museum

AU LIT!
Le mot «chambre »> nous vient des Grecs (kamara), et notre «civilisation du lit >> est romaine. Le lit est le meuble principal, même chez les pauvres qui dorment tous ensemble. Dans les demeures des riches, les lits se trouvent dans les pièces de réception. À la fin du Moyen Âge, la chambre à coucher se constitue comme un espace privé, abrité des regards. Au XIXe siècle, la morale chrétienne dicte la conduite à tenir dans la chambre: tout doit être pudique et voilé. Chaud et douillet, le lit est un refuge et un abri. Autrefois lieu de la naissance, de l'amour, de la maladie et de la mort, il garde une aura métaphysique, quand même est-il aujourd'hui remplacé par un lit anonyme d'hôpital. On ne dort bien que dans son lit. Pour l'enfant, c'est dans le grand lit des parents qu'on trouve le réconfort, quand s'évanouit la peur du noir. Mais le lit peut être aussi le lieu de l'abandon et de la sensualité. Un lit défait suggère la présence de l'Autre, étrange et familière à la fois, et nous trouble. La chambre est le lieu de l'intime, et le lit une île qui nous permet de protéger et de nourrir nos rêves.



Max Ernst (1891-1976) Portrait de Paul Eluard
1923, Saint-Brice-sous-Forêt Dessin au crayon bleu sur papier Paris, collection de Buell & Raet-Madeux

Gaetano Previati (1852-1920) Les Fumeuses d'opium
1887
Huile sur toile
Plaisance, Galleria d'Arte Moderna Ricci Oddi


Edvard Munch Le Noctambule
1923-1924
Huile sur toile
Oslo, Munch-Museet
Edvard Munch utilise souvent l'autoportrait pour donner forme à ses préoccupations existentielles. Dans Le Noctambule, il se met en scène dans sa maison-atelier d'Elky, près d'Oslo. Sa silhouette, à contre-jour, est penchée vers le centre de la composition, ses traits du visage sont marqués, et ses yeux sont cernés de noir. En arrière-plan, les fenêtres ouvrent sur un ciel nocturne que vient confirmer le titre de l'oeuvre. Munch a soixante ans lorsqu'il peint cet autoportrait. Régulièrement hanté par les insomnies, il en exprime les angoisses

Albert von Keller (1844-1920)
Hypnose par Schrenck-Notzing
1885
Huile sur toile
Zurich, Kunsthaus, don de la succession de Dr. Oskar A. Müller, 2007

Gabriel von Max (1840-1915) Juliette Capulet le matin de son mariage
1874
Huile sur toile
Graz, Neue Galerie,
Universalmuseum Joanneum

Fernand Khnopff (1858-1921) Des fleurs de rêve
vers 1895
Huile sur toile
Paris, collection Lucile Audouy

Francisco de Goya (1746-1828)
Le sommeil de la raison engendre des monstres
1797/1799
Eau-forte et aquatinte
Paris, Bibliothèque nationale de France

Gabriel von Max (1840-1915)
Le Cauchemar, d'après Johann Heinrich Füssli
vers 1860
Huile sur toile
Collection Jack Daulton

Ditlev Blunck (1798-1854)
Le Cauchemar
1846
Huile sur tolle
Niva, The Nivaagaard Collection,
don de Niels Risom, 2014

Francisco de Goya (1746-1828) Le Sommeil
1790
Huile sur toile
Dublin, National Gallery of Ireland,
acquis en 1969 (Shaw Fund)

Maximilian Pirner (1854-1924) La Somnambule
1878
Huile sur toile
Prague, National Gallery

Johann Heinrich Füssli (1741-1825) L'Incube s'envolant,
laissant deux jeunes femmes
1780
Huile sur toile
Paris, collection Farida et Henri Seydoux
Peintre romantique de la première heure, Füssli a décliné plusieurs versions de son célèbre Cauchemar. Dans celle du Detroit Institute of Arts, une femme endormie, la tête renversée, un bras pendant jusqu'à terre, est visitée par un incube, tandis qu'un cheval noir surgit dans l'ombre, allusion au mot anglais nightmare. Cette image est devenue un archétype, repris par Gabriel von Max ou Ditlev Blunck dans une veine plus érotique. Le tableau présenté ici montre le départ de l'incube chevauchant sa monture. Deux jeunes femmes se réveillent, l'une presse encore sa main sur la poitrine oppressée

Gustave Courbet (1819-1877)
La Voyante ou La Somnambule
vers 1865
Huile sur toile
Besançon, musée des Beaux-Arts et d'Archéologie
Ce portrait en buste représente une jeune femme dont le visage se détache d'un fond sombre. Son regard pénétrant, presque halluciné, et son léger sourire la font paraître dans un état entre veille et sommeil. Bien que le titre ait été ajouté plus tard, Courbet décrivait cette figure comme «une sorte de somnambule». Elle fait écho à la curiosité des années 1850 pour l'hypnotisme et les états de transe, qui fascinaient artistes et scientifiques. Courbet, intéressé par les études de l'époque, cherche à capturer la frontière indécise entre le conscient et l'inconscient

LE SOMMEIL TROUBLÉ
- QUAND LA RAISON S'ABSENTE
Au XVIIIe siècle, Goya, Füssli ou Blake interrogeront la face obscure des Lumières pour tenter de donner forme et crédit aux figures évanescentes des cauchemars. Les Romantiques dénonceront l'emprise de la raison en explorant ce qui est désormais appelé l'inconscient, les phénomènes médiumniques, la folie, le somnambulisme. Au XIXe siècle, Charcot à la Salpêtrière expérimente l'hypnose sur les hystériques. Freud sera fasciné par l'hypnose mais l'abandonnera vite. Après la Grande Guerre, les Surréalistes reprendront l'exploration du domaine nocturne et useront de l'hypnose comme un procédé «créatif »>.
De nos jours, c'est peut-être l'insomnie qui nous trouble le plus. Dans la civilisation industrielle, les rythmes du travail, la lumière artificielle, les bruits de la ville, les écrans, les excitants, s'opposent à l'endormissement. Empêché de tous côtés, le sommeil est devenu objet de désir, que l'on essaye de retrouver par tous les moyens. Parmi les drogues auxquelles on fait alors recours pour obtenir le repos, l'opium est la plus ancienne. Le pavot est souvent représenté comme symbole du sommeil et de l'oubli, et par extension, de la mort. Les Symbolistes le peignent volontiers. Plusieurs écrivains à la fin du XIXe siècle expérimentent les rêveries induites par le laudanum
et le haschisch; le tableau de Gaetano Previati montre l'ambiance «maudite» d'une fumerie.



Kiki Smith (née en 1954) Sleep Walker
2001
Encre et crayon sur papier népalais Paris, galerie Lelong & Co

Alfred Kubin (1877-1959) Chaque nuit,
un rêve nous rend visite
vers 1902-1903
Encre de Chine et papier sur lavis Vienne, Albertina Museum

Rêves, Opus VIII, pl. 3: Une vie
1884
Eau-forte et pointe sèche
 Collection Jack Daulton

Max Klinger (1857-1920) De la mort, Opus XIII, pl. 3: Le Philosophe
1898-1910
Eau-forte et aquatinte
Collection Jack Daulton

John Faed (1819-1902) Le Rêve du poète
1881-1882
Huile sur toile
Édimbourg, Royal Scottish Academy of Art & Architecture Collections (RSA)
John Faed partagea sa vie entre Édimbourg, Londres, et son village natal, Gatehouse of Fleet, où il s'installa définitivement en 1880. Célèbre surtout pour ses scènes de l'histoire écossaise et ses peintures narratives inspirées des écrits de Walter Scott, Burns et Shakespeare, John Faed fut aussi un graveur reconnu et prolifique. Ce tableau illustre le rêve créateur du poète: les personnages issus de son imagination se profilent et se massent à l'horizon, comme une forêt.

Odilon Redon (1840-1916)
Les Yeux clos
1890
Huile sur toile
Paris, musée d'Orsay

Odilon Redon (1840-1916) Orphée
vers 1910
Huile sur carton
Montpellier, musée Fabre

Louis-Léopold Boilly (1761-1845), dessinateur; François-Séraphin Delpech (1778-1825), lithographe Le Songe de Tartini
1824
Lithographie couleur
Paris, musée de la Musique, Philharmonie
Cette gravure illustre une anecdote sur l'origine de la «Sonate du trille du Diable >> de Giuseppe Tartini (1692-1770). Tartini raconte qu'une nuit, il rêva qu'il avait fait un pacte avec le diable, et que celui-ci lui joua une sonate si admirable qu'il n'avait même rien conçu qui pût entrer en parallèle. Il fut réveillé par cette violente sensation de ravissement, prit aussitôt son violon, en espérant retrouver une partie de ce qu'il avait entendu en rêve; mais ce fut en vain. La pièce qu'il composa pour lors fut la meilleure qu'il ait jamais faite. Le rêve est-il créateur.

Lorenzo Lotto (1480-1556)
Apollon endormi avec les Muses qui se dispersent et la Renommée qui s'enfuit
1530-1532
Huile sur toile
Budapest, Szépművészeti Múzeum
Ce tableau illustre la relation entre le rêve et l'imagination créatrice. Apollon, le dieu de la lumière et des arts, s'est endormi, nu, dans une clairiere entourée d'une dense forêt. Il appuie sa tête sur sa main droite, dans la pose traditionnelle de la mélancolie, et tient sa lyre avec la gauche. Dans les airs voltige une figure ailée-la Renommée -, qui tente de le réveiller. A ses pieds, les vêtements des Muses, éparpillés; échappées, les jeunes filles batifolent dans le pré voisin. C'est quand le dieu solaire dort que dansent les Muses.

Albrecht Dürer (1471-1528) Le Songe du docteur
entre 1498 et 1499
Burin
Paris, Bibliothèque nationale de France

Johann Heinrich Füssli (1741-1823)
Lycidas
1796-1799
Huile sur toile
Collection particulière

Jean-Auguste-Dominique Ingres
(1780-1867)
Le Songe d'Ossian
vers 1800
Aquarelle, encre et plume sur papier Paris, collection Prat

LES PORTES DU RÊVE
Depuis les temps homériques, on a tenté d'interpréter les songes dans un sens prophétique, quand même Homère, par la bouche de la sage Pénélope, mettait déjà en garde contre les songes trompeurs.
Si la moderne medecine du sommeil est récente, c'est au XIXe siècle qu'on entreprend une étude des rêves qui se veut scientifique, avec les œuvres d'Alfred Maury (1861) et d'Hervey de Saint Denis (1867). La Traumdeutung (L'interprétation des rêves) de Freud paraît en 1899 et sera traduite en français en 1926. Le rêve n'est désormais plus prophétique mais réflexif, il ne nous révèle rien de notre futur mais éclaire notre passé. Le sommeil et les rêves peupleront dès lors les œuvres des Symbolistes qui s'attachent à représenter la vie intérieure, comme Odilon Redon, Khnopff, Max Klinger, ou Kubin. Artistes et poètes évoqueront souvent la possibilité d'un sommeil créateur. L'inspiration vient pendant la nuit, et la Muse impose
à l'artiste le retour au travail. Dans l'Apollon endormi de Lorenzo Lotto, c'est une fois le dieu solaire plongé dans le sommeil, que dansent les Muses.


Charles Perrault (1628-1703), auteur; Gustave Doré (1832-1883), illustrateur; Louis Paul Pierre Dumont (1822-1885), graveur
«Il vit sur un lit, dont les rideaux étaient ouverts de tous côtés », La Belle au bois dormant
Paris, J. Hetzel, 1862
Gravure sur bois
Paris, Bibliothèque nationale de France

Eugène Le Poittevin (1806-1870) Le Rêve de Cendrillon
1863
Huile sur toile
Avignon, musée Calvet
Le Rêve de Cendrillon représente l'héroïne du conte assoupie à proximité de l'âtre. D'épaisses fumées s'élèvent dans la pièce, faisant surgir une scène de bal où elle apparaît face au prince, entourée par la foule des invités. La jeune fille tente de retenir son rêve, souvenir ou illusion, en gardant sur elle la pantoufle de verre. Le soulier est l'objet qui fera reconnaître les futurs amants. Il symbolise le passage à l'âge adulte et le changement de condition sociale.

Rembrandt (Rembrandt Harmenszoon van Rijn, dit)
(1606-1669)
Antiope et Jupiter en satyre
1659
Eau-forte, burin et pointe sèche
Paris, Bibliothèque nationale de France



Pablo Picasso (1881-1973) Faune dévoilant une
dormeuse (Jupiter et Antiope d'après Rembrandt)
1936
Aquatinte, grattoir et burin Musée national Picasso-Paris, dation Picasso, 1979

Édouard Manet (1832-1883),
d'après Le Titien (1488/1489-1576) Jupiter et Antiope
1856
Huile sur toile
Paris, musée Marmottan Monet,
legs Annie Rouart, 1993

Jean-Auguste Dominique Ingres (1780-1867)
Jupiter et Antiope
1851
Huile sur toile
Paris, musée du Louvre, legs Paul Cosson 1926,
dépôt au musée d'Orsay

Jean Cocteau (1889-1963)
Vingt-cinq dessins d'un dormeur
1929
In-quarto
Paris, collection Patrick Mauriès

Anne Louis Girodet (1767-1824) Le Sommeil d'Endymion
1808
Huile sur toile
Montargis, musée Girodet

George Frederic Watts (1817-1904) Endymion
1903-1904
Huile sur toile
Compton, Surrey, Watts Gallery
Peintre et sculpteur symboliste anglais, Watts est surtout connu pour ses œuvres allégoriques. Il a peint deux versions du mythe d'Endymion, chanté par les poetes grecs et par Ovide dans les Métamorphoses. Le beau berger mortel est aimé par la déesse lunaire Diane. Pour pouvoir garder éternellement jeune son amant, elle obtient de son père Jupiter de l'endormir d'un sommeil enchanté. Dans ce tableau,
la pose d'Endymion est inspirée de la sculpture du Dionysos du Parthenon. Les deux figures forment un cercle parfait que souligne le halo de lumière autour de Diane

Félix Vallotton (1865-1925)
Femme nue assise dans un fauteuil
1897
Huile sur carton marouflé sur contre-plaqué
Grenoble, musée de Grenoble

Felice Casorati (1883-1963) Midi (Meriggio)
1923
Huile sur toile
Trieste, Museo Revoltella - galleria d'arte moderna

Auguste Rodin (1840-1917) Amour et Psyché
avant 1886
Plâtre
Paris, musée Rodin

Simon Vouet (1590-1649), d'après
Psyché et l'Amour
vers 1650
Huile sur toile
Lyon, musée des Beaux-Arts

Simon Vouet (1590-1649), atelier de
Vénus dormant sur des nuages
après 1630
Huile sur toile
Budapest, Museum of Fine Arts

LE SOMMEIL ÉROTIQUE:
AMOUR DÉVOILÉ ET BELLES ENDORMIES
207
Le Roi des dieux, Zeus chez les Grecs,
Jupiter chez les Romains, dévoile le corps d'Antiope endormie. La sensualité du geste sera reprise à travers les siècles depuis Rembrandt et jusqu'à Picasso. Par inversion, ce sera aussi bien Psyché dévoilant Eros endormi, ou encore Séléné, la Lune, amoureuse du bel Endymion. Voir et être vu, le regard érotique décache la nudité, féminine ou masculine. Les Vénus endormies, les nymphes de la peinture néoclassique, deviennent des demoiselles endormies, des amies surprises dans le sommeil après l'amour, ou des jeunes femmes rêvant, assoupies dans un fauteuil. Les contes de fées comme La Belle au bois dormant illustrent naïvement le pouvoir d'Eros qui tire les Belles endormies de leur sommeil enchanté, marquant le passage de l'enfance à l'âge adulte


Arturo Martini (1889-1947) La Pisang
1933
Terre cuite, patine
Florence, Museo Novecento
Arturo Martini a souvent traité le thème du sommeil et du rêve. La Pisana, réalisée en 1933, offre un équilibre parfait entre sensualité paisible et spiritualité, entre naturalisme et abstraction. Le titre de l'œuvre évoque le personnage de La Pisana, figure féminine du roman Les confessions d'un Italien d'Ippolito Nievo (1867), femme courageuse et libre
qui incarne les idéaux de la nouvelle société de la seconde moitié du XIXe siècle. Une autre possible source d'inspiration vient du monde de la peinture: le tableau de Felice Casorati, Meriggio (1923).

Hans Sebald Beham (1500-1550) La Mort surprenant la femme endormie
1548
Burin
Paris, Petit Palais, legs Dutuit, 1902

Aimé-Jules Dalou (1838-1902) Masque mortuaire
de Victor Hugo
1885
Plâtre et patine
Paris/Guernesey, Maisons de Victor Hugo,
don de Michel de Bry, 1984

Nadar (Gaspard-Félix Tournachon, dit) (1820-1910)
Victor Hugo sur son lit de mort
22 mai 1885
Tirage sur papier albuminé
Paris/Guernesey, Maisons de Victor Hugo

Georges Jeanclos (1933-1997)
Dormeur
1979
Terre cuite
Nançay, galerie Capazza, avec l'aimable autorisation de Mathilde Ferrer-Jeanclos

Simon Petrus Klotz (1776-1824) La Nuit avec ses enfants, Sommeil et Mort
1811
Huile sur panneau
Munich, Bayerische
Staatsgemäldesammlungen - Neue Pinakothek

Michel-Ange (Michelangelo Buonarroti, dit) (1475-1564) d'après La Nuit
s. d.
Bronze, patine brun-noir Paris, musée du Louvre

Lucien Lévy-Dhurmer (1868-1983) Ophélie (portrait de Suzanne Relehenberg)
1988
Paris selection Luella Audauy

Evelyn De Morgan (1855-1919) Nuit et Sommeil
1878
Huile sur toile
Barnsley, De Morgan Foundation
Peintre préraphaélite britannique, Evelyn De Morgan réalise des œuvres allégoriques et symbolistes. Dans ce tableau la Nuit et le Sommeil, survolant un paysage, éparpillent doucement des pavots (la teinture de pavot était utilisée comme base pour le laudanum- somnifère). Marquée par ses nombreux voyages en Italie, l'artiste s'inspire pour cette oeuvre de la Naissance de Vénus de Botticelli où les roses tombent autour de Vénus, Zéphyr (vent) et Chloris.

Ferdinand Hodler (1853-1918)
Valentine Godé-Darel malade
1914
Huile sur toile
Soleure, Kunstmuseum, Fondation Dübi-Müller
Ce tableau fait partie d'une série décrivant la lente agonie de Valentine Godé Darel, modèle puis maîtresse de Hodler, diagnostiquée d'un cancer en 1913. Le peintre documente l'évolution de la maladie de Valentine, partagé entre le désir d'immortaliser le souvenir de sa bien-aimée et une pulsion macabre de saisir la mort en face. L'horloge, à droite symbolise la fuite du temps, et les fleurs esquissées en cercles rouges rappellent la couleur des lèvres du modèle, qui rendra son dernier souffle le 25 janvier 1915.

Léon Cogniet (1794-1880)
Tête de jeune fille morte
vers 1845
Huile sur toile
Orléans, musée des Beaux-Arts

HYPNOS ET THANATOS:
LE SOMMEIL ET LA MORT SONT FRÈRES
Dans la mythologie grecque, la Nuit (Nyx) engendre Hypnos (le sommeil) et Thanatos (la mort). C'est probablement l'atonie, la perte de tonus musculaire pendant le sommeil,
la ressemblance extérieure des deux conditions qui ont inspiré le mythe. Hypnos est représenté comme un jeune homme ailé, parfois endormi, parfois tenant une corne emplie de l'eau du Léthé ou de jus de pavot, usé comme hypnotique depuis des millénaires. Au XIXe siècle, les portraits et photographies de cadavres sur leur lit de mort, apparemment endormis, parés pour le souvenir, rappellent cette proximité du repos éternel et du sommeil quotidien. Des artistes comme Monet, et plus tard Hodler, iront jusqu'à peindre leur épouse ou leur maîtresse sur leur lit de mort.


Claude Monet (1840-1926) Camille sur son lit de mort
1879
Huile sur toile
Paris, musée d'Orsay, don de Mme Katia Granoff, 1963


La Dormition de la Vierge
Seconde moitié du XVe siècle bois (tilleul) polychromé et doré Lyon, musée des Beaux-Arts

Saint Jean endormi
1500-1515
Noyer autrefois polychromé Paris, musée du Louvre

Garofalo (Benvenuto Tisi, dit II)
(1481-1559)
Le Sommeil de l'Enfant Jésus
entre 1500-1550
Huile sur bois
Paris, musée du Louvre

Antonio Randa (1577-1650)
Jésus endormi
1640
Huile sur toile
Modène, Museo Civico

Detail
Gabriel von Max (1840-1915)
La Résurrection de la fille de Jaïre
1878
Huile sur toile
Montréal, Musée des beaux-arts, don de Lord Atholstan
Le tableau représente le miracle
de la résurrection de la fille de Jaïre, chef de la Synagogue (Marc 5, 22-42). Jésus dit: «Pourquoi ce tumulte et ces pleurs? L'enfant n'est pas morte, mais elle dort». Il ajoute: << Fillette, je te le dis, lève-toi». Et l'enfant se réveille. Sa pâleur, et la mouche posée sur son bras, rappellent encore l'outre-tombe. Ce tableau présenté à l'Exposition Universelle de Paris de 1878 sera perçu comme un renouveau de la grande peinture religieuse

Giovanni Bellini (vers 1433-1516) L'Ivresse de Noé
vers 1515
Hulle sur toile
Besançon, musée des Beaux-Arts et d'Archéologie
Dans ce tableau peint à l'ège de 80 ans, Bellini représente une scène de lo Genèse (9.18-27), l'ivresse de Noé. La nudité honteuse du vieillard enivré par le vin de ses vignes est découverte et moquée par son fils Cham (au centre), tandis que ses deux autres fils, Sem et Japhet, couvrent respectueusement ses parties honteuses d'un manteau rose, en détournant le regard. Lorsque Noé apprendro ce que lui avait fait son fils cadet, il maudiro Cham et son fils Canaan, Intégrant les innovations de ses élèves, Titien et Giorgione, Bellini donne une version magistrale de lo nudité sénile

George Frederic Watts (1817-1904) La Création d'Eve
1881-1882
Huile sur toile
Compton (Surrey), Watts Gallery

FIGURES DU SOMMEIL DANS LA BIBLE
Pour saisir les diverses facettes du
6 sommeil, il faut remonter aux origines
204 de la culture occidentale-la Bible d'abord puis la permanence des mythes antiques revisités à la Renaissance. Dans la Genése, le sommeil appartient à la symbolique des origines: Adam est endormi lors de la création d'Eve. Noé nous rappelle les dangers du sommeil troublé par l'ivresse. Les Psaumes et le Livre de Job lient l'insomnie aux fautes et aux tourments de l'âme. Le sommeil de l'enfant Jésus est souvent représenté comme une anticipation de la Passion, et la douceur de l'iconographie de la Vierge qui observe l'Enfant endormi rejoue la douleur de la Pietà. Par la foi en la Résurrection, la mort est désormais perçue comme un sommeil dont on sera réveillé-miracle de la résurrection de la fille de Jaire. Dans l'épisode de Jean endormi durant la Dernière Cène, le sommeil exprime la confiance en Dieu et l'abandon heureux. La Dormition de la Vierge révèle que Marie s'est endormie en Dieu


Jean-Baptiste Chatigny (1834-1886) Jean-Jacques Rousseau endormi dans la grotte des Étroits, à Lyon
vers 1877
Huile sur toile
Chambéry, musée des Beaux-Arts

Michael Ancher (1849-1927) La Sieste
1890
Huile sur toile
Skagen, Art Museums of Skagen

Edouard Vuillard (1868-1940)
La Berceuse. Marie Roussel au lit
vers 1894
Huile sur carton marouflé sur bois
Musée national Picasso Paris, donation Picasso 1978
La Berceuse saisit une scène domestique, la mère de l'artiste, de profil, veillant sa fille Marie Roussel. Le tableau évoque un moment douloureux de la vie de l'artiste. Le mariage de sa sœur ainée en 1893 avec son meilleur ami, le peintre Ker-Xavier Roussel, s'était révélé malheureux. Après une fausse couche, la jeune femme était revenue se reposer dans la maison familiale. Le titre du tableau est poignant, car Marie ne peut pas bercer son enfant perdu. Elle redevient une enfant, bercée par sa mère pour trouver le sommeil et l'oubli des peines.

Aristide Maillol (1861-1944)
La Nuit
1902
Bronze
Paris, galerie Dina Vierny

Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875)
Femme endormie
1876
Terre cuite
Paris, Petit Palais, musée des beaux-arts de la Ville de Paris

Henri Matisse (1869-1954) Monique assoupie
(sœur Jacques-Marie)
1944
Plume et encre sur papier
Paris, collection de Bueil & Ract-Madoux

Auguste Rodin (1840-1917)
Le Sommeil, buste de femme
vers 1889
Plâtre
Paris, musée Rodin

Jean Carriès (1855-1894) Le Bébé endormi
1888
Plâtre patiné gris
Paris, musée d'Orsay

Fernand Pelez (1848-1913) Un martyr. Le Marchand
de violettes
1885
Huile sur toile
Paris, Petit Palais

Anonyme
Jeune fille endormie
vers 1615-1620
Huile sur toile
Budapest, Museum of Fine Art

Claude Monet (1840-1926) Jean Monet endormi
vers 1868
Huile sur toile
Copenhague, Ny Carlsberg Glyptotek

Puvis de Chavannes (1824-1898)
Le Sommeil
vers 1867
Huile sur toile
Paris, musée d'Orsay,
dépôt au Palais des Beaux-Arts de Lille

Carolus-Duran (1837-1917) L'homme endormi
1861
Huile sur toile
Lille, Palais des Beaux-Arts

Giuseppe Antonio Petrini
(1677-1755/1759)
Le Sommeil de saint Pierre (?)
vers 1740
Huile sur toile
Paris, musée du Louvre



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