Dessins et collection permanente au musée de Picardie en juillet 2026


DESSINS FRANÇAIS DES COLLECTIONS  PRIVEES FRANCAISES
À travers 170 dessins, cette exposition offre un vaste panorama de l'art français, de la fin de la Renaissance à la veille de la Révolution. Cette période voit en effet s'affirmer en France le rôle central du dessin. Libre et spontané, il devient l'outil privilégié pour inventer, composer, fixer ou corriger ses idées avant de les présenter à un commanditaire. Peintres et sculpteurs, architectes et graveurs partagent ainsi une même pratique du dessin, mobilisé aussi bien dans le processus créatif que pour ses qualités esthétiques.
Du regne d'Henri IV à celui de Louis XVI, l'exposition met à l'honneur une constellation d'artistes majeurs, Poussin, Watteau, Fragonard, David et bien d'autres, qui illustrent la richesse de deux siècles de création. Elle présente des études prises sur le vif, face au modèle, des esquisses préparatoires a des tableaux ou à des décors, ainsi que des modèles pour des gravures, des tapisseries ou des vitraux.Au fil du temps, s'imposent aussi des compositions réalisées pour elles-mêmes, témoignant des qua- lités propres de l'art du dessin et de ses riches techniques.
D'abord conservé par les artistes dans leurs cartons comme un répertoire de formes, le dessin devient progressivement un objet de collection, particulièrement recherché par les amateurs d'hier comme d'aujourdhui. Ces 170 feuilles, présentées en 11 sections chronologiques, ont ainsi été exceptionnellement prêtées par des collectionneurs français, qui ont accepté de partager leur passion avec le public du Musée de Picardie. Mieux que tout autre médium, elles révéleront aux visiteurs le génie créateur des artistes.

ANONYME FIN DU XVIlle SIÈCLE
LA MUSE DU DESSIN
Plume et encre noire, lavis mauve, rehauts de gouache blanche

PIERRE BRÉBIETTE MANDRES?, 
VERS 1598- PARIS, 1642
LA DISPUTE D'ATHENES
Pierre noire, plume et encre brune, lavis gris
Le sujet de cette composition est peut-être la rivalité entre Minerve et Neptune pour la domination d'Athènes. La déesse de la sagesse est rejetée au fond à droite tandis que le dieu des flots est peut- etre le personnage portant un trident et une queue de poisson. Le goût de la confusion, les puissantes musculatures, le jeu acéré des hachures sont autant de marques de l'adhésion de Brébiette au manié- risme jusque tard dans le siècle.

ÉCOLE FRANÇAISE VERS 1589
HENRI I A CHEVAL DEVANT UN ARC De TRIOMPHE UN ANGE LE COURONNANT DE LAURIER. UNE BATAILLE A L'ARRIÈRE-PLAN
Gouache sur vélin
Vainqueur de la Ligue, Henri IV met fin aux guerres de Religion et restaure, à la fin du xvie siècle, un climat politique serein favorable à la reprise des chantiers artistiques. L'image du roi guerrier s'inscrit dans un arc de triomphe orné d'allégories de Mars, de Minerve, de la Renommée, ainsi que du Droit et des Armes, qui soulignent sa légitimité de roi. Elle fut peut-être exécutée à la suite de la vic- toire d'Henri IV à Arques en 1589, un mois après son couronnement comme roi de France et un an avant la reprise de Paris.

MARTIN FRÉMINET 
PARIS, 1567 - PARIS. 1619
PLAFOND AVEC OUATRE COMPARTIMENTS. DEUX AVEC DES ALLEGORIES DE LA CHARITE ET DE LA FOI
Pierre noire, plume et encre brune, lavis brun, rehauts de gouache blanche (oxydée)
Entreprise artistique majeure du rèegne d'Henri IV, le décor de la chapelle du château de Fontainebleau est le chef-d'œuvre de Martin Fréminet exécuté de 1604 à 1612. Le dessin est structuré par des frises ornementales qui entourent des cartouches. La femme à droite, tenant un calice, représente la Foi tandis que l'identité des figures à gauche demeure incertaine. On reconnaît également le

ATTRIBUÉ A JACOB BUNEL
BLOIS, VERS 1558 - PARIS, 1614
HOMME PENCHE EN AVANT MENACANT UNE ABEILLE AVEC UN POIGNARD
Pierre noire
Peu d'ouvres nous sont parvenues de Tacob Bunel, peintre actif à la fois en France mais aussi en Italie et peut-être même jusqu'à l'Escurial en Espagne. Rappelé en France en 1599 par Henri IV, il prend la suite de Toussaint Dubreuil sur les chantiers rovaux (3), notamment au Louvre. Ce dessin est peut-être à rapprocher d'un combat des géants et des dieux, aujourd'hui perdu, que Bunel a peint dans l'actuelle galerie d'Apollon, au Louvre, en 1599.

Attribué à Jacob Bunel Homme debout avec une mouche, Berlin, Kupferstichkabinett

TOUSSAINT DUBREUIL
 PARIS, VERS 1561 - PARIS, 1602
FEMME ASSISE ENTRE DEUX PUTTI
Pierre noire, plume et encre brune, silhouetté

JEAN BOUCHER
BOURGES, 1575 -BOURGES, 1632
FEMME ASSISE, REGARDANT VERS LE BAS À DROITE
Pierre noire
Actif à Bourges à partir de 1600-1604, Jean Boucher peint de nombreux tableaux pour les églises du Berry et des régions voisines pendant trente ans. Son style hybride mélange un maniérisme italianisant acquis durant son séjour romain à la fin du 16eme siècle à une sensibilité réaliste qui annonce les innovations du 17eme siècle.

HORACE LE BLANC 
LYON, VERS 1575 -LYON, 1637
LA TRANSVERBERATION DE SAINTE THERESE
Pierre noire, plume et encre brune, lavis brun, rehauts de gouache blanche, mise au carreau à la pierre noire
D'origine italienne (son père porte le nom de Paolo Bianchi), le Lyonnais Horace Le Blanc aurait suivi les lecons à Venise de Palma le Jeune puis se retrouve à Rome dès 1600.De retour à Lyon en 1610, il devient le peintre majeur de la ville. Ce dessin est préparatoire à un tableau sans doute peint pour un couvent de carmélites.

Horace Le Blanc, La Transverbération de sainte Thérèse, 1621, Lyon, musée des Beaux-Arts

PIERRE BRÉBIETTE 
MANDRES?, VERS 1598- PARIS, 1642
NYMPHE AU BAIN EPIEE PAR UN SATYRE
Pierre noire, sanguine, craie blanche, sur papier gris-bleu
Le satyre espionne, par le reflet de l'eau, la nudité de la nymphe représentée sans pudeur. Ce dessin, à l'humour licencieux, est un rare témoignage préservé de sujet libertin datable de la première moitié du xvire siècle.

GEORGES LALLEMANT 
NANCY, VERS 1575 - PARIS. 1636
SAINT JEAN
Pierre noire, plume et encre brune, lavis brun
Lorrain installé à Paris dès 1601, Georges Lallemant est à la tête d'un des ateliers artistiques majeurs du début du xvie siècle où passeront Poussin (26), La Hyre (21) et Champaigne (22). En 1620, il recoit la commande d'un tableau de la Vierge de pitié pour lautel de la chapelle axiale de l'église Saint-Nicolas- des-Champs. Ce dessin prépare la figure de saint Jean en bas à gauche du tableau.

Georges Lallemant, La Vierge de pitié, 1620, Paris, église Saint-Nicolas-des Champs

CLAUDE VIGNON 
TOURS, 1593-PARIS, 1670
PRINCESSE CAMME PORTANT UNE COUPE
Sanguine, pierre noire
Élève de Bunel (5), Vignon travaille à Rome et en Espagne avant de s'installer d Paris en 1623. Créateur prolifique, il réalise des tableaux et des modèles de vitraux, de tapisseries et de gravures. C'est le cas de ce dessin qui représente Camme, la reine des Galates qui, afin de venger son époux assassiné, feignit de séduire son meurtrier Sinorix pour mieux l'empoisonner. La gravure fut publiée en 1647 dans La Galerie des femmes fortes, ouvrage illustré de vingt planches de Vignon dédie a la régente Anne d'Autriche.

Gilles Rousselet et Abraham Bosse d'après Claude Vignon, Camme, New York, the Metropolitan Museum of Art

LINARD GONTIER
 TROYES, 1565 - TROYES, APRÉS 1642
LOUIS XIII À LA BATAILLE DES PONTS-DE-CE
Plume et encre brune
Le jeune Louis XIII remporte à l'age de 18 ans la bataille des Ponts-de-Cé le 7 août 1620 contre sa propre mère Marie de Médicis, rebelle à son autorité. Linard Gontier en tire ce dessin qui servit de modèle à un vitrail peint pour l'Hôtel de l'Arquebuse à Troyes, remonté par la suite à la Société académique de l'Aube située au musée Saint-Loup de la même ville.

Linard Gontier, Louis XIII à la bataille des Ponts-de-Cé, vers 1621-1624, Troyes, salle des séances de société la académique de l'Aube

VOUET ET SON TEMPS
Le rappel de Simon Vouet de Rome en 1627 par Louis XIII est une date essentielle qui marque la volonté de la Couronne de prendre en mains la création artistique. Vouet est alors le plus célèbre et le plus créatif des peintres francais établis à Rome. À Paris, il va imposer un art nouveau, moderne, que l'on a qualifié de lyrique ou de baroque. Sa peinture dynamique, claire et colorée devient incontournable pour les grands tableaux d'église comme pour les décors des demeures privées. Autour de lui, de brillantes personnalités émergent pour répondre aux multiples commandes du pouvoir royal comme de puissants mécènes. Parmi ses collaborateurs, certains comme Michel Dorigny  prolongent son style, d'autres, plus ambitieux, s'affirment avec une manière plus personnelle et riche d'avenir: Eustache Le Sueur, Charles Le Brun.
Des personnalités plus indépendantes tels Philippe de Champaigne, de formation flamande, ou Laurent de La Hyre proposent un art plus recueilli, plus serein, plus classique, pour satisfaire aux nombreuses commandes publiques ou privées. Le bref séjour parisien de Nicolas Poussin, de 1640 à 1642, encourage le développement de ce goût classique.
Ce renouveau se concrétise aussi par la création de l'Académie rovale de peinture et de sculpture en 1648. Par son rôle dans l'organisation de l'en- seignement, des expositions et surtout la promotion de la peinture d'histoire comme genre majeur, cette institution va durablement structurer la vie artistique française.
Avec ces nouvelles ambitions, le dessin devient incontournable, reconnu comme le père de tous les arts. Sa maîtrise devient essentielle à la genèse d'une œuvre (peinture, sculpture, architecture, arts décoratifs, gravure, etc.). Le dessin, avec ses infinies ressources techniques, s'impose comme une véritable discipline permettant d'élaborer le rythme des compositions, de préciser la justesse des attitudes ou encore de suggérer la mise en lumière des formes.

CHARLES LE BRUN
 PARIS, 1619 - PARIS, 1690
UN ANGE APPORTE UNE PALME A RICHELIEU A COTÉ DE SCIPION LAFRICAIN QUI PREND UNE COURONNE DE LAURIER QUE LUI PRESENTE LA FORTUNE
Pierre noire
Ce dessin est préparatoire à une gravure illustrant un ouvrage de Pierre Puget de la Serre dédié à Richelieu, publié en 1641. L'ouvrage et son frontispice mettent en parallèle le cardinal de Richelieu et le consul Scipion l'Atricain, vainqueur romain de Carthage. A cette époque, Le Brun fréquente encore l'atelier de son maitre Simon Vouet, avant de se rendre à Rome en 1642.

Jean Picart d'après Charles Le Brun, Tu vois deux Scipions tu vois deux Richelieux [..], 1641, Paris, Bibliothèque nationale de France

EUSTACHE LE SUEUR 
PARIS, 1616-PARIS, 1655
DIEU LE PÈRE PENCHÉ VERS LA DROITE LE BRAS GAUCHE LEVÉ
Pierre noire, rehauts de craie blanche, sur papier brun
Élève talentueux de Simon Vouet, Le Sueur infléchit son art vers une sensibilité plus sereine et plus classique. Ce dessin prépare peut-être un tableau perdu de Le Sueur représentant Dieu le Père apparaissant à Moïse à travers le buisson ardent, dont la composition est connue grâce à un autre dessin.

Eustache Le Sueur, Moïse devant le buisson ardent, Édimbourg, National Gallery of Scotland

EUSTACHE LE SUEUR
 PARIS, 1616-PARIS, 1655
MASCARON
Pierre noire, rehauts de craie blanche, sur papier brun
Ce masque grotesque est un dessin préparatoire pour un détail d'un plus vaste décor: le plafond du cabinet des Bains décoré par Le Sueur à l'Hôtel Lambert à Paris, sur l'fle Saint-Louis. Aux côtés des moulures, guirlandes, bas-reliefs et figures peintes par Le Sueur, on identifiait de semblables masca- rons souriant ou grimaçant, avant l'incendie qui détruisit ce décor en 2013.

SIMON VOUET 
PARIS, 1590 - PARIS, 1649
PORTRAIT D'UN HOMME TENANT UN PETIT TABLEAU REPRESENTANT UNE VIERGE A LENFANT
Pierre noire, pastel
En marge de ses tableaux monumentaux, Simon Vouet pratiquait le pastel et livra une suite de portraits de personnages de la cour ainsi que de membres de sa famille et d'amis. Il enseigna même cette techniaue au roi Louis XIII. Le modèle de ce portrait présente une version réduite d'une Vierge à l'Enfant peinte par Simon Vouet conservée à la National Gallery de Washington.

Simon Vouet, Vierge à l'Enfant, 1633, Washington, National Gallery of Art

PHILIPPE DE CHAMPAIGNE
BRUXELLES, 1602- PARIS, 1674
LA PRUDENCE ET LA GENEROSITÉ ENTOURANT LE GENIE DEBOUT SUR UN PIEDESTAL ET TENANT UNE COURONNF DE LAURIERS
Pierre noire, plume et encre brune Collection Éric Coatalem
Champaigne arrive à Paris de Bruxelles au début des années 1620. Mobilisé sur le chantier du Palais du Luxembourg pour Marie de Médicis, il y ren- contre son conseiller, Richelieu, qui deviendra son plus fidèele protecteur. Ce dessin est préparatoire au décor d'une galerie au Palais-Cardinal (futur Palais-Royal) dont Richelieu confia la réalisation à Champaigne dans les années 1630.

NICOLAS DE PLATTEMONTAGNE 
PARIS, 1631 - PARIS, 1706
PORTRAIT EN BUSTE DU PEINTRE PIERRE HUREL
Pierre noire sanguine, craie blanche, sur papier brun clair

LAURENT DE LA HYRE 
PARIS, 1606-PARIS, 1656
L'ENLÈVEMENT D'EUROPE
Pierrenoire
Élève de Georges Lallemant (4), La Hyre anime à Paris un atelier rival de celui de Simon Vouet. Il développe dans les années 1640 un art calme et serein, annonciateur du classicisme français. Ce dessin très abouti, à la composition
harmonieuse et équilibrée, prépare un tableau aujourd'hui au musée de Houston.
Laurent de La Hyre, L'Enlèvement d'Europe, 1644, Houston, The Museum of Fin Arts

ATTRIBUÉ À LOUIS RICHER ACTIF A PARIS ENTRE 1640 ET 1670
JOUTES ET JEU DE LOYSON SUR LA SEINE À PARIS
Plume et encre brune, lavis gris
Ce dessin illustre les festivités organisées sur la Seine à Paris le 25 août 1649, jour de la Saint-Louis, en l'honneur du retour du jeune roi Louis XIV après la Fronde. Des jouteurs s'affrontent tandis que des hommes s'efforcent d'attraper une oie pendue à une corde. En haut à droite, on reconnaît sous un parasol le jeune Louis XIV. son frère Philippe à gauche et sa mère Anne d'Autriche à droite. Après la révolte de la Fronde ces célébrations scellaient la réconciliation du roi avec les Parisiens.


PARIS-ROME
Même si l'essor artistique de Paris s'accroit au cours du 17eme siècle, Rome demeure incontournable et son riche passé archéologique et artistique la désigne toujours comme une irrésistible capitale des arts. Certains peintres ne feront pas le voyage italien mais une culture romaine perdure, et pour longtemps, indispensable à tout artiste au point que l'on a pu parler d'un axe Paris-Rome.
Au cours de ces années italiennes, les artistes travaillent principalement à Rome, mais s'arrêtent aussi souvent à Venise ou à Naples comme Charles Mellin. Ils sont éblouis par le patrimoine qu'ils découvrent, dessinant, copiant abondamment, et surtout rassemblant un précieux matériel documentaire qu'ils utiliseront durant toute leur vie de créateur.
Nombre d'entre eux prolongent ce séjour, au point parfois de s'y installer définitivement et d'y effectuer toute leur carrière, ainsi Poussin et Claude Lorrain.
Cette relation prioritaire entre les deux capitales fut renforcée par la création de l'Académie de France a Rome par Tean-Baptiste Colbert et Charles Le Brun en 1666. Véritable annexe romaine de l'Académie rovale de peinture et de sculpture à Paris, elle permet à des pensionnaires recrutés chaque année par le concours du grand prix d'effectuer un séiour de trois ans dans la Ville éternelle aux frais du roi. Elle contribuera à structurer durant des siècles la carrière des jeunes lauréats.

CLAUDE MELLAN
ABBEVILLE, 1598-PARIS, 1688
PORTRAIT DU POÈTE MARCELLO GIOVANETTI (1598-1631)
Pierre noire, sanguine
Natif 'Abbeville, Claude Mellan est peut-être le plus grand graveur francais du 17e siècle. Arrivé à Rome en 1624, il collabore avec Simon Vouet (15-16) qui lui aurait appris à exécuter ces petits portraits plein de vie, en mêlant pierre noire et sanguine. D'une grande finesse de trait, le portrait de ce jeune poète au regard sensible a sans doute été exécuté directement face au modèle.

IACQUES STELLA 
LYON, 1596-PARIS, 1657
SAINT CÉCILE MARTYRISÉE COURONNEE PAR UN ANGE
Plume et encre noire, lavis gris, rehauts de gouache blanche, sur papier brun
Issu d'une famille flamande installée à Lyon, Jacques Stella est à Florence de 1619 à 1623 puis à Rome de 1623 à 1634. Ce petit dessin évoque le corps de sainte Cécile, jeune Romaine martyrisée au me siècle après J.-C., qui aurait été retrouvé intact en 1599 dans l'église du Transtevere qui lui est dédiée. La position de son corps fut répliquée par le sculpteur Stefano Maderno puis par de nom- breux autres artistes comme Stella.

CHARLES ERRARD 
NANTES, 1606 - ROME, 1689
TROPHEE AVEC DEUX PRISONNIERS DACES SOUS UNE ARMURE DEVANT UN BATEAU CHEVAUCHE PAR UN PUTTO. AU-DESSUS UN ANGE PORTANT UNE PALME DE LA VICTOIRE ET UNE COURONNE DE LAURIER INSCRITS DANS UN OBÉLISQUE
Plume et encre brune, lavis brun
Charles Errard séjourne en Italie de 1624 à 1627 puis de 1631 à 1643.De retour àa Paris, il devient un chef d'équipe majeur sur les chantiers du Louvre, des Tuileries et de Fontainebleau. Peut-être pour écarter un rival, Le Brun le fait nommer directeur de l'Académie de France àa Rome à sa fondation en 1666. Ce tro- phée illustre l'étude passionnée des vestiges antiques qu'Errard mena tout au long de sa carrière, intérêt renforcé par son amitié avec Nicolas Poussin.

CLAUDE GELLÉE DIT LE LORRAIN CHAMAGNE, VERS 1600- ROME, 1682
PAYSAGE AVEC LA VILLA DEL SASSO
Pierre noire, plume et encre brune, lavis brun Collection particulière; courtesy galerie Éric Coatalem

NICOLAS POUSSIN
LES ANDELYS, 1594-ROME, 1665
OUATRE ETUDES D'APRES DES DETAILS D'OEUVRES D'ARTISTES ITALIENS DU XVIe SIECLE : UN CHAR UN BOUCLIER. UNE PROUE ET UNE POUPE DE NAVIRE
Plume et encre brune, lavis brun
Originaire de Normandie, Nicolas Poussin s'installe à Rome vers 1623-1624 ou il mènera toute sa carrière. Cette feuille s'inscrit dans un important ensemble de dessins ou l'artiste manifeste sa pas- sion de l'Antiquité : il copie des motifs tirés de vestiges romains ou de gravures de la Renaissance qui lui servent à se constituer un véritable répertoire. Ici Poussin copie des artistes italiens du xvre siècle, Giulio Romano, Polidoro da Caravaggio, Antonio Fantuzzi et Marcantonio Raimondi.

CLAUDE GELLÉE DIT LE LORRAIN CHAMAGNE, VERS 1600-ROME, 1682
VUE PANORAMIQUE DE LA CAMPAGNË ROMAINE, LE MONT SORACTE A L'aRRRÈRE-PLAN
Pinceau et lavis brun, sur papier brun clair
Cette feuille se distingue par l'extraordinaire minimalisme de sa technique. Quelques bandes de lavis brun posées à l'aide du pinceau suffisent à suggérer lenchaînement des plans et une vue panoramique majestueuse sur la campagne romaine. Cette économie de moyen s'explique par le contexte d'exécution dudessin, en plein air, directement sur le motif.

DIVERSITÉ DES PROVINCES
L'essor artistique observé à Paris autour de 166o ne saurait masquer l'effervescence qui marque également la province ou la notion de "fovers provinciaux" , prend tout son sens. En effet, certaines villes ou régions, fortes d'un important passé culturel, deviennent de véritables pôles artistiques activés par les mécènes traditionnels: ordres religieux, confréries laïques ou riches parlementaires.
Le Sud, stimulé par sa proximité avec l'Italie, demeure à ce titre une région exemplaire. La Provence voit des personnalités contrastées telles que Nicolas Mignard et Reynaud Levieux à Avignon, Jean Daret à Aix , Jean-Baptiste Daniel natif de Marseille et bien sûr Pierre Puget.
Toulouse brille avec les Rivalz, le dessinateur prolifique Raymond Lafage ainsi que Jean de Troy , autre Toulousain qui s'installe à Montpellier ou il fonde une académie. A Lvon, c'est Thomas Blanchet qui s'illustre par de vastes décors.
Certaines personnalités contribuent à faire émerger dans cette France du xvne siècle un art atypique mais savoureux. Ainsi le franciscain frère Luc, peintre et architecte né à Amiens ou le Lyonnais Cretey dont les œuvres sont mieux connues au gré de nombreuses découvertes récentes.
Ce mouvement est à double sens: si des artistes provinciaux sont formés à Paris dans les ateliers des artistes en vogue, des Parisiens sont appelés à diriger des chantiers provinciaux faute de compétences locales: ainsi le chantier du parlement de Bretagne à Rennes (1656 1662), autour de Charles Errard et Noël Coypel.

NICOLAS MIGNARD 
TROYES, 1606 - PARIS, 1668
PORTRAIT D'HOMME
Sanguine, mine de plomb, craie blanche, sur papier brun clair

T. REMY ACTIF EN LORRAiNe VERS 1600-1610
FEMME EN COSTUME DE BALLET TENANT UNE FLECHE ET UN COEUR
Pierre noire, plume et encre brune
Au début du xvne siècle, la cour de Lorraine est une des plus brillantes d'Europe, notamment pour le faste de ses fêtes. Les artistes étaient particuliè- rement mobilisés àa l'occasion de ces carrousels, ballets et autres spectacles, pour concevoir décors et costumes dont les dessins demeurent souvent la seule trace. On ne sait rien de ce < Rémy>, mais la fantaisie de ce costume le rapproche de Jacques Bellange, artiste et décorateur au service des ducs de Lorraine.

ISRAEL HENRIET 
NANCY, 1590 - PARIS, 1661
PAYSAGE MONTAGNEUX AVEC UN PORT AU BOrD DE LA MER
Plume et encre brune
Le Lorrain Henriet se lie d'amitié avec son compatriote Jacques Callot, tous deux excellents dessinateurs et graveurs qui eurent régulièrement l'occasion de collaborer. Ce paysage est un pastiche des nombreuses vues de Callot évoquant les formes fantastiques des côtes toscanes où ce dernier séjourna, Il provient de la collection Pierre-Jean Mariette, l'un des plus grands amateurs de dessins du xviis siècle.

Détail du tableau précédent

THOMAS BLANCHET 
PARIS, 1614-LYON, 1689
L'ENLÈVEMENT DE SAINT PHILIPPE
Sanguine, plume et encre brune, lavis brun, divisé en quarts par deux lignes à la mine de plomb
Ce dessin, comme celui de Poerson, est une étude pour un May offert par la corporation des orfèvres à Notre-Dame-de-Paris, en 1662. Sur la route allant de Jérusalem à Gaza, l'apôtre Philippe arrête son char pour donner le baptême à l'eunuque de Candace, reine d'Éthiopie. Une fois revenu sur la berge, il est emporté au ciel.

Thomas Blanchet, L'Enlèvement de saint Philippe, 1662, Musée des Beaux-Arts d'Arras

LOUIS CRETEY 
LYON, 1643- GENTILLY, 1713
LE MARTYRE DE SAINT SIMON LE ZELOTE
Plume ct encre brune, lavis brun, rehauts de gouache blanche, sur papier brun cintré en partie supérieure
Natif de Lyon, Cretey séjourne à Rome de 1661 à 1663 puis brièvement à Parme en 1667 avant de rentrer à Lyon où il occupe une position dominante. Ces séjours réguliers en Italie, proche de la capitale des Gaules, expliquent le caractère très baroque de ses peintures et de ses dessins, comme ici cette composition montrant l'apôtre Simon tronçonné à l'aide d'une scie.

IEAN DE TROY 
TOULOUSE, 1638 - MONTPELLIER, 1691
HOMME ASSIS VU DE DOS
Sanguine, rehauts de craie blanche
Originaire de Toulouse, Jean de Troy s'installe à Montpellier où il fonde une académie de peinture soutenue par l'administration languedocienne. Ce dessin, une étude d'après un modèle vivant, est caractéristique des exercices qui étaient proposés dans les classes des académies. Elle illustre le voeu des artistes provinciaux de créer, à l'exemple de Paris, des institutions modernes destinées à soutenir les arts.

NICOLAS MIGNARD 
TROYES, 1606- AVIGNON, 1668
LA VISITATION
Graphite, sanguine, plume et encre brune, sur papier brun clair
Bien que natif de Troyes, c'est en Provence que Nicolas Mignard déploie sa carrière après un séjour romain de 1635 à 1637. Installé à Avignon, il livre de multiples retables pour les églises de la région. Ce dessin prépare une grande toile peinte pour orner le premier couvent de la Visitation d'Avignon. En 1660, Nicolas est appelé à Paris au service de Louis XIV où il retrouvera son frère Pierre.

Nicolas Mignard, La Visitation, Montfavet, église Notre-Dame-De- Bon- Repos, 1640

L'ERE LOUIS XIV
À l'aube du règne de Louis XIV, Paris est devenu un pôle artistique envié où s'exprime un art monumental et décoratif dans de somptueuses demeures privées. Si bien que lorsque le jeune souverain choisit Versailles pour y installer la Cour, il peut compter sur une génération jeune et brillante de peintres, sculpteurs et architectes, ce qui n'était pas le cas de ses prédécesseurs.
Dès 1661, Le Brun s'est imposé à Vaux-le Vicomte, au profit du surintendant Fouquet, comme un maître d'oeuvre indispensable pour réaliser un décor d'une magnificence totalement inédite. Son génie est d'avoir su ordonner tous les arts, grâce aux ressorts du dessin, au service du projet versaillais, fusionnant toutes les techniques du décor et de la fête, transformant la chronigue du règne de Louis XIV en grands poèmes, tantôt mytho- logiques, tantôt épiques.
Cet ambitieux programme voit naftre un style unifié qui domine aussi bien les décors édifiés à la gloire du souverain que les multiples tapisseries, médailles et d'innombrables gravures consacrées à la glorification des grandes actions du règne.
Si Le Brun a bénéficié d'un quasi-monopole, il ne fut pas sans rival, Nombre d'artistes, Pierre Mignard en tête, ont su s'entourer d'une clientèle recherchant un style plus souple et plus gracieux. Cette évolution apparaît dans la seconde partie du règne où se côtoient les courants les plus divers: ceux qui prolongent l'art de Le Brun  et ceux qui annoncent le siècle suivant: Charles de La Fosse et Antoine Coypel. Désormais, le goût des générations précédentes est jugé trop austère et la peinture d'histoire privilégie les scènes mythologiques aimables tandis qu'au Salon les genres < mineurs > (paysages, scènes familières, portraits) prennent de plus en plus d'importance.

CHARLES LE BRUN 
PARIS, 1619 - PARIS. 1690
APOLLON ET MINERVE TENANT UN MEDAILLON
Sanguine, pierre noire et craie blanche, sur papier brun, mise aux carreaux à la sanguine
Maître d'oeuvre des projets de Louis XIV, Le Brun se voit confier par le roi les principales entreprises artistiques du début de son règne. En tant que directeur de la manufacture des Gobelins, il donne des modèles pour les tapisseries. Ces deux figures furent en effet tissées dans une tapisserie évoquant l'Été, issue de la tenture des Quatre Saisons. Apollon et Minerve y montrent un médaillon qui illustrera une des demeures royales: le palais parisien des Tuileries

Manufacture des Gobelins d'après Charles LeBBun, L'Été, Tenture des saisons, Paris, Mobilier national

BERNARD PICART
PARIS, 1673 - AMSTERDAM, 1733
LA RÉPUBLIOUE DES PAYS-BAS ASSISE SUR UN TRONE SOUS UN DAIS ET TENANT UN FAISCEAU DE FLECHES ENTOURÉE D'ALLÉGORIES
Plume et encre grise, lavis gris
Formé à Paris et spécialisé dans la gravure, Picart s'installe à Amsterdam en 1711. Ce dessin est le projet d'un frontispice d'une Histoire des Provinces-Unies par Jean Le Clerc, publié en 1723. Sur un trône, une allégorie de la République des Pays-Bas tient un faisceau de 7 flèches représentant les 7 provinces unies. Elle est entourée à droite par la Religion, la Liberté, la Paix et la Navigation; à gauche par le Commerce, l'Abondance et la Fortune. Hostile au catholicisme, elle foule à ses pieds ses symboles, la tiare papale et les clefs de saint Pierre. L'Amérique, IAsie et lAfrique apportent leurs présents, évoca- tions du domaine colonial des Pays-Bas. En bas a gauche, l'Histoire écrit ses hauts faits en consultant des médailles.

Bernard Picart, La République de Hollande sur son trône, 1723, estampe, Paris, Bibliothèque nationale de France

Détail du tableau précédent

GRÉGOIRE HURET LYON, 1606 - PARIS, 1670
À SOLDAT MI-CORPS, LE VISAGE TOURNÉ VERS LA DROITE

LOUIS RICHER
ACTiF À PARIS, enTre 1640 ET 1670
LE LORRAIN ET L'ESPAGNOL
Pierre noire, sanguine, lavis gris
Les Lorrains et les Espagnols, deux peuples régulièrement en guerre contre la France, sont représentés par deux soldats chacun privé de la moitie de leurs membres, la légende ajoutant ironiquement < deux qui n'en valent qu'un>. Ce dessin, comme celui de Bonnart, appartient à un genre burlesque au service d'une véritable propagande de guerre, dif- fusée grâce à la gravure.

Pierre Bertrand d'après Louis Richer, Restes de la guerre, Paris, Bibliothèque nationale de France

CHARLES FRANCOIS POERSON 
PARIS, 1653 - ROME, 1725
LE CHRIST GUERISSANT LES MALADES A GENESARETH
Pierre noire, plume et encre brune, lavis brun, rehauts de gouache blanche, sur papier brun
Ce dessin très abouti prépare un tableau réalisé en 1684 par Poerson pour Notre-Dame de Paris, commandé par les orfèvres de la ville. Chaque année, cette corporation offrait au mois de mai à la cathédrale un grand tableau commandé à un artiste, sou- vent émergeant. Ces tableaux sont surnommés les < Mays>. Celui de Poerson se trouve aujourd'hui dans l'église Saint-Symphorien-de-Lay (Loire).

Charles-François Poerson, Le Christ guérissant les malades à Génésareth, 1684, église de Saint-Symphorien-de-Lay

MICHEL II CORNEILLE 
PARIS, 1642 PARIS, 1708
ATLAS CONFIANT LE GLOBE CÉLESTE À HERCULE
Pierre noire, sanguine, plume et encre brune, lavis brun et gris

ALEXANDRE UBELESQUI 
PARIS, VERS 1649/1651 - PARIS, 1718
SAINTE GENEVIÈVE PRIANT DANS UN PAYSAGE
Plume et encre brune lavis gris, mise au carreau à la pierre noire

NOEL COYPEL 
PARIS, 1628- PARIS, 1707
LA CALOMNIE
Plume et encre brune, lavis brun, rehauts de gouache blanche, sur trois feuilles de papier brun
Noël Coypel collabore avec Charles Errard pour l'ornement du plafond de la Grand'Chambre du Parlement de Bretagne, à Rennes, en 1656. Sept compositions circulaires ornent en effet ce pla- fond, conçu par Errard et exécuté par Coypel. La présente figure prépare la Calomnie chassée par la République (ou encore la Sagesse) dans la composition complète de Coypel.

Noël Coypel, Le Gouvernement de la République chassant la Calomnie, Rennes, Cour d'Appel, Grand'Chambre

ANTOINE COYPEL
PARIS, 1661- PARIS, 1722
HERCULE ASSIS LUTTANT AVEC UN AMOUR
Pierre noire, sanguine, rehauts de craie blanche, sur papier bleu
Ce dessin d'Antoine Coypel, le fils de Noël  prépare un Hercule pour une vaste composition de plafond montrant les dieux de l'Olympe harcelés par des Amours. Ce plafond fut commandé par Philippe d'Orléans, neveu de Louis XIV, qui deviendra régent de France à la mort du roi, pour la résidence de sa maîtresse. Le message est clair : l'amour triomphe de tous les dieux, y compris d'Hercule ici désarmé.

JUSTE AURELE MEISSONNIER 
TURIN, 1695 - PARIS, 1750
FLAMBEAU ORNE D'UN AMOUR
Pierre noire, plume et encre noire, lavis gris
Fils dun orfevre provencal installé en Italie, Meissonnier gagne Paris en 1714 où il obtient en 1724 le brevet d'orfèvre du roi, puis en 1726 la charge de dessinateur de la chambre et du cabinet du roi. Il donne des modèles de pièces d'orfevrerie ou de bronze doré. Il exécute notamment dans les années 1728-1735 de semblables dessins pour des chandeliers représentant des enfants enroulés dans des fûts de chandeliers. Meissonnier joua un rôle essentiel dans l'avènement du style rocaille.

ANTOINE WATTEAU VALENCIENNES, 1684- NOGENT-SUR-MARNE, 1721
HOMME DEBOUT. TOURNE VERS LA GAUCHE. PORTANT UNE CAPE ET UN BERET
Pierre noire, sanguine, rehauts de craie blanche, sur papier brun
Les figures de Watteau sont souvent revêtues de costumes de fantaisie inspirés du théâtre. Celui-ci, affublé d'un béret et portant une collerette, évoque la mode espagnole. L'artiste utilisait ses dessins de figures, qu'elles soient observées ou inventées, pour les intégrer dans ses tableaux de fêtes galantes, comme ici dans une oeuvre conservée à Londres à la Wallace Collection.

Antoine Watteau, Les Champs Élysées, vers 1719-1721, Londres, The Wallace Collection

ANTOINE WATTEAU 
VALENCIENNES, 1684- NOGENT-SUR-MARNE, 1721
HOMME EN BUSTE TIRANT UN RIDEAU. FEMME TOURNEE VERS LA GAUCHE ET DEUX MAINS TENANT UN ARCHET ET UN MANCHE DE VIOLE DE GAMBE
Sanguine, rehauts de craie blanche, sur papier brun
Les mains tenant un archet et le manche d'une viole de gambe sont préparatoires à un double portrait de Watteau, accompagné de sa palette et d'une toile, et de son protecteur et ami Jean de Jullienne jouant de l'instrument. Le tableau est perdu mais connu par une gravure intitulée Assis auprès de toy sous ces charmants ombrages, mon cher Watteau, je crains peu les outrages. Les deux autres figures furent également utilisées dans un autre tableau illustrant des personnages de la Commedia dell'arte.

EDME BOUCHARDON 
CHAUMONT-EN-bASSIGNY, 1698- PARIS, 1762
LA SOUMISSION DE TUNIS ET LE BOMBARDEMENT DE TRIPOLI
Sanguine
Depuis le regne de Louis XIV, l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres avait pour mission de concevoir les allégories à la gloire du roi.De 1737 à sa mort en 1762, Bouchardon fut chargé de donner forme aux médailles imaginées par l'Académie. C'est ainsi qu'en 1750, il conçut la médaille com- mémorative d'une expédition de la flotte française contre Tunis et Tripoli, en 1728. L'inscription qui se traduit < Tunis suppliant, Tripoli en cendres> transforme en victoire ce qui fut en réalité une expédition sans lendemain.

MAURICE OUENTIN DE LA TOUR 
SAINT-QUENTIN, 1704 - SAINT-QUENTIN, 1788
PORTRAIT DE BELLE DE ZUYLEN 1740 -1805
Pierre noire, sanguine, pastel, sur papier brun
La Tour mène sa carrière à Paris où il devient le maître incontesté du portrait au pastel. Il se rend aux Pays-Bas en 1766 où il réalise notamment le portrait de l'écrivaine Belle de Zuylen. Pour parvenir à la ressemblance la plus exacte, La Tour cherchait à captiver ses modèles en engageant une conversation animée avec eux tout en réalisant de rapides études sur le vif qu'il appelait < masques >. Par la suite, l'artiste avait le loisir d'exécuter ses portraits plus aboutis.

Maurice Quentin de La Tour, Portrait de Belle de Zuylen, 1766, pastel, Genève, musée d'Art et d'Histoire

PIERRE SUBLEYRAS 
SAINT-GILLES, 1699- ROME, 1749
LA COURTISANE AMOUREUSE
Sanguine
Au début de son séiour à l'Académie de France à Rome, vers 1730-1731, Subleyras peignit une suite de petits tableaux d'après les Contes et nouvelles de La Fontaine. Ce dessin très abouti prépare La Courtisane amoureuse: Constance, fière de sa beauté, est la courtisane la plus en vue mais la plus dédaigneuse de Rome. L'Amour, pour lui donner une leçon, fixe ses vues sur le beau Camille qui ne veut pas être dupe. Pour l'éprouver, il la repousse, mais, prête à tout, elle accepte un soir de lui servir de laquais et de le déshabiller.

CARLE VANLOO 
NICE, 1705 -PARIS. 1765
LA CHASSE DE L'AUTRUCHE
Plume et encre brune, lavis brun, trait d'encadrement chantourné dans les angles à la plume et à l'encre brune
Passionné de chasse, Louis XV commanda en 1736 un décor cynégétique pour orner la petite galerie de ses appartements au château de Versailles. Vanloo, Boucher, Lancret, Pater, Parrocel et de Troy furent sollicités pour peindre la chasse dans différentes parties du monde, en Espagne, Egypte, Russie, Inde,Chine, etc. L'ensemble des tableaux est visible au Musée de Picardie, ainsi que trois autres dessins préparatoires de Lancret et Parrocel, dans le Salon de l'Étude.

FRANÇOIS BOUCHER 
PARIS, 1703 PARIS, 1770 -
PORTRAIT DE JEUNE FILLE EN BUSTE, LA TÊTE TOURNÉE VERS LA DROITE
Sanguine brûlée, pastel, sur papier bleu

CHARLES COYPEL
PARIS, 1694-PARIS, 1752
ARMIDE CHEVAUCHANT UN DRAGON EN VOL
Graphite, craie noire, sanguine
Ce dessin d'une grande finesse représente un épisode de l'épopée La Jérusalem délivrée du poète italien le Tasse : abandonnée par son amant Renaud. Armide détruit de colère son palais et s'envole sur son dragon. Le dessin prépare une grande toile de plus de six mètres de large qui fut utilisée ensuite comme modèele pour être tissée aux Gobelins en une monumentale tapisserie.

Manufacture des Gobelins, atelier de haute lisse de Mathieu Monmerqué d'après Charles Coypel, La Destruction du palais d'Armide, 1738-1740, Amsterdam, Rijksmuseum

FRANÇOIS BOUCHER 
PARIS, 1703 PARIS, 1770
TROIS TÊTES D'HOMMES CASQUÉS DE DEMI- PROFIL VERS LA GAUCHE
Pierre noire, rehauts de craie blanche, sur papier gris

L'ATTRAIT DU REEL
L'art du portrait est en vogue au xvme siècle. Cet engouement marque l'intérêt constant de cette époque pour la figure humaine dont on se plaît à scruter les traits pour mieux sonder la psychologie : à moins qu on ne préfère des portraits allégoriques, en costume ou travestis.
La quête du vrai correspond à un besoin d'authenticité et le dessin s'impose alors comme une technique incomparable pour rendre compte de l'ensemble des activités humaines : urbaines, domestiques, intimes; tout est un prétexte à des scènes de genre qui deviennent un art majeur.
La nature captive l'attention des peintres, qu'elle soit observée pour elle-même ou recomposée pour les besoins d'une poétique ou la nécessité d'un stvle. Pouvait-il en être autrement d'une époque qui a vu l'avènement de l'empirisme, le développement de l'histoire naturelle et de la chimie ? La flore et la faune deviennent pour les dessinateurs des obiets d'étude dans leur quête de précision et de réalisme. On s'inspire parfois des procédés et techniques des maîtres hollandais et flamands pour restituer par le détail toute une époque qu'on a pu définir par son goût du bonheur et son art de vivre.

JEAN-BAPTISTE GREUZE 
TOURNUS, 1725- PARIS, 1805
ENFANT EMBRASSANT UN CHIEN
Graphite, lavis gris
Cette image attendrissante est une étude pour un détail d'un tableau plus vaste, La Réconciliation. Tout au long de la seconde moitié du xvle siècle, Greuze donne ses lettres de noblesse à la scène de genre en peignant avec respect et empathie les drames des classes les plus humbles de la société. En marge du monde des adultes, il n'est pas rare de voir dialoguer dans ses compositions la douceur de l'enfant et celle de lanimal.

JEAN GUILLAUME MOITTE 
PARIS, 1746- PARIS, 1810
QUATRE ÉTUDES DE CHAT
Sanguine
Le sculpteur Jean Guillaume Moitte est égale- ment l'auteur de nombreux dessins, notamment des frises dans l'esprit de l'Antiquité montrant des personnages mythologiques sur fond noir. En com- paraison, cette sanguine a sans doute été exécutée pour se délasser, comme une étude attentive et curieuse d'un compagnon familier.

IEAN-BAPTISTE OUDRY 
PARIS. 1686- BEAUVAIS. 1755
LE VIEUX CHAT ET LA JEUNE SOURIS (LA FONTAINE. FABLES, LIVRE XII, FABLE 5)
Lavis d' encre grise et noire, rehauts de gouache blanche, sur papier bleu
Peintre animalier et de sujets cynégétiques au service de Louis XV, Oudrv consacre ses soirées à dessiner, notamment, de 1729 à 1734, une suite de 276 compositions destinées à illustrer les fameuses Fables de La Fontaine. Pour sauver sa vie, une ieune souris essaie de convaincre un vieux chat qu'il lui serait plus profitable de la laisser s'engraisser quelques années. Inflexible, le vieux chat la mange et le fabuliste de conclure : " la jeunesse se flatte et croit tout obtenir ; la vieillesse est impitoyable".

JEAN-BAPTISTE OUDRY 
PARIS 1686 BEAUVAIS, 1755
LYNX ACCROUPI
Pierre noire, rehauts de craie blanche, sur papier bleu

JEAN-JACQUES DE BOISSIEU 
LYON, 1736 -LYON, 1815
UN PEINTRE DANS SON ATELIER PEIGNANT UN VÉNÉRABLE VIEILLARD À LONGUE BARBE DONT ON APERCOIT L'ÉBAUCHE SUR LA TOILE
Plume et encre grise, lavis gris
Attaché à la scène de genre populaire, Boissieu était collecteur d'impot et artiste amateur. Ses voyages dans toute la région lyonnaise lui permettent d'évoquer, avec une certaine nostalgie, le monde paysan. Ici, lartiste represente un vieillard centenaire alors célèbre à Lyon, dont ce dessin et sa gravure constituent aujourd'hui l'unique souvenir. De son vivant, les dessins de Boissieue taient plus chers que ceux de Fragonard et que presque tous les artistes vivants.

LOUIS CARROGIS. DIT CARMONTELLE 
PARIS, 1717 - PARIS, 1806
LA BELLE LAITIÈRE DE VILLERS-COTTERETS AVEC SON ANE PORTANT Des FLEURS AU DUC D'ORLEANS
Sanguine, pierre noire, aquarelle
Carmontelle, écrivain, dessinateur et paysagiste, se met au service du duc Louis-Philippe d'Orléans, cousin du roi Louis XV. Au Palais-Royal, au château de Saint-Cloud ou à Villers-Cotterêts, Carmontelle exécutait en à peine deux heures ces portraits à l'aquarelle, d'une grande fraîcheur, représentant familiers, visiteurs ou domestiques du duc: c'est ainsi qu'il dessina le jeune Mozart ou encore cette

FRANCOIS BOUCHER PARIS, 1703- PARIS, 1770
POISEAU A BONNE FORTUNE
Sanguine, rehauts de gouache blanche sur papier de riz chinois
Destiné à être gravé, ce dessin illustre la fascination du goût francais au xvie siècle pour la Chine, à commencer par Boucher qui était l'un des plus grands collectionneurs d'objets chinois de son temps. Il achetait estampes, paravents et porcelaines. Ce rare papier de riz a dû être acheté chez un importateur d'objets chinois. La figure s'inspire peut-être d'une statuette de sa collection. Un quatrain ironique accompagne la gravure : "Toujours le beau plumage, et le joli caquet / ont fait fortune chez les belles; / Et souvent il ne faut, pour briller auprès d'elles / Qu'un mérite de Perroquet. "

JEAN-BAPTISTE GREUZE 
TOURNUS, 1725 PARIS, 1805
TÊTE DE FEMME TOURNÉE VERS LA DROITE

FRANCOIS BOUCHER 
PARIS, 1703 - PARis, 1775
HOMME DEBOUT SUR UN TABOURET VERSANT DE L'EAU SUR LA JAMBE D'UN HOMME ASSIS
Pierre noire, rehauts de craie blanche, sur papier bleu
Le sujet de ce dessin comique demeure mystérieux. Coiffé d'un bonnet de nuit, un malade - peut-être de la goutte ? - se voit administrer un bain de pied par son valet. Le perroquet qui l'accompagne à droite suggère sa richesse, mais fait aussi souvent référence au conformisme du riche bourgeois, qui répète les discours convenus.

JEAN-BAPTISTE HUET 
PARIS,1745 / PARIS, 1811
PLANT DE COURGE FLEURI AVEC FRUIT
Pierre noire, rehauts de craie blanche, sur papier bleu-gris

JEAN-BAPTISTE PILLEMENT
LYON, 1728 - LYON, 1808
TROIS BERGERS SUR UN ROCHER SURPLOMBANT UNE RIVIÈRE, UN HAMEAU AU LOIN

IEAN HONORÉ FRAGONARD 
GRASSE 1732 - PARIS, 1806
LE BAISER A LA FUMEE OU L'OCCASION SAISIE
Pierre noire, lavis brun
Ce dessin illustre une scène amoureuse pleine d'humour dont Fragonard s'était fait une spécialité. Dans une cuisine rustique, la maîtresse de maison tente d'extraire une bûche dont la fumée aveugle la famille pendant qu'un couple en profite pour s'embrasser, caché par le nuage blanc. Malgré ce petit drame, un vieillard et un enfant à gauche demeurent assoupis. Seul le chien assiste, curieux, au baiser discret qu'échange le jeune couple.

JEAN HONORÉ FRAGONARD 
GRASSE, 1732 - PARIS, 1806
PROCESSION RELIGIEUSE SUR UN CHEMIN
Pierre noire, lavis brun

TEAN HONORÉ FRAGONARD 
GRASSE, 1732-PARIS, 1806
EUNE FILLE ASSISE DANS UN INTERIEUR APPUYEE SUR UN COUSSIN
Sanguine
Cette ieune fille émergeant d'un coussin semble s'extraire d'une sieste. La pose, à demi-couchée dans un fauteuil, le repose-pied, la cuvette sur la droite et surtout le pauvre sourire invitent à voir ici une jeune malade: il s'agit peut-être de Rosalie, la fille bien aimée de l'artiste, malade, représentée dans ses dernières semaines, avant son décès à Yage de 19 ans. Ce mélange de tendresse et de tristesse fait de cette feuille un sommet de sincérité et d'emotion.

JEAN HONORÉ FRAGONARD 
GRASSE, 1732 -PARIS, 1806
PAYSAGE AU MOULIN
Sanguine
Ce dessin fut réalisé par Fragonard durant ses années de pensionnaire à l'Académie de France à Rome, de 1756 à 1761. Tout y semble à demi enfoui dans la végétation mais un arbre incliné, avec son tronc en diagonale, ordonne la composition. L'exécution virtuose est étonnamment variée, à la pointe de la sanguine ou hachurée, qui traduit les feuillages, les tiges, les branches avec fidélité.

JEAN HONORE FRAGONARD 
GRASSE, 1732 / PARIS, 1806
BOEUF DANS UNE ÉTABLE
Sanguine

EDME BOUCHARDON
 CHAUMONT, 1698- PARIS, 1762
CHOUETTE DE FACE, SUR UNE PATTE
Sanguine
Le baron Philipp von Stosch, excentrique anti- quaire prussien, recueillit une chouette blanche qu'il découvrit dans les ruines de Rome. Fasciné par l'animal, Stosch fonda un


L'ITALIE TOUJOURS
Au cours du 17eme siècle, si Paris a détrôné Rome comme capitale des arts, l'Italie demeure au coeur de l'actualité artistique européenne ; elle est un véritable carrefour où se rencontrent artistes et amateurs, collectionneurs, mécènes, voyageurs cultivés. Marchands d'estampes, d'antiquités, ateliers d'artistes, académies constituent autant d'acteurs et de lieux d'échanges. L'Académie de France à Rome joue quant à elle un rôle central avec la douzaine de pensionnaires, tous lauréats du prix de Rome (peintres, sculpteurs, architectes) qui y séjournent en permanence. D'autres vovagent à leurs propres frais ou grâce à un protecteur (Doyen, Fragonard, Robert)
Le dessin est la technigue incontournable qui permet d'étudier inlassablement le modèle vivant, les maftres anciens et surtout l'antique. La sanguine et ses chaudes nuances bénéficient des faveurs des artistes et des collectionneurs. Les périples habituels conduisent les visiteurs à Rome, Gênes, Florence, Venise ainsi qu'à Naples , Herculanum et Pompéi dont les découvertes récentes renouvellent la perception de I'Antiquité.
Mais l'intérêt se porte aussi vers la nature dont létude directe va per- mettre de reconsidérer l'art du paysage. Nommé en 1751, le directeur de l'Académie de France Charles Natoire engage les jeunes pensionnaires à sortir de leur atelier pour dessiner sur le motif, carnets à la main ou cartons posés sur les genoux. Ces observations inlassables de la topographie tout comme celle des effets atmosphériques, écrivent des pages remarquables de l'histoire du paysage, annonciatrices du triomphe de ce genre au siècle suivant.De telles études peuvent être transformées dans des com- positions élaborées en atelier, parfois sous une forme résolument visionnaire comme l'extraordinaire suite de dessins d'Hubert Robert sur le theme d'une galerie en ruines.


HUBERT ROBERT PARIS. 1733 - PARIS. 1808
GALERIE ANTIOUE EN RUINE AVEC UN COUPLE A CHEVAL AU CENTRE
Mine de plomb, plume et encre noire, aquarelle, la feuille agrandie sur trois côtés
Le long séjour romain de Robert, de 1754 à 1765, le sensibilise à la beauté pittoresque des ruines qui deviennent le motif central de sa carrière. La confrontation de la galerie antique, majestueuse mais effondrée, aux occupations rustiques de bou- viers et de bergères est un thème récurrent propre à susciter une méditation ironique sur l'orgueil des empires.

JEAN ROBERT ANGO
ACTIF A ROME EN 1758
LES CASCADES ET LES RUINES DE LA VILLA DE MECENE A TIVOLI
Sanguine
On sait peu de choses de la vie d'Ango, camarade et ami de Fragonard et de Robert à Rome dont il copie régulièrement les compositions. Cette sanguine illustre un des sites les plus prisés des visiteurs de l'Italie du temps du Grand Tour: les cascades de Tivoli. De terribles inondations en 1826 provoquèrent des travaux gigantesques pour dévier le cours de l'Aniene, ce qui transforma irrémédiablement la physionomie du site.

RETOUR AU GRAND GENRE
Vers le milieu du xvine siècle, la peinture francaise vit une sorte de crise. Certes, les ateliers des peintres regorgent d'activité, les Salons sont de plus en plus fréquentés, les collectionneurs de plus en plus nombreux mais les critiques, observateurs avisés, constatent que les sujets peinent à se renou- veler, que l'inspiration est en panne. Les oeuvres aimables et faciles ne satis- font plus ceux qui ont une haute idée de l'art, qui appellent de leurs væux à un retour à l'ordre. Au moment où l'Antiquité grecque devient à la mode, notamment dans les arts décoratifs, certains réclament un art qui exprime la grandeur de l'âme humaine. L'État est le premier à intervenir avec des commandes, des concours qui remettent à l'honneur les grands sujets. L'enseignement où le dessin règne en maître, favorise l'étude de l'antique et l'accès aux oeuvres des maîtres: c'est alors qu'apparaft le projet d'un Muséum des arts, l'ancêtre du musée du Louvre.
Des artistes influents mettent en ouvre toutes ces aspirations, exécutant commandes royales  et tableaux d'église. L'architecture, les décors, les monuments adoptent le gout sobre de l'antique. C'est aussi le moment ou l'art visionnaire et fantastique de l'Italien Piranèse inspire toute une génération avide de démesure et de fantastique.
Pour répondre à ces désirs de réforme, deux esthétiques se font face: T'une, ample et dramatique, puise davantage dans l'art baroque du 16 eme siècle, et se retrouve chez Jean-Baptiste Marie Pierre , Gabriel François Doven, Antoine François Callet , Jean Jacques Lagrenée. L'autre, pétrie d'Antiquité et suscitée par Joseph Marie Vien, est plus sereine et mesurée. Son influence est relayée par François André Vincent, Joseph Benoft Suvée , Pierre Peyron, tous éclipsés par Jacques Louis David  qui triomphe aux Salons des années 1780. Ce dernier clôture l'exposition, tout en ouvrant le nouveau siècle à venir.

JEAN-BAPTISTE MARIE PIERRE 
PARIS, 1714- PARIS, 1789
LA RÉSURRECTION DE LAZARE
Plume et encre brune, lavis brun et gris, rehauts de gouache blanche, sur papier brun clair
Pierre occupe une place dominante dans l'art de la fin du xvine siècle, en tant que premier peintre du roi de 1770 à sa mort en 1789. La sûreté du pinceau et les nuances du lavis et de la gouache blanche font de cette feuille un témoin de sa virtuosité, allant à Tessentiel avec fermeté, exprimant par quelques traits l'agitation stupéfaite de la foule.

GABRIEL FRANCOIS DOYEN 
PARIS, 1726 -SAINT-PÉTERSBOURG, 1806
APOTHÉOSE DE SAINT GRÉGOIRE
Picrre noire, sanguine, rehauts de craie blanche, sur papier brun
Ce spectaculaire dessin prépare le décor de la cou- pole de la chapelle dédiée à saint Grégoire à l'église des Invalides à Paris. A la fin du règne de Louis XIV, Michel Corneille avait conçu un premier décor, dégradé par l'humidité. En 1760, Carle Vanloo se voyait confier la réalisation d'une nouvelle pein- ture que son décès ne lui permit pas d'exécuter. Doyen, son élève, prit sa suite et puisa avec cette figure aérienne dans la grande tradition du baroque romain.

Gabriel François Doyen, L'Apothéose de saint Grégoire, 1773, Paris, Saint-Louis-des-Invalides

FRANCOIS ANDRÉ VINCENT 
PARIS, 1746 - PARIS, 1816
GROUPE DE CINO OFFICIERS DEVANT D'AUTRES PERSONNAGES
Plume et encre brune, lavis brun Collection particulière; courtesy galerie Éric Coatalem
Cette étude est préparatoire à un grand tableau peint par Vincent pour le chancelier La Galaizière. Il commémore le grand moment de la carrière de ce diplomate qui se déroula 40 ans plus tôt: sa nomi- nation comme chancelier du duché de Lorraine au service du duc duc Stanislas Leszczyski. Ce lavis, plein de force et d'élégance, montre les deux frères du chancelier qui suivirent la carrière des armes.

François André Vincent, Le Chancelier La Galaizière prêtant serment devant le roi Stanislas à Meudon, 1778, Nancy, musée Lorrain

JOSEPH MARIE VIEN 
MONTPELLIER,1716-PARIS, 1805
TÊTE DE FEMME TOURNÉE VERS LA DROITE
Pierre noire, rehauts de craie blanche, pastel, sur papier brun
Considéré de son vivant comme l'initiateur du < goût à la grecque >, Vien se rend célèbre par ses tableaux mettant en scène de jeunes femmes dans des décors restituant des intérieurs antiques. L'artiste élabore un nouveau type féminin au nez bien droit, aux lon- gues paupières, au charme naif fort éloigné de l'univers licencieux de Boucher.

JACOUES LOUIS DAVID 
PARIS, 1748 - BRUXELLES, 1825
BRUTUS ASSIS, ACCOUDÉ
Pierre noire, plume et encre brune, lavis gris
Depuis son retour de Rome en 1780, David multiplie les succès et présente Les Licteurs apportant à Brutus le corps de ses fils au Salon de 1789. Le consul Brutus, fondateur de la République romaine, est contraint de condamner à mort ses propres fils qui complotent contre le nouveau régime. Après l'exécution, on rapporte les corps des fils à leur père. Ce dessin étudie la posture du magistrat, d'abord envisagé de face dans un léger tracé à la pierre noire. Si la tête demeure de face, le corps est finalement placé de profil, comme l'indique l'inscription de la main de l'artiste. Exaltant les idéaux républicains, le tableau allait connaître une aura croissante alors que débutait la Révolution française.

Jacques Louis David, Les Licteurs apportent à Brutus le corps de ses fils, 1789, Paris, musée du Louvre

On profite de notre passage à Amiens pour aller visiter en prime la superbe collection permanente du musée de Picardie !

Jusepe de Ribera 
(Játiva, 1591 - Naples, 1652)
Le Miracle de saint Donat d'Arezzo
1652. Huile sur toile
Présentée d'abord comme une messe du pape Grégoire le Grand, cette composition, l'une des dernières du maître napolitain, figure en réalité le miracle accompli par saint Donat d'Arezzo. Bousculé par les païens alors qu'il célèbre la messe, l'évêque laisse tomber le calice qui se brise. Il le reconstitue ensuite miraculeusement, suscitant alors la conversion des incroyants.

Nicolas de Largillierre
 (Paris, 1656 - Paris, 1746) 
Portrait d'un magistrat
Vers 171--115
Huile sur toile
La tenue de ce personnage est sans doute celle d'un magistrat, peut-être un avocat ou le conseiller d'un Parlement. Le geste de la main gauche donne éloquence et autorité àa la figure, tandis que la draperie rouge à droite vient éveiller le coloris sévère de ce portrait. Par une fine analyse physique et psychologique, le peintre a su suggérer un savant mélange de dignité et de bonté chez ce personnage anonyme.

Nicolas de Largillierre 
(Paris,1656-Paris,,1746) 
Portrait de femme
Vers 7114-115
Huile sur toile

Avec Rigaud,Largillierre est le grand spécialiste du portrait à Paris à la fin du 17eme siècle et au début du 18eme. Là où le premier peignait le roi, les princes et les courtisans. le second était prisé par la grande bourgeoisie et la noblesse de robe. La coiffure de cette femme anonyme, de même que son vêtement orné d'une fourrure. permet de dater le portrait autour de 1715. Sans faire de concession au réalisme de la physionomie, le peintre a su restituer toute l'intelligence du regard de son modèle.

Jacob Gerritsz Cuyp
(Dordrecht, 1594 - Dordrecht, 1651/1652)
Portrait d'un jeune garçon âgé de cinq ans portant une perruche dit Portrait d'un jeune baron
1630
Huile sur bois
Jacob Gerritsz Cuyp réalise de nombreux portraits d'enfants. Comme il est de coutume à l"époque, ses modèles posent avec raideur, engoncés dans un vêtement encombrant. Le portrait en pied, privilégié au XVlIe siècle, permet aux artistes de multiplier les accessoires; ce portrait revêt ainsi des accents allégoriques : dans les traités d'éducation d'alors, le chien, la perruche et le perroquet incarnent l'amour d'apprendre. Cette œuvre illustre donc bien les principes énoncés par les théoriciens de l'éducation : dès son plus jeune âge, l'enfant doit être soumis à une éducation stricte afin de faire honneur à sa famille. À ce titre les garçons, héritiers du capital familial et garants de la continuité de la lignée, ont plus souvent les honneurs d'un portrait individuel que les filles.

Cercle de Jacob van Oost dit le Vieux
(Bruges, 1603 - Bruges, 1671)
Tête de jeune garçon reqardant une bulle
Vers 1650
Huile sur bois
Ce portrait est probablement moins anecdotique qu'il n'en a l'air. Dans la peinture nordique du XVIle siècle, le thème de la bulle porte en effet une importante charge philosophique : il est utilisé pour évoquer le caractère fragile et éphémère de la vie.

Antoon van Dyck
 (Anvers, 1599 - Londres, 1641).
Tête d'homme de profil, tourné vers la gauche
1615-1616
 Huile sur papier marouflé sur bois 

Jacob Jordaens
(Anvers, 1593 Anvers, 1678) 
Buste de vieillard croisant les mains et se tirant la barbe
Vers 1618-1620
Huile sur bois

Jan Baptist Weenix
Amsterdam, 1621- Vleuten, 1659
Portrait d'une petite fille en bergère
Vers 1650
Huile sur toile
Ce portrait d'enfant, bien qu'il paraisse plus naturel que le portrait de jeune garçon de Jacob Gerritsz Cuyp, est chargé d'autant de svmboles et d'artifices. Vêtue d'un costume de bergère de fantaisie, ceinte d'une couronne de fleurs, la petite fille se veut un modèle d'innocence. Dans la peinture très intellectualisée de la Hollande du XVIle siècle. le chien est fréquemment associé à l'enfant : animal à domestiquer, il est un symbole d'apprentissage et d'éducation. Ce sont surtout les sources d'inspiration picturales qui distinguent les deux tableaux : le voyage que fait Jan Baptist Weenix en Italie entre 1642 et 1646 marque durablement son art et, de retour en Hollande, il prend l'habitude d'intégrer ses figures dans de lumineux paysages italianisants. Ce cadre élégiaque adoucit un portrait par ailleurs grave et énigmatique.

Frans Hals
(Anvers, vers 1581 - Haarlem, 1666)
Portrait du pasteur Herman Langelius
Vers 1660. Huile sur toile
La sévérité qui caractérise le style de fin de carrière de Frans Hals, I'un des portraitistes les plus célèbres du XVlle siècle convient parfaitement à Herman Langelius. Ce prédicateur est alors engagé, à Amsterdam, dans une lutte inlassable contre l'athéisme. La raideur de la silhouette se veut le reflet du caractère implacable du personnage, connu pour user de sa Bible comme d'une arme.

Atelier de Luca Giordano
(Naples, 1632 -Naples, 1705)
Autoportrait en philosophe
Vers 1650-1660
Huile sur toile
Dans cette effigie, Giordano a utilisé les traits de son visage pour se représenter en philosophe, vêtu de guenilles, indifférent aux richesses de ce monde. La phrase inscrite sur le parchemin (< mieux vaut mourir avec ses amis que de vivre parmi ses ennemis >) redouble l'idée de la noble vertu du philosophe. Ce tableau a sans doute été peint par un assistant, d'après une version originale exécutée par Giordano lui-même.

Luca Giordano
(Naples, 1632- Naples, 1705)
Musicien accordant son luth
Vers16550-1660
Huile sur toile
Élève de Ribera, le peintre Giordano reprend pendant la première décennie de sa carrière les grands traits de l'art de son maître : clair-obscur dramatisé, gamme colorée restreinte à des noirs, des blancs et des bruns, traitement réaliste des physionomies. ll y ajoute une forme de truculence et d'humour, bien visible dans ce musicien des rues, à l'air goguenard et vêtu de guenilles.

Jusepe de Ribera (Jativa, 1591- Naples, 1652)
Saint Jean Baptiste dans le désert
Vers 1640-1642 Huile sur toile
Saint Jean Baptiste, celui qui baptise sur les rives du Jourdain, tient dans les bras l'agneau, rappelant les mots prononcés lorsqu'il vit Jésus : < voici l'agneau de Dieu >. Auparavant donnée à l'atelier de Ribera, cette toile, qui s'inscrit dans la tradition caravagesque en représentant le saint sous les traits d'un jeune garçon, se révèle être de la main du maitre.

Simon Vouet (Paris,1590-Paris,1149)
Autoportrait présumé
Vers1622--665
Huile sur toile
De tous les peintres français présents en ltalie au début du XVllesiècle, Simon Vouet est le plus connu et le plus admiré. Arrivé à Rome en 1613, gratifié d'une pension royale en 1617, il semble avoir eu très tôt des dispositions pour le portrait. Même esquissé, cet autoportrait présumé impose une image sensuelle, volontiers frondeuse, d'un jeune artiste alors prometteur.

Jusepe de Ribera 
(Jativa, 1591- Naples, 1652)
Platon
Vers 1630 Huile sur toile
Le Platon de Ribera appartient sans doute à une série de portraits de philosophes autrefois réunie dans les appartements royaux du palais de l'Escorial à Madrid, Le peintre affirme ici la primauté de la pensée sur les apparences : le Livre des idées à la main, les traits marqués par le poids des ans et des doutes, le personnage incarne parfaitement les tourments traversés par I'intellectuel.

Simon Vouet (Paris, 1590- Paris, 1649)
La Madeleine repentante
Vers 1633-1634. 
Huile sur toile 
Pécheresse convertie qui se retire du monde pour faire pénitence, souvent associée à des symboles d'austérité (ici la Croix, la Bible, un crâne), Marie Madeleine illustre la force du sentiment religieux. Peinte par Simon Vouet sous les traits de son épouse italienne, elle n'en reste pas moins une effigie ambiguë, sainte et voluptueuse à la fois, pudique et sensuelle.

Philippe de Champaigne (Bruxelles, 1602 - Paris, 1674)
Moïse et les Tables de la Loi
1663.Huile sur toile
C'est à la fois une image de dévotion intemporelle et un portrait éloquent de Moïse que livre ici Philippe de Champaigne, artiste proche des jansénistes, ces catholiques caractérisés par leur rigorisme spirituel. Conformément à la tradition, le prophète est figuré avec des cornes, rais lumineux en signe de distinction divine.



Les Puys d'Amiens
On nomme Puys d'Amiens les oeuvres offertes tous les ans à la cathédrale par les membres de la confrérie Notre-Dame du Puy. Attestée depuis 1388, cette confrérie rassemblait des notables clercs ou laics pour glorifer la Vierge par des concours de poésie. Le terme de Puy vient du fait que les poètes récitaient leurs compositions sur des estrades appelées puy en français médiéval. Par extension. les tableaux commandés par cette confrérie ont également pris le nom de Puys.
Le 2 février, jour de la Purification de la Vierge et de la chandeleur, se déroulait la fête principale de la confrérie. Le maître de l'année donnait une devise, appelée palinod, servant de refrain au poème et de sujet au tableau commandé pour orner l'autel de la confrérie,. L'artiste choisi devait traduire en image ce palinod et les allégories complexes imaginées pour honorer la Mère de Dieu. L'œuvre était exposée à la cathédrale le jour de Noël et y restait tout au long de l'année, avant d'être remplacée par celle de l'année suivante.
Depuis la fin du XVe siècle, les tableaux étaient tous conservés dans la cathédrale, accrochés aux piliers de l'église, si bien qu'au début du XVlle siècle, plusieurs dizaines de ces cuvres ornaient Notre-Dame. L'évolution du goût fit prendre la décision aux chanoines de vider l'édifice de ces oeuvres en 1723. Seules celles jugées d'une qualité suffisante 
furent conservées dans une chapelle à l'écart. Elles constituent un témoignage historique capital pour I'histoire sociale, culturelle et religieuse de la ville d'Amiens et un vestige artistique majeur de l'art en Picardie du début de la Renaissance à la seconde moitié du XVIIe siècle. Le Musée de Picardie conserve près d'une vingtaine de Puys d'Amiens dont les dates de création s'échelonnent de 1499 à 1666
Mathieu Prieur 
Puy de 1601- Terre d'où prit la vérité naissance
Amiens, 1601. Huile sur panneau. 
Le palinod choisi par Jean de Sachy. maître de la confrérie représenté ici en prière, fait explicitement référence à la naissance du dauphin, le futur roi Louis XIl. survenue le 27 septembre 1601. On voit l'enfant couché dans un berceau couvert d'un drap brodé de motifs héraldiques, accompagné de ses parents Henri IV et Marie de Médicis. Cette naissance rovale fait écho à la naissance divine du Christ. Elle est évoquée par la Vierge à l'Enfant entourée à gauche de personnifications de la Miséricorde et de la Vérité et à droite de celles de la Justice et de la Paix.
On attribue au peintre Mathieu Prieur l'ensemble des Puys conservés entre 1600 et 1618. Un contrat passé entre Louis de Villers. maître de la confrérie Notre-Dame du Puy en 1600 et cet artiste nous donne son nom. Les fortes ressemblances stylistiques du tableau de 1600 avec ces autres Puys permettent de les donner au même artiste. D'autres archives aident à tracer les contours de sa vie et de sa carrière. Né vers 1552 à Amiens, Mathieu Prieur est issu d'une famille de peintres. Il est lui-même reçu maître en 1579. On conserve plusieurs contrats pour des tableaux insérés dans des clôtures de chapelles, comme c'est le cas des Puys présentés ici, mais aussi pour la mise en couieurs de sculptures. Si ses ouvres parvenues jusqu'à nous montrent une connaissance du maniérisme du Nord. sa maîtrise du portrait, qui acquiert une place prépondérante dans les Puys de cette période, en fait un peintre recherché à Amiens au tournant du XVIle siècle. Son inventaire après décès. daté de 1619, mentionne plus de sept cents portraits conservés dans son fonds d'atelier.

Alfred Manessier
Les Hortillons au Printemps
1979
Huile sur tolle
Fasciné par la rencontre de la terre et de l'eau, source inépuisable de formes et de motifs, Alfred Manessier est le grand peintre de la Baie de Somme. Non loin de là, les hortillonnages d'Amiens - une ville dans laquelle il a passé une partie de sa jeunesse - offrent à son regard d'autres paysages inspirants, lumineux et mouvants. Utilisant des teintes originales et des effets inédits sur des toiles de grand format, il transfigure la réalité du paysage représenté pour en offrir une image à la fois abstraite et sensible.
(Saint-Duen, Somme, 1911- Orléans, 1993)

Panayotis Vassilakis dit Takis
(Athènes 1925 - Athènes, 2019)
Signal
1968
Acier, aluminium, électricité

DanielSchlier
(né à Dannemarie, en1960)
Sans titre
1992
Huile sous verre
Outre l'étrangeté du sujet représenté, corps suspendus et personnages fantomatiques, Schlier utilise à dessein une technique picturale ancienne et très délicate afin d'exprimer la précarité de la vie : la peinture sur verre inversé. Selon lui, les fixés sous verre disent la fragilité, le traumatisme, la couleur stridente: "Ils les disent parce que le verre et les peintures sont physiquement fragiles, mais aussi parce que je ne peux pas, pour l'heure, imaginer de peindre dans cette technique, autre chose que des choses traumatiques". Le fixé sous verre implique de peindre à l'envers : l'artiste peint d'abord les détails avant de réaliser le fond. Enfin, l'oeuvre étant présentée par sa face non-peinte, le verre constitue de fait un filtre supplémentaire entre le travail de l'artiste et la lecture qui peut en être faite.


Pablo Picasso
(Malaga, 1881- Mougins, 1973)
Le Peintre et son modèle
1967
Huile sur toile
Entrée dans la vie de Picasso en 1954, Jacqueline Roque devient sa femme en 1961. Cette oe
uvre qui les met tous deux en scène témoigne de la grande liberté picturale qui prévaut à la fin de sa vie. Picasso va désormais à l'essentiel : le peintre et son modèle ne sont plus qu'un homme et une femme se faisant face. Tandis que le corps de la femme, en un savant raccourci anatomique, est juxtaposé à son visage, la tête du peintre est représentée de face et de profil, résurgence du cubisme de l'avant-guerre. Ces déformations sont ici mises au service du regard, celui que les protagonistes s'adressent |'un à l'autre, comme celui que le spectateur pose sur le couple.

Emile Bernard
Lille, 1868- Paris, 1941
La Lutte de I'homme contre la femme. dit aussi Hercule contre les Amazones
1927
Huile sur toile
Cette oeuvre énigmatique est emblématique du retour au classicisme qu'Émile Bernard effectue au début du XX* siécle, apres s'être illustré aux cotés de Gauguin et des Nabis dans les années 1880-1890. Dans une lettre de 1927, Bernard confesse les difficultés qu'il rencontre dans la réalisation de ce tableau. La composition complexe, ou s' enchevètrent les corps dans une lutte sans merci, traduit encore les préoccupations qui avaient été les siennes dans la réalisation du Cycle humain, ensemble de toiles monumentales peintes de 1921 à 1926. Cette scene violete et saturée est exceptionnelle dans son oeeuvre d' ordinaire apaisée. Au -dela du thème de la guerre des sexes, l'artiste, en butte à l'incomprehension de la société, s'incarne dams le héros viril qui affronte I'hostilite d'une maree humaine qui ne manquera pas de l'engoutir,

Pierre-Désiré Guillemet
Lyon,1827- Constantinople,1878)
et Etienne- Antoine-Joseph-Eugène Ronjat (venne, 1822 , 1912)
d'après Théodore Géricault
Rouen, 1791- Paris, 1824
Scène de naufrage dit Le Radeau de la Méduse
1859-1860. Huile sur toile
Cette toile aux proportions monumentales s'inspire d'un épisode tragique de l'histoire de la marine française : le naufrage de la frégate Méduse, au large de l'actuelle Mauritanie, en 1816, et la dérive durant treize jours de 150 rescapés sur un radeau de fortune. Seuls quinze d'entre eux en réchappent : le récit de leur enfer déclenche alors un scandale retentissant. Géricault tire de cet événement un tableau puissant qui devient vite une icône de la peinture contemporaine. Conservée au Louvre, I'œuvre originale se dégrade pourtant très vite en raison des mauvaises techniques utilisées par l'artiste. Afin de conserver le souvenir de l'original en cas d'incident lors de sa restauration, l'Etat commande une copie de sauvegarde à Guillemet et Ronjat, deux éminents peintres et copistes. Très fidèle à l'œuvre originale, la toile est exposée à Amiens dès 1867

Eugène Isabey
(Paris, 1803- Paris, 1886)
Le Mont Saint-Michel
Vers 1850. Huile sur carton LEGSDD 
Eugène lsabey s'éloigna rapidement de la veine miniaturiste adoptée par son père, Jean-Baptiste Isabey, exposant dès le Salon de 1824 des paysages d'un style très personnel.

Petrus van Schendel 
(Terheyden, 1806- Bruxelles,1870)
Sainte Marie-Madeleine en prière
1846
Huile sur bois
Formé à l'Académie royale des beaux-arts d'Anvers, connu comme portraitiste, Petrus van Schendel s'est fait une spécialité de ces scènes nocturnes éclairées par des lampes ou des bougies. Le puissant clair-obscur qui en résulte s'inscrit dans une tradition flamande et hollandaise du XVlle siècle: il sert ici le mystère de Marie- Madeleine, pécheresse repentie qui inspira de nombreux peintres au fl des siècles.

Paul Baudry
(La Roche-sur-Yon, 1828- Paris, 1886)
Saint Jean Baptiste
1857. Huile sur toile
Prix de Rome en 1850, Paul Baudry jouit d'une belle notoriété lorsqu'il rentre de son séjour italien six ans plus tard : Napoléon ll lui achète à un prix élevé cette représentation douce et suave de saint Jean Baptiste enfant. Baudry s'y montre influencé à la fois par les maîtres italiens anciens et par Murillo, peintre espagnol du XVlle siècle ayant déjà traité le sujet avec la même candeur réaliste.

Jules-Joseph Lefebvre
(Tournan, 1834- Paris, 1912)
La Rieuse (Italienne)
1876
Huile sur toile
Prix de Rome en 1861, Jules Lefebvre reste durant toute sa carrière profondément marqué par ce voyage initiatique. En plus du goût pour un certain folklore, partagé par la plupart des peintres de l'époque. ce portrait témoigne d'une veine légère et piquante chez un artiste également connu pour ses peintures d'histoire.

Charles Philippe Larivière
Paris, 1798 - Paris, 1876 Portrait d'une jeune Italienne
1829
Huile sur toile
Larivière, le beau-père d'Albert Maignan, remporte le grand prix de Rome en 1824 et réside à la villa Médicis jusqu'en 1830. Durant ce séjour, il peint notamment de très belles études de tête en faisant poser des modèles issus du petit peuple de Rome. Leur beauté noble et classique évoquait aux jeunes artistes la statuaire antique. On le devine dans les traits réguliers du visage de cette jeune fille ou se devine également une expression farouche et distante.

Versailles : les chasses exotiques de Louis XV 1735-1739
À partir de 1722, Louis XV fait aménager à Versailles de petits appartements où il aime à se retirer ou convier son entourage proche, Située au deuxième étage du château, cette Petite Galerie reçoit un décor soigné et, en 1735, six des plus prestigieux peintres du XVIlle siècle sont sollicités pour exécuter un tableau dont le suiet serait la chasse d'un animal exotique. Soulignés par leurs belles bordures en bois sculpté et doré attribuées à l'atelier de Jacques Verberckt, les tableaux constituent l'ornement principal de la Petite Galerie. Dès 1738. deux nouvelles toiles sont commandées en raison de l'agrandissement de la galerie : quatre tableaux sont présentés sur le mur sud, entre les ébrasements des fenêtres, les quatre autres s'inscrivant entre des glaces sur le mur nord. En 1739, le décor connait une ultime modification : La Chasse chinoise de Pater est retirée de l'accrochage et remplacée par La Chasse au crocodile peinte par Boucher. Peu habitués à ce type de sujet, les artistes ont multiplié les études préparatoires et, avant de peindre leurs tableaux, ont soumis des esquisses peintes à l'approbation du roi, grand amateur de chasse. Obéissant à la curiosité du souverain pour les spécimens rares, cette commande à caractère exotique demeure exceptionnelle.

Jean-François de Troy 
(Paris,1679 -Rome, 1752)
La Chasse au lion
1735
Huile sur toile
Artiste et courtisan habile, Jean-François de Troy s'impose ici moins par sa volonté d'exactitude que par |'aspect décoratif de sa brillante composition. Le recours aux détails pittoresques se fait donc au détriment de la tension de l'action : l'artiste se montre, en effet, peu à l'aise dans la description du fauve, qu'il connaît seulement par des gravures du XVlle siècle.

Francois Boucher 
(Paris,1703- Paris, 1770)
La Chasse au crocodile
1739. Huile sur toile
Cette toile témoigne d'une ultime étape dans l'élaboration du décor de la Petite Galerie. Pour donner au cycle une parfaite cohérence, Boucher reçoit cette commande pour remplacer La Chasse chinoise de Pater, jugée trop différente des autres épisodes cynégétiques. L'artiste s'impose à nouveau par une composition brillante et dense, dont la fantaisie émane davantage de son imagination que de la nature elle-même.

Francois Boucher (Paris,1703- Paris, 1770)
La Chasse au léopard (détail)
1736. Huile sur toile
Souffle dramatique et brio caractérisent la toile de Boucher, alors en pleine possession de son métier de peintre. Comme exigée par la commande, la scène principale s'inscrit au premier plan de la composition, à l'avant d'un paysage exotique. Elle comprend surtout le curieux détail des boules de verre utilisées pour chasser le léopard, inspiré à l'artiste par deux gravures (1731) d'après Charles Parrocel.

Domenikos Theotokopoulos, dit El Greco (Candie, île de Crête, 1541- Tolède, 1614)
Portrait d'homme
Vers1600
Huile sur toile
Les portraits constituent une part importante de l'activité du Crétois El Greco, installé en Espagne après plusieurs années d'activité en Italie. ll offre aux nobles Castillans des portraits d'une puissante intensité psychologique, dont la forme classique, austère et précise, exalte encore davantage la dignité de leur haute naissance.

André-Marcel Baschet 
(Gagny, 1862- Paris, 1941) 
La Femme au chien
1903
Huile sur toile
Élève de Jules Lefebvre et lauréat du Prix de Rome de 1883, Marcel Baschet est un portraitiste fameux de la fin du XIXe siècle et du début du xxe siècle. Il peint notamment le portrait de Claude Debussy, son camarade à la Villa Médicis, ou encore ceux de Georges Clemenceau, Henri Rochefort, Raymond Poincaré ou du maréchal Foch. Cette magnifique Femme au chien n'est quant à elle pas un portrait mais une figure de fantaisie, vêtue d`une robe élégante inspirée de la Renaissance.

Francis Tattegrain
(Péronne,1852- Arras, 1915)
Pêcheur à la foène dans la Baie d'Authie
1890 
Huile sur toile
Fuvant la plage de Berck-sur- Mer investie par les vacanciers, Tattegrain trouve refuge au sud en Baie d'Authie où il observe inlassablement les pratiques locales. Sur les côtes basses et sablonnées, les pêcheurs à la foène détectent les protubérances du sable lorsque le flot s'est retiré. indiquant qu'un poisson s'est ensablé. Peint à taille réelle, le pêcheur est ici attelé à une tâche délicate qui consiste à saisir l'aiguille au- dessous de la tête du poisson pour le retirer de la foène, ce harpon à plusieur branches pointues et barbelées servant à capturer les poissons plats. Comme beaucoup d'oeuvres du peintre, ce portrait grandeur nature se caractérise par un grand souci du détail et par la dignité du personnage, malgré la pénibilité de son quotidien. Tattegrain a réalisé de nombreuses études préparatoires à ce tableau et en a produit des répliques dans différents formats.


Francis Tattegrain
(Péronne, 1852- Arras,1915)
Les Deuillants, à Étaples
1883
Huile sur toile
Mus par une douleur contenue, les proches du pêcheur mort en mer - les deuillants du titre - sont les véritables sujets du tableau : l
a femme porte la croix processionnelle tandis que son fils tient à la main un rameau de buis bénit. En quelques signes, Tattegrain signifte ainsi la place de la religion dans la vie de ces hommes et de ces femmes, constamment menacés par l'impétuosité des éléments. Leur environnement est ici figuré avec acuité :le ciel sombre et la mer brune disent la tempête, le drame, la fatalité. Pour I'une de ses premières participations au Salon, Tattegrain obtient avec cette toile monumentale une médaille de deuxième classe.


Jules Lefebvre
(Tournan-en-Brie, 1834- Paris, 1912)
Portrait de Maurice Lefebvre
1888 huile sur toile
De son fils Maurice (1885-1911), Jules Lefebvre nous a laisse un portrait atypique dans sa production. La pose amusante de enfant, désinvolte et très étudiée à la fois, traduit l'évidente tendresse qui liait le peintre à son modele. Adulte, Maurice devint ensuite un sculpteur de talent

Albert Décamps 
(Allery, Somme, 1861- Allery, Somme, 1908)
Une Paysanne picarde
1889. Huile sur toile
Issu d'un milieu modeste, Albert Décamps bénéficie d'abord des conseils du peintre anglais Harry Thompson, qui aimait s'inspirer de la campagne picarde, avant de devenir l'élève puis le gendre d'Antoine Vollon. S'inscrivant dans le courant naturaliste propre à la fin du XIX* siècle, Décamps tire ses sujets de son quotidien et peint avec réalisme ses propres concitoyens, paysans ou ouvriers tisserands.

Jules Boquet
Amiens, 1840 - Ferrières, 1931)
Vieille picarde (épluchant des pommes de terre,
Non daté. Huile sur toile
Natif d'Amiens, Jules Boquet s'installe ensuite dans le village de Ferrières ou les habitants lui servent de modèles. Dans tout son oeuvre, il dépeint l'âpre réalité du monde rustique et exalte avec délicatesse la force de la terre picarde et de ses travailleurs. On connalt ici l'identité de cette vieille femme épluchant des pommes de terre : il s"agit d'une dénommée Sidonie Réthoré.

Jules Boquet
(Amiens, 1840 Ferrières, 1931)
Bonnes nouvelles
1905. Huile sur toile
Jules Boquet, qui résidait chaque été dans le village de Ferrières à quelques kilomètres d'Amiens, se plaisait à peindre la vie humble des paysans picards, dont il avait su gagner la sympathie. Dans cet intérieur rustique décrit avec précision, le peintre met en scène deux jeunes filles : l'une lit une lettre que l'autre écoute, dans une pose rêveuse et joyeuse. Son auteur est probablement l'être aimé.

Jules Boquet (Amiens, 1840- Ferrières, 1931)
Pour la Procession
1896
Huile sur toil
Peintre des enfants choyés, Boquet s'intéressa aussi au sort des plus déshérités, qu'il côtoya souvent à l'hospice Saint- Charles d'Amiens où cette scène se déroule sans doute. À la misère s'oppose ici la bienfaisance : incarnant cette morale constamment célébrée par l'artiste, une soeur de la Charite ajuste l'aube d'une orpheline en vue d'une procession.

Anonyme, Hollande
Portrait de fillette avec un mouton
Vers 1650-1660 Huile sur bois
Attribué pendant longtemps à Albert Cuyp, ce portrait illustre un type de représentation très en vogue dans la Hollande du xviisiècle. Synonymes d'innocence, agneau et mouton étaient alors souvent convoqués aux côtés de l'enfant dans ce type de portrait pastoral.

Auguste Jules Charles Carvin 
(Sir-Le-Noble [Nord), 1868 - Amiens, 1949)
Pâques au buis (Picardie),
1907 Pierre calcaire
Auguste Carvin ne déroge pas son repertoire de figures réalistes, anonymes et modestes, Par l'évocation du Dimanche des Rameaux, il érige cettre femme humble au physique marqué par une vie de peines en être quasi mystique. On peut y lire un neuvel hommage, monumental autant que poignant, à ce milieu social modeste dont il était onginaire.

Michel Paysant 
(né à Bouzonville - Moselle en 1955)
Le Dormeur
2013. Polyester, résine, marbre 
Commandée par le Musée de Picardie, cette oeuvre fait ouvertement rétérence à d'autres sculptures de la collection amiénoise. D'abord intitulé Gisant, par analogie aux gisants médiévaux, ce dormeur, homme exilé ou sans domicile fixe, fait également écho au groupe sculpté par Democrito Gandolfi, La Femme voilée, dont Michel Paysant s'est librement inspiré. L'oeuvre est par ailleurs une forme d'autoportrait : les mains et le visage ont été moulés sur l'artiste dans les ateliers du musée Grévin réputés dans l'exercice de cette technique, et le corps a été réalisé grâce à la technique du prototypage 3D.

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