La mer est ton miroir à l'abbaye Saint-Germain d'Auxerre en août 2026
Encore une exposition intello proposée par le Centre Georges Pompidou dans cette institution d'Auxerre dédiée à l'art contemporain.
LA MER EST TON MIROIR 20.06->01.11.26
" Les profondeurs sous-marines étaient d'un rouge comme celui que maintenant nous ne voyons nulle part ailleurs que dans l'intérieur de nos paupières. "
Italo Calvino, Temps zéro (1967)
En écho au titre de cette exposition, extrait du poème " L'Homme et la Mer" de Charles Baudelaire (1821-1867), regarder la mer en miroir. c'est méditer sur notre existence et prendre conscience de la puissance de la nature.
Maioritairement issues de la collection du Centre Pompidou. les œuvres modernes et contemporaines qui jalonnent le lieu historique de l'Abbave Saint-Germain nous invitent à plonger dans les univers à la fois mystérieux, magiques et poétiques que leur inspirent la surface et les profondeurs de l'eau. Insaisissable, la mer invite à la rêverie. Calme ou violente, elle nous porte autant qu'elle nous résiste ou nous submerge. Son exploration revient à voyager en nous-mêmes.
L'HOMME ET LA MER
Homme libre, toujours tu chériras la mer ! La mer est ton miroir : tu contemples ton âme Dans le déroulement infini de sa lame, Et ton esprit n'est pas un gouffre moins amer.
Tu te plais à plonger au sein de ton image ; Tu l'embrasses des veux et des bras, et ton cœur Se distrait quelquefois de sa propre rumeur Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.
Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets: Homme. nul n'a sondé le fond de tes abîmes; O mer, nul ne connaît tes richesses intimes, Tant vous êtes ialoux de garder vos secrets
Et cependant voilà des siècles innombrables Oue vous vous combattez sans pitié ni remord Tellement vous aimez le carnage et la mort ○ lutteurs éternels, ô frères implacables!
Charles Baudelaire (1821 - 1867)
RONAN & ERWAN BOUROULLEC
Algues [Algae] 2004
Panneau décoratif en polypropylène
Créés en 2004 par les designers Ronan et Erwan Bouroullec, ces objets de design modulables et flexibles, sont inspirés des formes d'algues marines. Organismes photosynthétiques vivant principalement dans des milieux aquatiques, les algues ne possèdent ni racines, ni feuilles, ni fleurs, ni vaisseaux. Elles constituent une part essentielle de la biodiversité marine et terrestre, servant de base aux chaînes alimentaires et produisant une grande partie de l'oxygène de la planète.
Détournés par les artistes pour envahir nos intérieurs et devenir des décorations murales ou des rideaux pour obscurcir et séparer l'espace, ces éléments forment ici un ensemble hybride qui 'nvite à la déambulation et à la rêverie.

PETER DOIG
Canoe-Island 2000
Sérigraphie sur papier
Don de l'artiste et de la Victoria Miro Gallery en 2003
La dérive dans un espace infini constitue l'un des thèmes maieurs du peintre Peter Doig. Né en Écosse en 1959, il grandit à Trinidad et au Canada puis se forme à Londres. Son œuvre se nourrit ainsi par le déplacement, la mémoire et l'expérience vécue.
Peter Doig est aujourd hui reconnu comme l'un des peintres les plus inventifs de sa génération. À partir de sources visuelles multiples (photographies, pochettes de disques, cinéma, souvenirs personnels), Doig compose des images < mentales > plutôt que descriptives. Dans cette œuvre-ci, sa source est une photographie d'une prison insulaire au large de Trinidad qui évoque le fameux tableau Lile des morts (1880-1886) du peintre suisse Arnold Böcklin (1827-1901). La figure solitaire lui est inspirée par le portrait du bassiste Berry Oakley du groupe de rock américain The Allman Brothers Band. Installé dans un immense canoë rouge dérivant sur une mer sombre sous un ciel incandescent, le personnage semble suspendu hors du temps. L'atmosphère inquiétante fait référence à l'image de la scène finale du film d'horreur Vendredi13.
Le peintre a repris ce même motif dans la peinture 100 years ago [100 ans auparavant] qui se trouve également dans la collection du Musée national d'art moderne, Centre Pompidou, Paris. Fasciné par les paysages vastes et indéfinis, Doig explore la relation fragile entre l'être humain et la nature. Par un travail subtil de la matière, des couleurs et des effets optiques, il crée des images ouvertes, laissant au spectateur la liberté d'y projeter sa propre expérience émotionnelle. Pour lui, il s'agit de créer < un espace pour les souvenirs qui s'enracinent dans le réel >.

GENARO STROBEL
Wasser [Eau/Water] 2022
Gravure sur bois au laser
Collection de l'artiste
L'eau a toujours constitué un défi majeur pour les artistes, tant sa nature fluide, réfléchissante et changeante défie toute tentative de représentation fixe. La techniaue de Genaro Strobel permet de bousculer ce que l'on croit connaitre de la texture de l'eau. À travers un travail minutieux, il cherche à atteindre la reproduction la plus fidèle de cette matière et à rendre palpable l'invisible.
Né en 1984 à Francfort-sur-le-Main (Allemagne), Genaro Strobel est peintre, dessinateur et graveur. Pendant ses études à l'École des Beaux-Arts de Berlin-Weissensee puis à l'Académie des Beaux-Arts de Leipzig, il invente, dès 2010, un procédé pour la gravure sur bois. Ce processus débute par des photo- graphies retravaillées numériquement, qui sont ensuite transposées en gravures sur bois à l'aide de lasers de haute précision.
Le grain naturel du bois n'est jamais dissimulé : il devient un élément constitutif de l'image, comme une trace du souvenir de l'intervention humaine dans la nature. A cette base technologique s'ajoutent des interventions picturales manuelles, faites de coups de pinceau et de larges aplats colorés, qui introduisent une dimension onirique.

ROBERT DELAUNAY
La Mer [The Sea] 1905
Huile sur toile
Donation de Sonla Delaunay et Charles Delaunay en 1964
Robert Delaunay (1885-1941) occupe une place centrale dans l'émergence des avant-gardes abstraites du début du 20 siècle. Dès 191, avec son épouse l'artiste Sonia Delaunay. ils élaborent un langage pictural fondé sur une esthétique basée sur l'expression de la lumière, le rythme et la vibration des couleurs en interaction. avec le courant, nomme < orphisme > par le poète et critigue d'art Guillaume Apollinaire, exalte les phénomènes lumineux et affirme l'autonomie de la couleur, concue comme seule structure du tableau. Les séries des Disques et des Formes circulalres (1912-1913) constituent les premières manifestations abouties de cette pensée, nourrie par l'observation directe des effets rétiniens produits par le soleil et la lune.
La Mer (1905), œuvre de jeunesse du peintre présentée au Salon des Indépendants de 1906, témoigne de l'ancrage postimpressionniste de Delaunay, marqué par son admiration pour Claude Monet et son intérêt pour le japonisme.
Inspirée de son séjour à Penmarch, en Bretagne, la composition adopte une vue plongeante qui concentre le regard sur le mouvement des vagues. Par des touches épaisses organisées en cercles de couleurs vibrantes, la surface marine devient un champ d'expérimentation perceptive. Bien que figurative, l'œuvre annonce déja la dissolution des formes au profit de la lumière et de la couleur, prémices de l'esthétique orphique.
Selon son ami Robert Lotiron, Robert Delaunay aurait été passionné par la lecture des œuvres de Charles Baudelaire. On peut imaginer qu'il connaissait le poème L'Homme et la mer.

ADEL ABDESSEMED
The sea [La Mer] 2008
Durée : 10 secondes, en boucle Don de l'artiste en 2021 Centre Pompidou, Paris Musée national d'art moderne Centre de création industrielle AM 2022-
The Sea [La Merl est une vidéo dans laquelle Adel Abdessemed se tient face à l'océan, agenouillé sur une planche de bois brut instable. Soumise aux mouvements des vagues, cette surface précaire met en jeu l'équilibre physique et symbolique de l'artiste. Tout en luttant pour rester en place, l'artiste tente d'écrire "Politically Correct" (politiquement correct). Son geste, sans cesse menacé par la chute, interroge à la fois le rôle de l'artiste, la fragilité des discours politiques et les conditions mêmes de la survie.
Né en 1971, Adel Abdessemed quitte son pays natal, l'Algérie, en 1994 pour s'installer en France. Ce départ, il le revendique comme un acte profondément politique. Pour l'artiste, l'exil n'est pas une fuite mais une nécessité vitale : "Quand il n'y a pas de paix chez soi, il faut partir ailleurs, sinon l'ame meurt." Son œuvre se construit dans cette tension permanente entre survie, résistance et création, conçues comme des movens d'agir sur le monde.
Mobilisant une grande diversité de médiums (vidéo, photographie, sculpture, dessin ou performance). Adel Abdessemed développe un langage artistique marqué par une intensité brute et une violence assumée. Comme l'a décrit son confrère, l'artiste Jannis Kounellis (1936-2017) : " Adel Abdessemed nous montre, avec maturité et la violence nécessaire, que son univers culturel, fier et intègre, constitue une alternative à la tendance actuelle de la standardisation. Ses oeuvres nous confrontent à des situations extrômes, faisant écho aux échecs des politiques migratoires, aux expériences de l'exil, du déplacement et de la vulnérabilité des corps.

KORAKRIT ARUNANONDCHA
Workshop for Peace /Oceans of Trauma, Rivers of Dried Up Hopes and Dreams = The Joy of Being Human-Being [Atelier pour la paix/ Océans de trauma, rivières d'espoirs et de rêves asséchés = La joie d'être un être humain] 2018
Arglle, verre, silicone, racines, fleurs, champignons, écorces d'orange et de durlan, coquilles de palourdes, de homards et d'huitres, Plexiglas, LED
"Ma pratique artistique se développe un peu comme un organisme vivant." Korakrit Arunanondchai
L'artiste Korakrit Arunanondchai, né en 1986, vit et travaille entre Bangkok Thalande) et New York (États-Unis) où il a étudié l'art à la Rhode sland School et à l'université Columbia. Son oeuvre explore les llens complexes entre nature, technologie, spiritualité et politique, en interrogeant les récits contemporains et leurs conséquences à long terme.
Dans cette sculpture créée en 2018, Arunanondchai met en scène une vision critique de l'avenir à travers une maquette en argile du siège moderniste de l'Organisation des Nations Unies à New York dont l'aspect vétuste suggère un monde en déclin. Enfermée dans un cube de Plexiglas qui évoque un aquarium baigné d'une lumière artificielle, la structure semble menacée d'effondrement sous le poids d'un poisson géant : un régalec. Le visage de l'artiste est visible sur le corps de l'animal. Une faune et une flore sous-marines, à la fois envoûtantes et envahies par des déchets, se laissent deviner à travers cet enchevétrement de végétaux desséchés, de câbles et de formes en verre. Cette accumulation d'éléments organiques et technologiques met en scène une nature devenue incontrolable, reprenant possession d'une architecture symbole de l'ordre international et du maintien de la paix. L'œuvre propose ainsi une réflexion sur la fragilité des institutions humaines face aux bouleversements écologiques et politiques, et sur la responsabilité des sociétés actuelles envers les générations futures.

L'ETOILE DE MER
Les dents des femmes sont des objets si charmants ... qu'on ne devrait les voir qu'en rêve ou à l'instant de l'amour.
Si belle ! Cvbèle ? .
Nous sommes à jamais perdus dans le désert de l'éternèbre.
Qu'elle est belle
"Apres tout"
Si les fleurs étaient en verre
" Belle. belle comme une fleur de verre
" Belle comme une fleur de chair "
Il faut battre les morts quand ils sont froids.
Les murs de la Santé.
Et si tu trouves sur cette terre une femme à l'amour sincère
" Belle comme une fleur de feu "
Le soleil, un pied à l'étrier, niche un rossignol dans un voile de crêpe.
Vous ne rêvez pas
Ou'elle était belle
Qu'elle est belle.
Robert Desnos. 1928

Film expérimental de Man Ray

HICHAM BERRADA
Présage 05/05/2024 Vidéo :12 minutes et 58 secondos Collection de l'artiste
Galerle Kamnel Men
Cette oeuvre de l'artiste franco-marocain Hicham Berrada (né en 1986) est issue de la série Présages. Elle montre un paysage aquatique aux allures de rêve, né de réactions chimiques. Des microcosmes fermés se forment à partir de minéraux plongés dans des solutions aqueuses. En mélangeant divers éléments, l'artlste obtient une grande variété de couleurs, de formes et de textures, tout en laissant les phénomènes naturels se développer librement, comme dans un véritable milieu sous-marin.
"Présages évolue au fil des années. Je choisis simplement un bocal de dix centimètres de diamètre, toujours vide au début, un peu comme une pierre brute ou un tableau blanc,: sur lequel je vais pourvoir faire naftre une image, uniquement par la connaissance du monde physique. L'expérimentation scientifique est pour moi un outil, c'est une méthode de travalil. Noter tous les paramètres, température, viscosité, chaleur, froid, humidité, etc., et puis adapter un paramètre à la fois pour voir comment cela aglt sur l'évolution de l'expérience. J'observe, je m'occupe des enregistrements des donnée.. Comme un suivi d'expériences. Pour moi, cela se rapproche du travail du sculpteur. C'est une facon de pouvoir sculpter le réel, sans passer par lamain sur la matière. C'est une facon indirecte de sculpter le réel par des forces naturelles qu'on peut contrôler. " Hicham Berrada
Broullant la frontière entre la création, l'imagination et le réel, Hicham Berrada invente avec cette série d'œuvres une nouvelle façon de considérer l'essence et le merveilleux du milieu aquatique. L'oeuvre invite à méditer sur la vie sous toutes ses formes.

NERI OXMAN
"Leviathan ?" Série des torses 2012
Impression 3D (polymères)

NERI OXMAN
La Rémora . Sérle pelvienne 2012
Ces deux œuvres sont issues des Imaginary Beings (Etres imaginaires), une série de dix-hult objets de design réalisée par Neri Oxman. Cet ensemble s'inspire du Livre des étres imaginaires, "un manuel de zoologie fantastique" écrit en 1957 par l"écrivain argentin Jorge Luis Borges,.
Née en 1976 à Haïfa, I'architecte et designer israélo-américaine, directrice fondatrice du Mediated Matter Group au MIT Media Lab aux États-Unis, a développé non seulement de nouvelles façons d'appréhender les matérlaux, les objets, les bâtiments et Ies méthodes de construction, mais aussi de nouveaux cadres pour des collaborations interdisciplinaires, voire inter-espèces. Son approche pionnière, qu'elle qualifie d' "écologie des matériaux ", associe la science des matériaux, les technologies de fabrication numérique et le design organique afin de créer de nouvelles possibilités pour l'avenir.
A l'image de ces figures hybrides présentées ici, Oxman crée des formes qui modifient et transforment la nature, en questionnant l'avenir du corps et de l'environnement humains. Ses œuvres s'inspirent des capacités du corps animal, qu'il soit réel, comme celui du rémora, ou mythique, comme celui du Léviathan Et si une biologie mêlée à la technologie pouvait donner aux humains des pouvoirs nouveaux, comme celui de respirer sous l'eau?

JANAINA TSCHAPE
Blood, Sea [Le Sang, la mer] 2004
Installation vidéo Durée :13 minutes 48 secondes Don de la Société des Amis du Musée national d'art moderne, Projet pour l'art contemporain
Inspirée de la partie intitulée "Le Sang, la mer", du récit Temps zéro (1967) de l"écrivain Italo Calvino, l'installation vidéo homonyme de l'artiste germano-brésilienne Janaina Tschäpe plonge le spectateur dans un univers magique, organique et coloré. On y suit l'évolution d'une créature mi-femme, mi-sirène, enveloppée d'une robe dont les pans et rubans ondulent à la manière d'algues ou d'animaux marins. L'installation se réfère au candomblé, une religion afro-brésilienne, et plus spécifiquement au culte de la déesse des eaux lemanjá Connue aussi sous le nom de Dona Janaina, comme le prénom de l'artiste, lemanjá est une des divinités (orixás) du panthéon candomblé.
L'œuvre de Janaina Tschäpe propose ainsi une méditation poétique sur l'origine de la vie, le corps et la circulation des fluides vitaux dans l'univers et en nous-mêmes, comme évoqué par Italo Calvino : " Les conditions qui prévalaient lorsque la vie n'était pas encore sortie des océans n'ont pas beaucoup changé par la suite pour les cellules du corps humain, baignées par la vague primordiale qui continue de couler dans les artères. Notre sang a en effet une composition chimique analogue à celle de la mer de nos origines, d'où les premières cellules vivantes et les premiers êtres multicellulaires ont tiré l'oxygène et les autres éléments nécessaires à la vie. [] La mer dans laquelle les créatures vivantes étaient autrefois immergées est désormais enfermée dans leur corps.>
(Italo Calvino,
Temps zéro, [1967], traduit de l'italien par Jean Thibodeau, Paris : Éditions du Seuil, 1970, p. 43)
Née en 1973, Janaina Tschäpe a étudié à l'École supérieure des Beaux-Arts de Hambourg (Allemagne) et à la School of Visual Arts de New York (Etats-Unis), ou elle vit et travaille aujourd' hui. Son œuvre multidisciplinaire explore notamment la vie aquatique, végétale et humaine, creant des images oniriques qui brouillent les frontiëres entre réalite et illusion.

DOVE ALLOUCHE
Au solell de la mer Noire 2010
Mine graphite et encre sur papier Donation de la Collection Florence et Daniel Guerlain
Les œuvres de Dove Allouche prennent souvent pour point de départ l'observation du réel et l'étude de phénomènes naturels (les mouvements de l'air, le rythme des vagues, la géologie..., qu'il aborde avec une approche à la fois sensible et conceptuelle. Inscrivant sa démarche dans un dialogue étroit avec les sciences physiques, il s'attache à révéler l'existence de processus biologiques "invisibles" pour montrer leur beauté étrange et abstraite. Les images qu'il produit mettent en tension l'énergie presque organique de la matière et une temporalité étendue, parfois imperceptible. Pour cela, l'artiste travaille aussi bien le dessin, la gravure et la photographie, sans jamais se fixer entièrement dans I'un ou l'autre de ces médiums.
Dans son dessin à la précision photographique intitulé Au soleil de la mer Noire, il explore ainsi l'apparition même de l'image à travers le médium, la mine de graphite et l'encre. L'artiste nous invite à contempler un processus lent et méditatif, où matière, lumière et temps se conjuguent pour révéler l'image à venir.
Né en 1972, Dove Allouche vit et travaille à Paris. Artiste de renommée internationale, il dirige notamment un atelier à l'École nationale supėrieure des Beaux-Arts de Paris.

JEAN PAINLEVÉ
La Pieuvre 1928
Film 35 mm, noir et blanc et teint, muet Duree:13 minutes Les Documents cinématographiques/ Archives Jean Painlevé
Présenté le 14 décembre 1928 lors de l'inauguration du Studio Diamant, La Pieuvre est le premier a film biologique grand public réalisé par Jean Painlevé. Le choix de ce céphalopode s'impose naturellement. tant l'animal fascine le cinéaste depuis l'enfance et oriente très tôt son intérêt pour la zoologie.
Dès sa première projection, le film suscite l'enthousiasme du public et de la critique, qui saluent sa capacité à révéler, par I'image animée, un monde à la fois scientifique et poétique. S'inscrivant dans une tradition déjà établie du cinéma animalier, le film en reprend les codes : observation naturaliste, alternance de prises de vue en milieu naturel et en aquarium, présentation des caractéristiques physiques de l'animal et mises en scène de combats.
Toutefois, certains plans teintés et situations insolites annoncent ce que l'on qualifiera plus tard de " surréalisme zoologique ", marque distinctive de l'œuvre de Painlevé. Ainsi, dès les premières scènes, on peut voir une pieuvre chevauchant une poupée, probable réminiscence de la pieuvre géante du roman Les Travailleurs de la mer (1866) de Victor Hugo ou encore de la transformation en poulpe du héros éponyme du poème en prose Les Chants de Maldoror (1868-1869) de Lautréamont. Plus loin, un poulpe tombant d'un arbre avant d'atterrir sur un crâne humain semble rappeler un passage du poème épique Les Halieutiques d'Oppien de Corycos (lle siècle) Le poète grec y relate le prétendu amour que porteraient les poulpes aux oliviers et leur capacite à grimper aux arbres.

SHIMABUKU
Attraper une pieuvre avec des poteries faites soi-même 2003
Né en 1969 à Kobe, au Japon, Shimabuku est un artiste dont la pratique est marquée par le vovage et la rencontre. Après des études à Osaka puis à San Francisco, il parcourt de nombreux ports à travers le monde, au Japon, au Brésil, en France, aux Pays-Bas et aux Etats-Unis. Ses œuvres sont souvent accompagnées du récit de leur conception, révélant l'importance du hasard et de l'imprévu dans son processus artistique. Elles évoluent au fil des situations vécues et mettent fréquemment en scène des animaux, qui deviennent les protagonistes de récits à la fois simples et singuliers. La pieuvre, figure récurrente de son travail, apparaît dans différentes situations imaginées par l'artiste, mêlant observation, humour et poésie.
L'oeuvre "Attraper une pieuvre avec des poteries faltes soi-même" (2003) associe une vidéo, un dessin et un texte de l'artiste à un ensemble de céramiques réalisées dans le cadre d'une résidence en Italie avec un artisan local. En partant attraper des pieuvres à l'aide de ces poteries au large d'Albisola, Shimabuku réactive une pratique traditionnelle tout en créant un lien symbolique avec sa ville natale de Kobe.

RICHARD STANKIEWICZ
Plongée au fond de l"océan 1958
Métaux de récupération soudés Acquisition du Service de la création artıstique
Richard Stankiewicz (1922-1983) est né à Philadelphie, aux États-Unis, de parents polonais. Après la mort de son père, il s'installe à Détroit avec sa mère et commence à peindre, avant de s'engager dans la United States Navy en 1941. À partir de 1947, il étudie la peinture à New York auprès de Hans Hofmann (1880-1966), artiste allemand qui connait parfaitement la scène artistique parisienne des années 1930 pour y avoir été un assistant de Robert Delaunay. Quand Stankiewicz part à son tour faire un séjour à Paris en 1950 et 1951, il y découvre la pratique de la sculpture et fréquente successivement les ateliers de Fernand Léger et d'Ossip Zadkine. Renonçant au modelage, il réalise des sculptures à partir d'armatures en fil de fer évoquant des formes organiques, proches de l'insecte, avant de se consacrer pleinement à la sculpture à son retour à New York.
En 1951, la découverte fortuite d'un déchet de métal rouillé marque un tournant décisif dans son travail. Stankiewicz intègre alors des fragments de machines usagées à ses assemblages, donnant naissance à des figures rongées par la corrosion. Inscrite dans le courant de la < junk sculpture > (sculpture du déchet), l'œuvre de Stankiewicz cherche à préserver l'identité du matériau rejeté pour lui conférer une dimension poétique. Sa sculpture Plongée au fond de l'océan, qui représente une sorte d'épave de sous-marin, illustre parfaitement cette tension entre le prosaïque et le fantastique qui caractérise la production de Stankiewicz. Elle évoque à la fois son expérience dans I'US Navy, l'univers du roman d'aventure et la pollution marine.

JOHN GERRARD
Petro National #16 (Nigeria) 2022
Producteur:Werer Poetzelbarger Développeur/ programmeur : Helmut Bressler - NFT (programme informatique sur la chaine de blocs Exemplaire n° 16 sur 196 exemplaires uniques
Né en 1974 à Dublin (Irlande) John Gerrard, figure maieure de l'art actuel, explore l'univers des mondes simulés et virtuels. Ses œuvres, semblables à des films ou des vidéos, sont en fait générées en temps réel par des images de synthèse, technologie issue de l'armée et largement utilisée dans I'industrie du jeu vidéo.
Le projet Petro National rassemble 196 œuvres représentant chacune un pays sous la forme d'une tache de pétrole évoluant à la surface de ľocéan. Gerrard a developpé un algorithme reproduisant la réfraction de la lumière sur ces surfaces huileuses, dont l'épaisseur est déterminée par la consommation annuelle de pétrole de chaque Etat.
L'œuvre propose une réflexion écologique et géopolitique sur la répartition des richesses et du pouvoir. Depuis son lancement, 25% des bénéfices liés à la vente des pièces sont reversés à une organisation luttant contre le changement climatique. Ainsi il intègre un engagement environnemental à la dimension artistique et technologique du projet.

GILLES AILLAUD
Les Pingouins 1974
Imprimeur : Atelier Bellini Lithographie sur paplier vélin de Rives Tirage :100/120 Issu de l'ensemble Huit définitions du réel, portfolio de 21 éléments dont 8 planches dans un emboitage
Gilles Aillaud (1928-2005) est peintre, écrivain, scénographe et décorateur de théâtre. Après des études de philosophie, il revient à la peinture en 1949 et expose au Salon de la jeune Peinture dont il devient le président en 1966.
Acteur majeur du mouvement de la Figuration narrative, il fait des animaux son sujet principal à partir de 1963-1964. Représentés seuls dans des cages, enclos ou volières, ils tendent à se fondre dans leur environnement factice. Les cadrages photographiques et la précision du traitement confèrent à ses œuvres une forte présence, empreinte de mystère.
Dans cette œuvre, les manchots empereurs (improprement appelés ici < pingouins > dans le titre), vivant normalement en Antarctique, sont placés dans un zoo, un habitat entièrement reconstitué. Aillaud interroge la relation de I'humain à la nature, questionnant la frontière entre liberté et contrainte, naturel et artificiel.

NICOLAS FLOCH
la Couleur de l'eau Yonne-Seine 2026
Né en 1970 à Rennes, Nicolas Floc'h vit et travaille à Paris. Depuis près de dix ans, il plonge dans de nombreuses eaux et crée un travail pionnier sur la représentation des paysages sous-marins. Nourries par des échanges avec des équlipes scientifiques et citoyennes, ses photographies s'attachent à documenter les habitats, les transformations et les équilibres fragiles qui composent l'océan.
Sa série La Couleur de l'eau est constituée de photographies subaquatiques réalisées au grand angle et en lumière naturelle. Spécialement conçus pour l'exposition "La Mer est ton miroir", ces trois vitraux reflètent les couleurs d'un parcours visuel partant de l'Yonne, en passant par l'aval parisien de la Seine jusqu'à la Seine-Maritime.
Ces paysages de la couleur renvoyant au grand cycle de l'eau, entrent ici en résonnance avec l'architecture de l'abbaye et sa dimension spirituelle. "Le vivant est partout, interagissant et déterminant cette spécificité de l'espace sous-marin, où le point de fuite du paysage tend non vers la ligne d'horizon, mais vers l'immensité chromatique." Nicolas Floc'h

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