Visages d'artistes au Petit-Palais en avril 2026


VISAGES D'ARTISTES
Le Petit Palais met à l'honneur le portrait d'artiste, un thème majeur de ses collections et l'un des axes forts de sa politique d'acquisition. À travers une centaine d'œuvres du 19eme siècle - peintures, sculptures, arts décoratifs, arts graphiques, photographies -, l'exposition suit un récit qui va de l'autoportrait aux fraternités artistiques. 
L'exposition met à l'honneur les chefs-d'œuvre de la collection du musée et s'inscrit dans une politique ambitieuse visant à mieux faire connaître la richesse de ses fonds. Cette présentation reflète l'actualité de la recherche scientifique et offre l'occasion rare de sortir des réserves des œuvres méconnues ou peu montrées.
Certaines d'entre elles bénéficient à cette occasion de campagnes de restauration importantes, permettant un regard renouvelé sur leur matérialité. L'exposition propose une relecture de l'histoire des collections, en mettant en lumière le rôle essentiel des donateurs.

L'autoportrait éloge du moi
Quintessence du portrait d'artiste, l'autoportrait occupe une place privilégiée dans les collections du Petit Palais. Libérés de tout commanditaire, les créateurs y trouvent un terrain d'expérimentation où s'exercent introspection et mise à l'épreuve de leur visage.
En lien direct avec le spectateur, les peintres et sculpteurs façonnent leur image, affirment leur style et dévoilent, parfois avec audace, leur personnalité. Certains optent pour une apparence authentique, d'autres cultivent la fiction ou la référence aux maîtres. L'autoportrait peut ainsi devenir métaphorique.

Hippolyte Flandrin 
(Lyon, 1809 - Rome, 1864)
Autoportrait
29 novembre 1853
Terre de Cassel sur toile
Achat sur les arrérages du legs Dutuit, 1990, inv. PDUT1830

Pierre Puvis de Chavannes 
(Lyon, 1824 - Paris, 1898)
Autoportrait
1857
Huile sur toile
Don Paul-Albert Baudoüin, 1931
Pierre Puvis de Chavannes se représente ici en buste de trois quarts, à l'âge de 33 ans, à une époque de grande production où il cherchait sa voie. L'attention est portée sur le visage vivement éclairé du jeune peintre vêtu d'un costume trois pièces. L'artiste se met en valeur dans un portrait aux tonalités sombres et étouffées, joue des contrastes entre les tons chauds et bruns et les effets lumineux qui font ressortir l'architecture du visage avec les pommettes, le nez et le front saillants. Paul Albert Baudoüin, élève et ami, conserva toute sa vie cet autoportrait que Puvis de Chavannes lui avait offert avant de le donner à son tour au Petit Palais quelques mois avant sa mort.

Jean-Baptiste Carpeaux 
(Valenciennes, 1827 - Courbevoie, 1875)
Autoportrait
1874 Huile sur toile
Donation Louise Clément-Carpeaux, 1938, inv. PPP2075
Cet autoportrait se situe à la fin de la vie du peintre: réalisé durant l'automne 1874, il témoigne de la souffrance de l'artiste, atteint d'un cancer de la vessie.

Charles Cottet 
(Le Puy-en-Velay, 1863 - Paris, 1925)
Autoportrait
Entre 1880 et 1889 Huile sur toile
Achat sur les arrérages du legs Dutuit, 1985, inv. PDUT1446
Charles Cottet débute au Salon en 1889, date qui coïncide avec l'achèvement de ce portrait. Le jeune peintre s'est représenté à son chevalet, un élément essentiel de son travail mais qu'il laisse volontairement peu lisible pour se concentrer sur son visage, arborant un demi-sourire. Plus tard, au tournant du xxe siècle, Cottet, rejoint par Émile-René Ménard, André Dauchez, René-Xavier Prinet et Lucien Simon, cherche à traduire sa vision de la peinture au moyen d'harmonies sombres et de thématiques rudes, ce qui vaut au groupe le surnom de « Bande noire ».

Hélène Delprat
(Amiens, 1957)
Autoportrait
2013
Mannequin réalisé par Pierre-Olivier Persin Résine
Collection de l'artiste
Dans cet autoportrait, Hélène Delprat confie son image à un double de résine. Hyperréaliste, cette figure rejoue le trouble des mannequins et des corps en cire qui hantent son œuvre.
Placée face au regard du spectateur, elle interroge ce que signifie "se représenter" : non pas figer un visage, mais mettre en scène une présence, entre théâtre, illusion et réflexion sur l'identité de l'artiste.

Nina Childress
 (Pasadena, États-Unis, 1961)
Autoportrait clown/fleur
2020 Huile et acrylique sur toile
Musée d'Art moderne de Paris, don de l'artiste et de la galerie Bernard Jordan, inv. AMVP-2021-9
Nina Childress adopte la figure du clown, héritier du saltimbanque, sujet récurrent de l'histoire de l'art de Fernand Pelez à Pablo Picasso. Maquillage dégoulinant, faux nez en plastique rouge, couleurs vives composent un autoportrait où l'artiste assume la vulnérabilité du rôle. L'artiste peint ce type d'autoportraits sur le motif en posant devant un miroir. Le clown, alter ego de l'artiste, incarne sous le masque de son costume la mélancolie, tel un révélateur de la tragi-comédie humaine. Loin de l'autorité des modèles classiques, l'autodérision désamorce ici la tradition du genre dans lequel l'artiste se met en valeur.

Jean-Louis Forain 
(Reims, 1852 - Paris, 1931)
Autoportrait
1898
Huile sur toile
Don Ambroise Vollard, 1928
Artiste prolifique et caricaturiste acerbe, Jean-Louis Forain se représente dans la force de l'âge. À 46 ans, il est un artiste accompli, travaillant pour les plus grands titres de presse de l'époque, parmi lesquels L'Assiette au beurre et Le Figaro, pour lesquels il multiplie les illustrations satiriques. Forain livre un autoportrait sans concession, sur un fond à peine esquissé, en camaïeu de bruns. Toute l'attention se concentre SH son seul regard, intense et pénétrant, qui semble toiser le spectateur.

Jean-François Gigoux
 (Besançon, 1806 - Paris, 1894)
Un coin de salon chez le peintre
Après 1852
Huile sur toile
Achat, 2016
Auteur de grands décors, civils et religieux, Jean-François Gigoux est moins connu pour sa production de vues plus intimistes, telle cette vue partielle de son propre salon. La présence dans le tableau de plusieurs œuvres ayant appartenu à Gigoux atteste que nous sommes bien chez le peintre collectionneur. Le centre de la composition est occupé par un fauteuil capitonné où sont disposés les effets personnels de Gigoux: son chapeau haut de forme, sa paire de gants blancs ainsi que sa canne, signes distinctifs de sa condition bourgeoise. Dans ce formidable "portrait par l'objet", l'artiste, lui, est singulièrement absent de la composition.

Jacques-Émile Blanche
 (Paris, 1861 - Offranville, 1942)
Autoportrait à la casquette
Vers 1890
Huile sur toile
Don Marie Bersier, 1980, inv. PPP3738
Peintre, écrivain, homme du monde, Jacques-Émile Blanche est une figure incontournable de la Belle Époque. Proche de Marcel Proust, il évolue dans les cercles mondains de la capitale. Réputé pour ses talents de portraitiste, il se représente lui-même à plusieurs reprises. L'Autoportrait à la casquette est l'un des plus précoces. Ågé d'à peine 30 ans, Blanche arbore ses attributs fétiches - la casquette de tweed et le nœud papillon -, dans une palette restreinte. Tout en retenue, l'œuvre est empreinte d'humilité et de mélancolie.

Fernand-Anne Piestre, dit Fernand Cormon (Paris, 1845-1924)
Portrait de Carrier-Belleuse
1877 Huile sur toile
Legs sous réserve d'usufruit de Louise Anne Carrier de Belleuse, née Adnot, 1905, inv. PPP2118
Réalisée en 1877, la toile de Fernand Cormon montre le sculpteur Albert-Ernest Carrier-Belleuse (1824-1887), au sommet de sa carrière, deux ans après sa nomination comme directeur des travaux d'art de la Manufacture de Sèvres. Il y impulse la création de nouveaux modèles de vases. Exposé au Salon de 1877, le tableau de Cormon attire l'œil des critiques. À ce même Salon, le sculpteur présente un buste en terre cuite de Cormon, témoignant des liens d'amitié entre les deux artistes.

Auguste Rodin
 (Paris, 1840 - Meudon, 1917)
Carrier-Belleuse
1882
Terre cuite patinée bronze
Legs sous réserve d'usufruit de Louise Anne Carrier de Belleuse, née Adnot, 1905, inv. PPS1711
Albert Ernest Carrier de Belleuse, dit Carrier-Belleuse (1824-1887), fut l'un des sculpteurs les plus célèbres du Second Empire (1852-1870).

Jean-Joseph Benjamin-Constant (Batignolles-Monceau, 1845 - Paris, 1902)
Portrait d'Angèle Delasalle
1900
Huile sur toile
Don du modèle
Le Petit Palais a la chance de pouvoir présenter plusieurs portraits croisés ou hommages de maître à élève et inversement. Jean-Joseph Beniamin-Constant donne de son élève l'image d' une artiste au travail, bien que son chevalet et ses pinceaux soient de prime abord peu visibles. Vetue d'une robe rose délicate, elle regarde le spectateur d'un air serein et confiant, sous l'oil visiblement bienveillant de son maître. Le portrait réciproque qu'elle fit de Benjamin-Constant est conservé au musée d' Orsay.

Angèle Delasalle
Portrait de Benjamin-Constant, 1902
GrandPalaisRmn (musée d'Orsay)/ Jean-Gilles Berizzi

Paul Paulin 
(Chamalières 1852 Neuilly-sur Seine, 1937)
Auguste Renoir
Vers 1902
Bronze
Don Jeanne Paulin

Paul Paulin 
(Chamalières 1852 Neuilly-sur Seine, 1937)
Edgar Degas à 50 ans
1884
Plâtre patiné
Don Jeanne Paulin


Paul Paulin
(Chamalières 1852 Neuilly-sur Seine, 1937)
Camille Pissaro
1903
Pierre
Don Jeanne Paulin 1938


Paul Paulin
(Chamalières 1852 Neuilly-sur Seine, 1937)
Claude Monnet
1910
Pierre patinée
Don Jeanne Paulin

Dentiste d'oriaine auvergnate et sculpteur autodidacte, Paul Paulin arrive à Paris à la fin des années 1860. Dans la capitale, il est introduit dans les cercles artistiques par l'intermédiaire de son professeur. Il rencontre notamment Edgar Degas : sensible à son admiration, ce dernier l'invite à faire son buste. Paulin le représente à deux reprises en 1884 et 1907. li s'agit des seules représentations sculptées du peintre. Fort de son succès, Paulin exécute ensuite les bustes d'autres membres du cénacle impressionniste : Auquste Renoir, Camille Pissarro Armand Guillaumin et Claude Monet. Bien que ces effigies élaborées sur une trentaine d'années, n'aient pas été initialement concues par Paulin comme une série, elles constituent aujourd' hui un véritable panthéon de l'impressionnisme : "Ce sculpteur continue cette remarquable série de portraits d'artistes qui sera une indispensable contribution à l'étude psychologique de notre peinture moderne. [...] il faut admirer que tant d'hommes, qui n'ouvrent pas à tous venants leur pensée intime, aient été aussi intelligemment devinés, compris par un autre artiste. " (Pierre Goujon, 1909).

Fraternités d'artistes : du portrait collectif au récit de l'amitié
En écho au développement des associations, sociétés d'auteurs et tribunes qui, au 19eme siècle, défendent les intérets des créateurs, les artistes se féderent sous forme de collectifs.
Portraits de groupes, réunions amicales ou "galeries" d'artistes illustres deviennent autant d'occasions d'affirmer des liens professionnels ou personnels. Les relations d'estime - de maitre à élève - ou les hommages mémoriels structurent ces ensembles
Plus intimes, les portraits croisés entre artistes et les portraits privés témoignent des affinités électives et des liens d 'amitié qui éclairent la sphere familiale et amicale des créateurs .
A l'époque contemporaine, la sororité se substitue à la fraternité : les artistes femmes revendiquent des affinités nées d'expériences partagées et affirment, dans leurs portraits, une nouvelle intimité affranchie des hiérarchies de genre.


Henri Gervex Montmartre, 1852 - Paris、 1929,
et Alfred Stevens Bruxelles, 1823 - Paris, 1906
Fragment du "Panorama du siècle"
1889 Huile sur toile
Achat sur les arrérages du leas Dutuit, 1986, inv. PDUT1491
En prévision de l' Exposition universelle qui doit se tenir en 1889 à Paris, les peintres Henri Gervex et Alfred Stevens s'associent pour réaliser une immense toile peinte sous forme de panorama, attraction spectaculaire placee dans le iardin des Tuileries. Les artistes représentent les plus importantes personnalités francaises depuis la Revolution de 1789, soit plus de six cents figures. Dans ce fragment conservé, ils mettent en scene plusieurs peintres de l'époque, dont Jules Dupré, Théodore Rousseau, Jean-Francois Millet, Charles Daubigny, Camille Corot ou encore Gustave Courbet. Sept ans apres la fin de l'Exposition universelle, l'immense toile est découpée. Plusieurs fragments sont conservés au Petit Palais.

Octave Guillonnet Paris, 1872 - Montgeron, 1967,
Portrait de Fernand Cormon Portrait of Fernand Cormon
1910 Huile sur toile
Achat, 1984, inv. PDUT1399
Octave Guillonnet représente ici son maître, Fernand Cormon, le célèbre peintre académique, professeur apprécié de ses étudiants pour son esprit libéral. Grand décorateur, Cormon avait recu de prestigieuses commandes et avait été élu membre de vInstitut en 1898. Guillonnet l'a représenté pinceaux a la main, travaillant à son tableau le plus célebre, La Fuite de Caïn (Paris, musée d'Orsay). Vêtu d'un costume trois pièces, Cormon regarde fixement le spectateur, Vair assuré, une main crânement rentrée dans lune de ses poches. Guillonnet cherche à montrer toute l'admiration qu'il a pour son maitre, en pastichant son style, tout en nuances et camaïeux en grisaille.

Jules Bastien-Lepage 
Damviller 1848 Paris 1884 
Portrait du peintre émailleur Alfred Garnier
1870
Huile sur toile
Achat, 2022, inv. PPP5025
Le portrait du peintre émailleur Alfred Garnier est le témoignage d'une triple amitié entre artistes Jules Bastien-Lepage offrit en effet le portrait à son modèle qui, à son tour, le légua à Charles Auzoux Ce dernier constitua une riche collection composée d' œuvres d'artistes dont il fut l'ami et le soutien fidèle. Dans ce portrait au cadrage resserré, Bastien-Lepage, en peintre naturaliste, cherche à reproduire fidèlement les traits de son ami, de manière quasi photographique. Sans artifices ni accessoires, la représentation de Garnier seduit par son apparence simple et intime, tout en campant une nouvelle affirmation sociale de l'artiste par le portrait.

Jean-Jacques Henner Bernwiller. 
1829- Paris. 1905
Autoportrait Self-Portrait
Vers 1890 Huile sur toile
Don Jules Henner, 1905, inv. PPP 166
Jean-Jacques Henner se représente ici âgé, portant la barbe, dans une mise en scène très sobre qui fait écho à I'autoportrait qu'il réalisa en 1847, alors qu'il était encore le ieune élève de Michel-Martin Drolling (Paris musée Jean-Jacques Henner). On retrouve une coiffe assez proche dans les deux tableaux. Cependant, dans le portrait conservé au Petit Palais, le visage sérieux de l'artiste. les sourcils froncés, paraît plus dur et ferme, dramatisé par la vive lumière qui éclaire le visage et laisse dans l'ombre le buste du modele.

Jean- Jacques Henner 
Autoportrait, 1847 
C GrandPalaisRmn (musée national Jean- Jacques Henner) / Franck Raux

Alfred Rol Paris. 1846- Paris. 1919
Portrait du peintre norvégien Fritz Thaulow et de sa femme Alexandra 
1890 Huile sur toile
Don Alexandra Thaulow, 1907
Alfred Roll, ami des Thaulow, les représente tels deux amoureux: Fritz Thaulow est figuré en train de "conter fleurette" à son épouse Alexandra, à qui il offre des roses. L'union du couple avait eu lieu en 1887, suivie de la naissance de deux enfants, Christian et Ingrid. Alexandra Thaulow donne ce double portrait au Petit Palais en 1907, un an après le décès de son mari. Soucieuse de conserver vivace le travail de son époux, Alexandra Thaulow décide dès l'année suivante de publier les manuscrits inédits de son mari, ainsi qu'un livre de souvenirs sur leur vie en France en 1929. Artiste elle-mème, elle est l'autrice d'une production qui reste à redécouvrir.

Paul Gauguin (Paris, 1848- Atuona. 1903
Portraits du sculpteur Paul Aubé et de son fils Emile
1882
Pastel sur papier et carton
Don Joseph Duveen, 1922, inv. PPD1348
Paul Aubé fut l'auteur de très nombreux monuments publics et sculptures sous la Troisième République. Loin de l'image de l'artiste officiel, Paul Gauguin préfère ici donner du sculpteur une vision plus intime, en représentant le fils du sculpteur, penche sur ses cahiers d'enfant. Un passe-partout sans doute peint par l'artiste lui-mème unit les deux scènes dans une curieuse harmonie. C'est Mette, l'épouse de Gauguin, qui est l'autrice de la dédicace amicale inscrite à la main sur le passe-partout. Elle évoque la célebre sculpture d'Aubé représentant Dante. L'apparente simplicite de la composition, les couleurs franches, la touche libre donnent à ce double portrait fraicheur et vivacite.

Jean-Jacques Henner 
Bernwiller 1829- Paris 1905
Eugénie-Marie Gadiffet-Caillard dite Germaine Dawis
1892
Huile sur toile
Don Jules Henner, 1905, inv, PPP 190
A la faveur d'une récente exposition consacrée aux élèves femmes du maitre, la figure de Germaine Dawis est désormais mieux connue. Elle rencontra Henner en 1886 et fréquenta l'atelier privé du peintre ( < l'atelier des dames >). Après qu'il eut cessé d'enseigner dans cet atelier, Henner conserva des liens avec ses anciennes élèves, dont Dawis. Dans les annees 1890 Henner decida de faire son portrait, Cette oeuvre d'une douce poésie, était destinée a être conservée dans un cercle privé, Elle fut donnée en même temps que l'autoportrait du peintre en 1905, lors de la donation que fit le neveu du peintre, Jules Henner, au Petit Palais.

Jacaues-Émile Blanche 
Paris. 1861 - Offranville, 1942
Portrait de Jules Chéret 
1892 Huile sur toile
Don de l'artiste, 1902. inv. PPP16
Jules Chéret est l'une des figures les plus importantes du monde artistique de la Belle Époque. Affichiste mais aussi peintre, il possède de multiples talents qui lui valent d'etre représenté par Jacques-Émile Blanche au sein d'un atelier au désordre <artiste >. Un chapeau de paille, un costume de Pierrot, des masques, des affiches roulées sont ainsi disposés près du peintre, qui se retourne vers le spectateur dans un geste élégant et précieux, la palette à la main. Jacques-Émile Blanche, qui consigna ses Mémoires dans La Pêche aux souvenirs fut le portraitiste attitré de la bonne société de l'époque et réalisa également plusieurs effigies d'artistes célèbres. C'est le peintre lui-même qui donna dès l'ouverture du Petit Palais en 1902 ce grand tableau, premier portrait peint d'un artiste à entrer dans les collections du musée.

Dans l'atelier
L'atelier est indissociable de l'artiste, dont il reflète la personnalité. Il en prolonge la présence, comme un autoportrait. Ce lieu peut se concevoir comme le creuset de la création, à l'image des portraits de Jean Carriès par Louise Breslau, de Jean Dampt par Edmond Aman-Jean ou de Paul Aubé par Édouard Dantan.
D'autres ateliers s'ouvrent comme des salons, théâtre mondain et miroir de la réussite sociale des artistes. Les peintures de Jules Chéret ou de Charles Albert Waltner, tout comme la série photographique d'Edmond Bénard, Nos artistes chez eux, dévoilent ces lieux d'apparat soigneusement orchestrés, où les créateurs posent au coeur d'un décor façonné pour le regard.


Edmond Aman-Jean
 (Chevry-Cossigny, 1858 - Paris, 1936)
Portrait du sculpteur Jean Dampt 
1894
Huile sur toile
Achat sur les arrérages du legs Dutuit, 1986, inv. PDUT1461
Fils d'ébéniste, le sculpteur Jean Dampt revendique comme Jean Carriès son statut d'artisan, ce dont témoignent le tablier avec lequel il est représenté, la masse de sculpteur à sa droite, ainsi que la dédicace qui lui est adressée par Aman-Jean. À l'arrière-plan, on distingue une statuette rouge dont la silhouette évoque La Fin du rêve: exposée en plâtre au Salon de 1889, cette œuvre lui vaut l'intérêt de l'État, qui lui en commande la transcription en marbre. Le cadre ouvragé comporte plusieurs miniatures représentant l'artiste au travail. Dans la partie supérieure, la devise latine VOLO ("je veux") en lettres dorées et la figure de saint Georges ancrent le portrait dans un imaginaire médiéval

Edouard Dantan 
(Paris, 1848 - Villerville, 1897)
Portrait du statuaire Paul Aubé travaillant dans son atelier
1897
Huile sur toile
Achat, 2024, inv. PPP5036
Dans l'atelier du sculpteur
Ce portrait représentant le sculpteur Paul Aubé en plein travail dans son atelier est l'ultime œuvre réalisée par Édouard Dantan, quelques mois avant sa mort accidentelle en juillet 1897.
Aujourd'hui quelque peu oublié du grand public, Aubé fut pourtant un artiste reconnu sous la III République (1870-1940), pratiquant aussi bien la grande sculpture que les arts décoratifs. L'éclipse dont il est victime aujourd'hui s'explique peut-être en partie par le fait que la plupart de ses monuments publics ont été refondus sous le régime de Vichy. Ce triste sort épargna le célèbre Dante (1879), dont le Petit Palais possède le modèle à grandeur et dont le tableau de Dantan reproduit la maquette. Outre cette œuvre emblématique, on identifie sur le portrait de Paul Aubé plusieurs œuvres aujourd'hui conservées au Petit Palais, notamment La Source, précieux encrier en argent et cristal de roche, ou encore une jardinière réalisée en collaboration avec la Manufacture Haviland. Spécialisé dans les vues d'atelier, Édouard Dantan investit peut-être ce tableau d'une dimension particulière: Paul Aubé fut l'élève de Dantan aîné, le propre père d'Édouard. Il existait donc des liens d'estime et d'amitié entre le peintre et son modèle, comme en témoigne la dédicace figurant en bas à droite du tableau.

Charles Léandre
 (Champsecret, 1862 - Paris, 1934)
Repos
1886
Pastel sur toile
Collection A. d'Everlange
Ce pastel fait partie d'une série de vues d'atelier que Charles Léandre réalise dans les années 1880. Il occupe alors avec son grand ami Maurice Eliot un atelier au 3, rue Houdon à Montmartre. Ce lieu devient rapidement un véritable foyer de création et un carrefour artistique où se retrouvent de nombreux peintres, sculpteurs et écrivains, dans l'esprit de la bohème montmartroise. Le bouillonnement artistique de l'atelier est rendu par le pêle-mêle de toiles achevées, esquisses, instruments de musique, fusils de chasse et éventails japonais. Présenté au Salon des artistes français de 1886 sous le titre Repos, ce tendre pastel qui figure un petit garçon assoupi près du poêle à charbon, tenant un plumeau à la main, démontre la maîtrise de l'artiste dans les jeux de lumière, le sens du détail et la poésie du sujet.

Louise Breslau
(Munich, 1856 - Neuilly-sur-Seine, 1927)
Le Sculpteur Jean Carriès dans son atelier
Entre 1886 et 1887 Huile sur toile
Achat à l'artiste, 1904, inv. PPP2060
Amie proche de Jean Carriès, la peintre suisse Louise Breslau a offert à la postérité une image iconique de "l'imagier et potier" mort prématurément en 1894, à l'âge de 39 ans. Vêtu d'une blouse, il porte son fameux chapeau de feutre - coiffure de l'ouvrier et de l'artisan -et tient dans sa main droite une sorte d'ébauchoir. Véritable antre de la création, l'atelier apparaît comme un bric-à-brac renfermant la quintessence de l'univers du sculpteur. On reconnaît plusieurs œuvres emblématiques: Frans Hals sur le tonneau, le Bébé à la bouche ouverte sous la table. À l'arrière-plan figurent L'Épave au bonnet et le moulage d'une statuette mediévale du monastère de Brou, dont Carriès admirait "religieusement" les moulages dans sa jeunesse, au musée des Arts décoratifs de Lyon.

Artistes divers
Quarante-trois Portraits des élèves de l'atelier de Charles Gleyre
Entre 1856 et 1868 Huile sur toile
Don Paul-Albert Baudoüin, 1931, nv. PPP899
C'est le peintre Paul-Albert Baudoüin, l'auteur des fresques du péristyle du Petit Palais, qui donna en 1930 à l'établissement deux œuvres singulières, évoquant plusieurs ateliers célèbres du xixe siècle où les peintres faisaient leur apprentissage. Baudoüin, qui fit ses classes dans l'atelier de Charles Gleyre, connaissait bien cette pratique consistant pour les élèves à se représenter les uns les autres en gage de souvenirs. Parmi les condisciples de Baudoüin chez Gleyre, on pourra également citer parmi les plus connus: Alfred Sisley, Ludovic Napoléon Lepic ou encore Auguste Renoir.


Artistes divers
Portraits des élèves de l'atelier Paul Delaroche
Entre 1835 et 1843
Huile sur toile
Don Paul-Albert Baudoüin, 1931, inv. PPP900
C'est le peintre Paul Albert Baudoüin, l'auteur des fresques du péristyle du Petit Palais, qui donna en 1930 à l'établissement deux œuvres singulières, évoquant plusieurs ateliers célèbres du xixe siècle où les peintres faisaient leur apprentissage. Baudoüin, qui fit ses classes dans l'atelier de Charles Gleyre, connaissait bien cette pratique consistant pour les élèves à se représenter les uns les autres en gage de souvenirs. Si des visages restent encore à ce jour non identifiés, on peut néanmoins citer, parmi les élèves de la génération romantique, cinq personnalités qui ont été identifiées, de gauche à droite et de haut en bas: Auguste Toulmouche, Jean-Léon Gérôme, Léon Dussart, Cham et François Henri Nazon.

Antoine Vollon (Lyon, 1833 - Paris, 1900)
Coin d'atelier, boulevard de Clichy
Entre 1872 et 1887 Huile sur toile
Don d'Alexis Vollon, fils de l'artiste, au musée Carnavalet en 1898, déposé au Petit Palais en 1902 pour son ouverture, inv. PPP128_R
Cette œuvre silencieuse représente l'atelier du boulevard de Clichy où Antoine Vollon passa la majeure partie de sa vie. Peintre de genre et de natures mortes, il réserva de grands formats à ces scènes qu'il hissa dans la hiérarchie des genres artistiques au rang de la peinture d'histoire. Ces œuvres étaient généralement aussi présentées au Salon où elles recueillaient des commentaires élogieux. L'artiste connut alors une grande vogue, au point d'entrer à l'Institut. Ces scènes fascinantes, où l'humain brille par son absence, dévoilent l'intimité de l'artiste au travail, mais aussi tout le bric-à-brac qui l'entoure, le nourrit et mérite ainsi d'être représenté dans ces portraits en creux, qui mettent en avant le temps qui fuit.

Giulia Andreani
(Venise, 1985)
Le Cours de dessin
2015
Acrylique sur toile
Collection privée, Belgique
Giulia Andreani s'inspire d'une photo datée de 1930, retrouvée dans l'atelier de son grand-père artiste. Une femme, Hannah Höch, artiste, pionnière du dadaïsme, dessine entourée d'hommes dont l'un lui pose la main sur l'épaule dans une attitude entre surveillance et paternalisme. La palette réduite au gris de Payne, gris foncé, à tendance bleue, très utilisé notamment à l'aquarelle et pour dessiner les ombres, rapproche la toile de l'esthétique des archives. L'œuvre contient une part autoréférentielle: être une peintresse dans un monde majoritairement masculin. Hannah Höche, figure de liberté et de résistance, devient le miroir de l'engagement de Giulia, centrée sur la question des femmes artistes et leur place dans l'histoire de l'art.


Manifestation pour une deuxième grossesse
2025
Huile sur bois
Courtesy de l'artiste, de la Galerie Jousse Entreprise, Paris et de la galerie Xavier Hufkens, Bruxelles
Dans cet autoportrait, Nathanaëlle Herbelin reprend un motif classique de l'histoire de l'art, où le reflet sert à questionner la présence de l'artiste.
Héritière des nabis, elle privilégie surfaces planes, couleurs douces et scènes d'intérieur. La référence à Paula Modersohn-Becker, première femme à se peindre enceinte en 1906, éclaire cette mise en scène de soi. Elle pose en compagnie de sa fille jouant. L'atelier devient espace de vie. Le reflet condense présence, regard contemporain et mémoire, affirmant une peinture sensible qui offre à voir une expérience intime.
Paula Modersohn-Becker
Autoportrait au sixième 
anniversaire de mariage, 1906
Musée Paula Modersohn Becker

Filiations, hommages et irrévérences
Dès leur formation, les artistes se placent sous l'autorité d'un maître et sous l'inspiration de figures emblématiques du passé dont ils souhaitent suivre les traces. Rembrandt, Diego Vélasquez ou Frans Hals font au xix siècle l'objet de nouvelles études qui nourrissent l'imaginaire de leurs successeurs. Hommages ou caricatures, soulignant un trait ou un style, témoignent de la vigueur de ces filiations.
Certains artistes revendiquent et s'inscrivent dans la continuité des artisans du Moyen Âge, tel Maurice Denis, qui proclame dans son Histoire de l'art français - décor pour une des coupoles du Petit Palais - sa foi dans un art français autonome et continu, du gothique au symbolisme.
Sous forme d'hommage déguisé ou de parodie masquée, les artistes femmes contemporaines se mesurent aux maîtres comme à leurs pairs, à l'image de Cindy Sherman qui se grime en Fornarina, muse et modèle du célèbre peintre de la Renaissance, Raphaël.

Stanislas Lami (Paris, 1858-1944)
Rembrandt Harmenszoon van Rijn
Vers 1896
Cire teintée
Achat, 2024, inv. PPS3873
"La vraie peinture compte trois hommes: Rembrandt, Rubens et Vélasquez." Cette affirmation des frères Goncourt témoigne de la place occupée par Rembrandt dans le goût de cette seconde moitié du 19e siècle. La fascination pour le maître hollandais tient en partie à l'obsession de sa propre image, qui se traduit par un impressionnant corpus de près de cent autoportraits. Dans le domaine de la sculpture, cette admiration se manifeste par la multiplication de bustes rétrospectifs, comme en témoigne cette cire de Stanislas Lami, présentée dans sa vitrine d'origine. Lami reprend des nombreuses effigies du peintre son nez proéminent et son célèbre béret à large bord.

Jean-Auguste-Dominique Ingres 
(Montauban, 1780 - Paris, 1867)
François ler reçoit les derniers soupirs de Léonard de Vinci
1818 Huile sur toile
Achat sur les arrérages du legs Dutuit
Ce tableau de petit format, peint par Jean-Auguste-Dominique Ingres en Italie où il vit depuis 1806, est un chef-d'œuvre de la veine "troubadour" de l'artiste. Le peintre s'empare ici d'une anecdote pour rejoindre un goût alors à la mode, celui de la représentation d'épisodes du Moyen Âge ou de la Renaissance. La scène représente les derniers instants de la vie de Léonard de Vinci, dans son domaine du Clos-Lucé, près d'Amboise. De cet épisode mythique, raconté à la Renaissance par Giorgio Vasari dans son ouvrage Les Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes, Ingres tire une scène symbolique: François ler, au centre de la composition, est présenté surtout comme un homme venu au chevet de son ami mourant.

Camille Roqueplan
 (Mallemort, 1803 - Paris, 1855)
Van Dyck à Londres
1837
Huile sur toile
Collection Dutuit, jambes 1902, inv. PDUT1702
Brillant élève du peintre Rubens, Antoine Van Dyck quitte Anvers pour poursuivre sa carrière en Angleterre. Il arrive à Londres en 1632 et rencontre un succès si rapide qu'il est appointé la même année par le roi Charles ler. Camille Roqueplan représente ici un épisode imaginé de sa vie mondaine, Van Dyck jouant de la viole de gambe. Roqueplan insiste sur la réussite sociale de l'artiste, intégré dans la haute société. Il s'applique également à pasticher les codes de la peinture hollandaise du XVIIe siècle et les qualités picturales reconnues de Van Dyck: audace des couleurs, placement complexe des figures, rendu luxueux des matières et des étoffes. Le tableau a été acheté par les frères Dutuit, grands amateurs d'art ancien en 1843. Elle a fait partie du legs fondateur au musée en 1902.

Louis-Ferdinand Lachassaigne
 (Aire, 1790 - ?)
d'après Jean-Louis Ducis
 (Versailles, 1775 - Paris, 1847)
Van Dyck peignant son premier tableau
Après 1822 Porcelaine, dorure, émail
Achat sur les arrérages du legs Dutuit
Héritier du goût pour le Moyen Âge et la Renaissance, l'art dit troubadour s'épanouit dans un contexte de redécouverte du passé et inspire les arts décoratifs, en particulier la porcelaine et la tapisserie, où il introduit une sensibilité intimiste et narrative. C'est ainsi que les deux compositions du peintre Jean-Louis Ducis consacrées à la Sculpture et à la Peinture ont été reprises sur la panse de deux imposants vases Médicis. Leur décor, d'une finesse remarquable, est signé par le peintre décorateur Louis-Ferdinand Lachassaigne, reconnu pour l'excellence de ses scènes historiées sur porcelaine.

Jean-Joseph-Marie Carries, dit Jean Carriès (Lyon, 1855 - Paris, 1894)
Frans Hals
Vers 1884-1885 Plâtre patiné, reprises à la cire
Don Georges Hoentschel, 1904, inv. PPS581
C'est lors d'un voyage en Belgique et en Hollande, au milieu des années 1880, que Jean Carriès découvre toute la verve et la virtuosité des œuvres de Frans Hals, peintre hollandais du Siècle d'or. À son retour en France, il exécute un buste en deux variantes: l'une à la barbe en pointe, l'autre à la barbe bifide (fendue en deux), qui trône sur le portrait de Carriès réalisé par Louise Breslau. Le sculpteur a su retranscrire l'essence même des compositions du peintre hollandais, à travers cette face rubiconde et joviale magnifiée par une imposante collerette. Néanmoins, il ne s'agit pas tant d'un buste rétrospectif que d'une évocation, Carriès ne s'étant pas inspiré littéralement d'un portrait de Frans Hals.

Jean-Joseph-Marie Carriès,
dit Jean Carriès (Lyon, 1855 - Paris, 1894)
Diego Vélasquez
Vers 1885-1890
Plâtre patiné
Don Georges Hoentschel, 1904, inv. PPS569
Si Jean Carriès ne s'est jamais rendu en Espagne, il a su "évoquer et ressentir Vélasquez sans presque le connaître, tel qu'il s'en représentait la finesse, l'élégance et la fierté" (Arsène Alexandre). On retrouve dans cette effigie hautaine la même arrogance que dans le Portrait de Richelieu par le sculpteur baroque italien Gian Lorenzo Bernini, dit le Bernin (1598-1680), que Carriès avait pu admirer au Louvre. Quel meilleur hommage rendre au célèbre peintre espagnol que ce buste altier, pour celui qui se revendiquait dès sa jeunesse comme "un Vélasquez en sculpture"

Gian Lorenzo Bernini dit le Bernin
Le cardinal de Richelieu
1640-1641
Musée du Louvre Grand PalaisRmn

Claire Tabouret (Pertuis, 1981)
Autoportrait transformationnel
2023 Acrylique sur toile
Collection privée JS
Dans ce double autoportrait, Claire Tabouret associe ses deux visages reliés à la manière d'un Janus moderne, dieu romain du Temps et des Passages. La collerette fait écho à l'accessoire de mode porté par Frans Hals dans son portrait par Jean Carriès.
Par le jeu de lumière changeante, de la matière vibrante, du travail par touches et transparences, l'artiste s'inscrit dans la lignée de Claude Monet. Depuis 2012, elle réalise chaque jour un autoportrait, conçu comme un rituel d'atelier inspiré par l'idée de fixer ses traits en perpétuel mouvement. Cet exercice fait du portrait un champ d'exploration des métamorphoses du visage.

Cindy Sherman
 (Glen Ridge, États-Unis, 1954)
Sans titre n° 205
1989
Tirage chromogène couleur
Fondation Louis Vuitton, Paris
Dans cette photographie, Cindy Sherman se représente en Fornarina, pastichant le célèbre portrait de la jeune femme par Raphaël. Prothèses, perruque, faux seins et vêtements d'occasion accentuent la dimension fictive du personnage.
Dans la série History Portraits (1988-1990), la photographe se métamorphose avec ironie en figures héritées de la tradition picturale. Sherman parodie les codes du portrait classique, la pose, le costume, la nudité, afin de déconstruire les archétypes féminins qui traversent l'histoire de l'art. À la fois modèle et artiste, elle interroge la notion d'autoportrait.
Raphaël
La Fornarina 1518
Florence

Portraits-charges
Attaques piquantes, voire hargneuses, ou taquineries amicales entre amis, les caricatures d'artistes portent souvent autant sur la personne que sur l'œuvre. François Flameng caricature le peintre naturaliste Fernand Pelez en « peintre des élégances fin de siècle », un écart grinçant avec la production picturale de l'artiste, peintre des marginaux et des laissés-pour compte de la société.
Les Salons et grandes expositions d'art contemporain fournissent aussi à la presse satirique un inépuisable vivier de sujets. Artistes, œuvres, membres du jury et visiteurs sont allègrement moqués dans des publications qui se multiplient durant la deuxième moitié du xixe siècle. Le journal satirique Le Charivari publie de 1845 à 1879 les illustrations que Cham consacre aux éditions successives du Salon et du Salon des refusés. Les œuvres de Gustave Courbet sont les cibles les plus récurrentes de cette critique dessinée. Nadar se prête au même exercice pour le Journal amusant de 1852 à 1861. En moquant les sujets et en caricaturant les manières, Nadar dresse le portrait d'un microcosme artistique où les espoirs déçus voisinent les consécrations. Le numéro hors série de L'Assiette au beurre, "La Foire aux croûtes", offre encore en 1902 un exemple tardif de ce genre de publication qui s'essouffle, alors que les Salons perdent en influence.

Albert Guillaume 
(Paris, 1873 - Faux, 1942)
Portrait-charge de François Forichon
1890 Huile sur toile
Achat, 2020, inv. PPP5009
Albert Guillaume est avant tout connu pour ses dessins satiriques et ses illustrations grotesques, largement diffusés dans les différents périodiques de la Belle Époque. Il est ici âgé d'à peine 17 ans quand il réalise le portrait-charge de son ami, le peintre auvergnat François Forichon (1865-1952), élève comme lui de Jean-Léon Gérôme à l'École des beaux-arts de Paris. Il donne là une représentation facétieuse de son aîné, grosse tête sur petit corps à peine esquissé, simplement vêtu et, tel le Messie, pieds nus, auréolé et main levée en signe de bénédiction. L'artiste semble ici s'amuser du mélange des genres comme des techniques, proposant une représentation qui n'est pas sans rappeler l'art du vitrail.

Édouard Vuillard (Cuiseaux, 1868 - La Baule-Escoublac, 1940)
Les Quatre Anabaptistes : Portrait d'Aristide Maillol
Vers 1931-1934, retravaillé en 1935-1937 Peinture à la colle sur toile
Musée d'Art moderne de Paris, achat de la Ville de Paris à l'artiste, 1937, inv. AMVP 2560
Pour le Portrait d'Aristide Maillol, Édouard Vuillard choisit de camper le sculpteur dans un environnement familier, au sein du jardin de Marly-le-Roi, propriété dans laquelle Maillol s'installe dès 1903. Vêtu d'un costume rayé, le visage à peine esquissé, l'artiste est représenté outils en main, affairé à la réalisation de son emblématique Monument à Cézanne, ouvrage commandé par la Ville d'Aix-en-Provence en 1912, peu après le décès du maître, et finalement refusé. Tout dans la composition converge vers cette sculpture allégorique, acquise par l'État en 1925 pour le jardin des Tuileries. Au travers de cette toile, Vuillard perpétue le souvenir de ce projet insigne, témoigne de l'admiration pour l'ami, et salue encore la persévérance de l'artiste.

Édouard Vuillard (Cuiseaux, 1868 - La Baule-Escoublac, 1940)
Les Quatre Anabaptistes : Portrait de Pierre Bonnard
Entre 1930 et 1935 Peinture à la colle sur toile
Musée d'Art moderne de Paris, achat de la Ville de Paris à l'artiste, 1937, inv. AMVP 2557
Édouard Vuillard représente son ami Pierre Bonnard debout, vêtu d'un costume sombre, campé dans un intérieur bourgeois, statique et songeur. Le "Nabi très japonard" (surnom donné à Bonnard par le critique Félix Fénéon) semble totalement absorbé par la contemplation d'une toile, représentation d'un paysage lumineux de la Côte d'Azur qui contraste avec l'environnement clos. Comme un écho à ce panorama lumineux, la boîte de couleurs du peintre vient équilibrer et égayer la composition dont se détache en fond, posé sur la cheminée, un petit bronze de Maillol.

Jacques-Émile Blanche
 (Paris, 1861 - Offranville, 1942)
Portrait d'Ignacio Zuloaga
Entre 1900 et 1904 Huile sur toile
Don de l'artiste, 1911, inv. PPP539
Dans ce tableau, presque grandeur nature, le célèbre portraitiste de la Belle Époque, Jacques-Émile Blanche, représente le peintre espagnol Ignacio Zuloaga y Zabaleta. Celui-ci peint de nombreux portraits d'aristocrates et de bourgeois pour une clientèle européenne et américaine qui apprécie sa manière et l'exotisme de ses origines ibériques. Plusieurs éléments dans ce tableau font d'ailleurs clairement référence à la peinture espagnole du xviie siècle: la posture du peintre rappelle celle de Diego Vélasquez peignant Les Ménines et le paysage orageux du fond évoque ceux du Greco. Blanche expose à plusieurs reprises ce portrait et cherche à en obtenir des sommes considérables, avant d'en faire finalement don au Petit Palais en 1911.
Diego Vélasquez
Les Ménines, 1656-1657
Musée national du Prado, Dist.
Grand PalaisRmn / image du Prado

Édouard Vuillard (Cuiseaux, 1868 - La Baule-Escoublac, 1940)
Les Quatre Anabaptistes : Portrait de Maurice Denis
Entre 1930 et 1935 Peinture à la colle sur toile
Musée d'Art moderne de Paris, achat de la Ville de Paris à l'artiste, 1937, inv. AMVP 2558
Peu avant sa mort, Édouard Vuillard s'attelle à la réalisation des Quatre Anabaptistes, série de portraits de ses amis avec lesquels il forma, dans sa jeunesse, le groupe dit des nabis ("prophètes" en hébreu). Pour le Portrait de Maurice Denis, Vuillard choisit de représenter le peintre, défenseur de l'art sacré, en pleine réalisation de La Vie de saint François qu'il vient d'achever, décor monumental à fresque pour l'abside de la chapelle des Franciscaines de Rouen. Semblant surpris en pleine action et regardant le spectateur, Maurice Denis est figuré juché sur son échafaudage, vêtu de sa blouse de travail, entouré de ses pinceaux et autres pots de peinture, accompagné d'un de ses disciples.



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